La Dominique, l’île nature

Red Rock, à Pointe-Baptiste
Photo: Yves Ouellet Red Rock, à Pointe-Baptiste

Roseau, Soufrière, Pointe-Michel, Marigot, Petite-Savane, Bagatelle, Vieille-Case… Non, nous ne sommes pas en Martinique ni en Guadeloupe, mais quelque part entre les deux, sur l’île de la Dominique, un caillou aux aspérités gigantesques, jeté au milieu des Caraïbes, entre la mer du même nom et l’Atlantique.

La Dominique ne fait que 46 km de longueur et 25 km de largeur. Et pourtant, les déplacements en voiture s’étirent toujours plus que l’on ne le croirait, au fil de routes en lacet qui contournent les sommets du parc national Trois-Pitons, classé au patrimoine mondial naturel de l’UNESCO.

Disputée, ballottée, colonisée, prise, perdue et reprise alternativement par les Espagnols, les Français et, finalement, les Britanniques, la Dominique s’est continuellement fait bousculer par les puissances impérialistes.

Elle connaît une période de trêve, entre 1660 et 1759, alors qu’elle est laissée aux Amérindiens Caraïbes qui sont craints de tous. L’entente spécifie que personne ne doit s’y implanter, mais les Français occupent progressivement les lieux, cultivant le café et important une main-d’oeuvre d’esclaves africains.

Utilisant cette situation comme prétexte, les Britanniques reprennent l’île en 1759, puis elle leur sera officiellement octroyée par le traité de Paris en 1763. L’esclavage sera aboli en 1833. La Dominique accède à l’indépendance en 1978. À Portsmouth, le parc national Cabrits et Fort Shirley évoquent ces péripéties historiques.

Quant aux Caraïbes, devenus Kalinagos, la Dominique est le seul endroit à toujours en compter une communauté, de 3000 habitants occupant un territoire à eux. Selon l’historien Lennox Honychurch, Dominiquais d’origine, étudiant puis enseignant à Oxford : « les Kalinagos ont survécu à cause de la géographie escarpée de l’île, de la densité de la forêt ainsi que de la réputation de guerriers particulièrement belliqueux et de cannibales qu’ils ont réussi à créer et à disséminer ».

Aujourd’hui, en visitant le site historique Kalinago Barana Aute, on peut en apprendre davantage sur leur culture et leur existence actuelle, à la conditionde bien cuisiner les guides. Le souvenir le plus original à rapporter de la Dominique est une sculpture ou un masque réalisé par les Kalinagos à partir des radicelles finement tressées du cocotier.

Photo: Yves Ouellet Des sculptures de racines de cocotier des Kalinagos

La Dominique porte encore les stigmates de l’ouragan Maria qui y a semé la désolation en septembre 2017. Certes, beaucoup de travail a été fait, mais les traces du cyclone tropical sont encore manifestes, surtout dans les hameaux côtiers et même dans la capitale, Roseau.

L’aide internationale est venue de partout, mais plusieurs habitants et des entreprises peinent encore à rebâtir ou à restaurer leurs installations. Les compagnies d’assurance tergiversent. Les matériaux et la main-d’oeuvre manquent.

La totalité des 71 000 habitants de l’île a été affectée. Après que sa résidence officielle eut été soufflée et qu’il eut été rescapé, le président, Roosevelt Skerrit, a affirmé : « Nous avons perdu tout ce qui pouvait être perdu… » Mais, comme le laisse entendre le propriétaire de Happy Car Rental, Jenner Robinson, rien ne leur fera déserter leur récif entre mer céruléenne et montagne intensément verdoyante.

L’industrie touristique redémarre tangiblement, d’abord grâce aux bateaux de croisière qui ont repris leurs escales, rapportant des revenus vitaux. Cela apparaît comme évident dans la capitale Roseau, laquelle accueille ces navires presque quotidiennement.

Désertée le dimanche et paisible les jours sans débarquement, Roseau devient trépidante lorsque se pointe un géant des mers. Une multitude de comptoirs se déploient sur les trottoirs. Les restaurants sont pleins. On a aimé les falafels de l’excellent café Le Petit Paris, dont la propriétaire est française. Et pour manger local, la terrasse du resto-bar Green House, sur Old Street, offre un délicieux plat de crevettes grillées, sauce curry au lait de coco.

À Roseau, on se promène dans les rues bordées de minuscules maisons colorées ou sur le boulevard Eugenia Charles, en bord de mer. On grimpe sur le morne Bruce Garrison pour apprécier le point de vue, puis on fait le tour du jardin botanique et de ses immenses arbres exotiques, dont un baobab obèse, renversé sur un bus scolaire toujours étouffé sous son poids, lors de l’ouragan David, en 1979. Dans le port, la boutique The Ruins propose un grand choix d’épices, de thés et de tisanes ainsi qu’un café robusta local dont la puissance égale celle du volcan où il a été cultivé.

