Saut de puce à Moncton

Le verger Belliveau compte 70 000 pommiers, dont plusieurs variétés de pommes ancestrales.
Photo: Verger Belliveau Le verger Belliveau compte 70 000 pommiers, dont plusieurs variétés de pommes ancestrales.

On constate rapidement le côté convivial des Monctonnais, comme s’il y avait un comité d’accueil en permanence qui veille à ce que tout un chacun se sente particulièrement bien, qu’il se sente chez soi à Moncton.

Nous posons nos sacs à l’hôtel St- James Gate et déjà, on nous offre l’apéro. Il n’est même pas midi. Nous allons plutôt casser la croûte au restaurant végétarien Calactus. Dans un décor un peu vieillot, les plats, eux, sont goûteux, généreux et n’ont rien à voir avec les recettes beiges et fades de l’ère grano des années 1970. Repus sans être sur le point de nous détacher la ceinture, nous partons prendre un bol d’air frais dans l’un des nombreux parcs naturels entourant la ville.

En roulant quelques kilomètres en direction nord, nous arrivons au parc naturel d’Irishtown, un grand espace de près de 900 hectares, l’un des plus grands parcs urbains au pays. C’est aussi dans ce parc que se situe l’école de rang de Tankville, déclarée lieu patrimonial étant donné qu’elle est un rare exemple rappelant le modèle des salles de classe uniques datant des années 1870.

Après seulement quelques minutes de marche dans les bois, nous voilà complètement coupés des bruits de la ville. Le vent souffle en sifflant sur la cime des grands conifères. Les oiseaux gazouillent de joie tellement il fait beau, même si le mercure se fait encore timide. La terre humide se fait entendre sous nos pas. Les visiteurs se saluent par un « bonjour, hi ! » sans l’ombre d’une pointe amertume. Après quelques heures de marche, notre appétit se creuse d’un coup.

Place à la culture

À moins de 10 minutes à pied de notre hôtel, nous arrivons devant le Centre culturel Aberdeen, qui abrite aussi le restaurant Les Brumes du coude. Nous entrons dans ce qui ressemble à une ancienne école. En effet, il y a 100 ans, le lieu était une école secondaire anglophone. Aujourd’hui, c’est un espace commun de création pour artistes en tous genres oeuvrant au développement de l’Acadie contemporaine. Il y a entre autres des galeries d’art, des ateliers d’estampe et de photographie, en plus d’un restaurant extraordinaire.

À l’ardoise, le menu est court, mais il change tous les jours. Entre terre et mer, nous optons pour les pétoncles mi-cuits déposés sur une purée de gourganes parfaitement lisse, le tout garni de moules en escabèche, de fines tranches de betteraves Chioggia et de pousses de tournesol, de graines de moutarde et d’encre de seiche.

Photo: Catherine Lefebvre Pavé de saumon nappé d’une sauce à base de vin de table préparée à la façon d’un vin chaud épicé quelques jours plus tôt.

Nous poursuivons avec un pavé de saumon nappé d’une sauce marchand de vin, dans le sens où il s’agit effectivement d’une sauce à base de vin de table préparée à la façon d’un vin chaud épicé quelques jours plus tôt. La pièce de poisson repose confortablement sur une généreuse purée de carottes et de patates douces, agrémentée de lardons grillés, de broccolini et pommes de terre grelots écrasées et poêlées. L’intention et l’amour se goûtent à chaque bouchée. On vous conseille d’ailleurs de vous asseoir au bar pour discuter avec les membres de sa petite équipe des plus sympathiques.

Dans les pommes

Le lendemain, nous prenons la journée pour nous balader aux alentours de Moncton et nous arrêter chez quelques marchands et producteurs locaux, notamment au Verger Belliveau. C’est en 1932 que Sébastien Bourgeois commence à cultiver des pommiers dans la vallée de Memramcook. Parmi les 70 000 pommiers actuellement cultivés au verger, certains d’entre eux sont de variétés ancestrales, comme la Gravenstein, dont les origines danoises remonteraient aux années 1760.

Photo: Catherine Lefebvre Pétoncles mi-cuits sur une purée de gourganes parfaitement lisse, garni de moules en escabèche, de fines tranches de betteraves Chioggia et de pousses de tournesol, de graines de moutarde et d’encre de seiche

Promouvoir l’héritage culturel de la pomiculture locale fait d’ailleurs partie des valeurs de l’entreprise familiale, tenue par les Belliveau depuis les années 1950. Au-delà de l’autocueillette, cela fait déjà 20 ans que la famille produit le Pré-d’en-haut, un cidre pétillant sec et rafraîchissant. Plus récemment, ils ont développé des vins à partir de fruits locaux, comme la poire qui présente étonnamment de belles notes d’acidité et de fraîcheur plutôt que de rappeler le côté sucré du fruit en question. Puis, le petit dernier de la maison est le cidre Scow (qui veut dire « gabare » en français), dont le nom désigne les bateaux qui jadis transportaient des marchandises quotidiennement dans la région. Le Scow n’est vendu qu’au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard. Il faut donc profiter d’un séjour dans les Maritimes pour le siroter à l’apéro.

De retour à Moncton, nous cassons la croûte au Clémentine Café. Dans la même direction que le parc naturel d’Irishtown, il est un peu situé au milieu de nulle part, entre une stationservice au coin de la rue et un prêteur sur gages en face. Mais une fois à l’intérieur, c’est absolument charmant, le café est de grande qualité, le menu est délicieux et à prix doux. À la table d’à côté, des musiciens anglophones discutent avec leur collègue américain de passage dans la région et ils lui expliquent l’importance du rayonnement du français à l’école, mais aussi dans les projets artistiques de tous genres. C’est beau de les entendre.

Avant de repartir, nous faisons un arrêt à la boutique Les Gourmandes. C’est ici que nous pouvons mettre la main sur des fromages néo-brunswickois, tous fabriqués à base de lait cru de vache ou de brebis élevées dans les fermes locales. Les joies de voyager au Canada et de ne pas hésiter à l’idée de rapporter ces délices dans nos bagages.

Notre journaliste était l’invitée de l’Office du tourisme du Nouveau-Brunswick.

À table !

Envie de déguster la cuisine des Maritimes à Montréal ? Le restaurant Fricot dans le quartier Petite-Bourgogne s’est inspiré des classiques des Maritimes, principalement composés de poisson et de fruits de mer. Son nom fait toutefois référence au fameux ragoût à base de viande, de pommes de terre et de boules de pâte de style «grands-pères». Et l’ambiance est aussi conviviale que lors d’un séjour dans les Maritimes.