Les 365 rivières

La Dominique compte peu de plages et n’est donc pas le genre de destination où l’on va se dorer lascivement au soleil en formule tout-inclus. Elle possède toutefois de nombreuses merveilles naturelles à découvrir ainsi qu’un carnet étoffé d’activités nautiques et de plein air.

Les adeptes de randonnée pédestre sont sans doute les plus choyés. Certains font le tour des lacs en altitude. Plusieurs suivent ou empruntent les 365 rivières de l’île. « Une pour chaque jour, » proclame Asa, guide et rameur dans la réserve d’Indian River.

Quelques sentiers conduisent aux sources sulfureuses bouillantes qui s’échappent des volcans endormis. Les spas naturels sont d’ailleurs nombreux. On marche également pour aller admirer les chutes spectaculaires, comme les Trafalgar ou l’Emerald, où l’on peut se baigner.

 
Photo: Yves Ouellet Une vue saisissante à Scotts Head

Le canyoning est ici une activité des plus prisées, surtout dans la gorge Titou et au canyon Cathedral. Les meilleurs marcheurs peuvent s’attaquer au sentier du lac Bouillant, au morne Diablotin ou, défi ultime, au circuit Waitukubuli qui sillonne l’île en 14 étapes quotidiennes. Le réseau n’est cependant pas encore accessible en totalité.

Le rivage offre aussi des points de vue saisissants, dont Red Rock, à Pointe-Baptiste, Scott’s Head (extrême sud) et Islet View.

Loisirs nautiques et baleines

La Dominique est déjà très prisée des plongeurs, qui y trouvent trois types d’habitats marins sur des récifs plutôt jeunes et dominés par la présence d’éponges plutôt que de coraux. Au nord, le récif glisse progressivement en profondeur. La pente est plus douce au centre du versant ouest avec des coraux mous. La configuration volcanique du sud précipite les fonds vers des abysses.

Quant aux mammifères marins, on peut observer ici 22 espèces de baleines et de dauphins, dont les élusifs cachalots. La Dominique s’avère effectivement l’un des meilleurs endroits au monde pour l’observation de ces cétacés, de novembre à mars.

Au quai de départ de l’excursion, le restaurant de l’agréable auberge Ocean’s Edge, près de Roseau, est une des bonnes tables de l’île.

À chacun son nid

La plupart des établissements hôteliers ont repris leurs activités totalement ou partiellement. Sur l’île, la prévalence quant au choix d’hébergement va aux petits hôtels, aux auberges et aux locateurs de villas. Une approche beaucoup plus individualisée.

Lise van de Kamp et Hans Schilders, un couple de Hollandais, sont propriétaires du petit hôtel The Champs (cinq chambres, bientôt neuf), à Portsmouth. L’endroit jouit d’une vue imprenable sur la baie. Les chambres, grandes et confortables, sont décorées avec beaucoup de goût. Piscine sur terrasse et personnel très attentionné.

Photo: Yves Ouellet Le rivage près de Portsmouth

Lise et Hans accordent une importance primordiale à la nourriture et le respect de l’environnement fait partie de leurs préoccupations constantes. Ces bourlingueurs sont aussi des conseillers particulièrement efficaces pour leur clientèle d’adeptes de plein air.

Pour les bourses bien garnies : Secret Bay. Quelques villas idylliques dans une baie paisible et une plage privée accessible seulement en kayak. Le prix ? Entre 1000 $ et 2000 $ par jour — sans les repas, naturellement !

Les voyageurs moins nantis devront peut-être se contenter de l’hôtel Le Picard, dont les chambres, très sobres et propres, offrent une superbe vue sur la mer voisine. On y propose aussi des petites villas sympathiques situées directement sur la plage. Une option intéressante à environ 200 $ par jour.

Le Québécois Benoit Houle propose aussi le camping ou le gîte sur un site naturel paradisiaque et isolé, à Campbell. Ça s’appelle Camping Zion View.

À savoir

Il n’y a pas de vols directs vers la Dominique. On doit prendre un vol régional à partir de la Guadeloupe, de Saint-Martin ou de la Martinique. La monnaie est le dollar des Caraïbes orientales, dont l’unité vaut environ 50 cents canadiens. La conduite automobile est à gauche et on parle anglais, en plus d’un créole très inspiré du français. Un laissez-passer de 12 $US donne accès à tous les parcs. La saison sèche va de janvier à mai. Taxe de sortie : 22 $US. https://authentique-dominique.com et Office du tourisme de la Dominique.