Pagayer sans ramer

Expédition en canot-kayak au camp Quatre-Saisons, à Sainte-Thérèse
Photo: Camp Quatre Saisons Expédition en canot-kayak au camp Quatre-Saisons, à Sainte-Thérèse

Quand on aime l’eau vive, on attend généralement les crues printanières avec une certaine fébrilité. C’est le moment où, durant quelques semaines seulement, certaines rivières du Québec constituent un incroyable terrain de jeu ; la communauté internationale de l’eau vive en sait quelque chose. Et pour le commun des amateurs de sport nautique, c’est le moment de sortir son canot, de le dépoussiérer, d’en vérifier l’étanchéité en attendant des conditions plus faciles pour une belle sortie du dimanche.

D’ailleurs, le canot, ça fait un peu partie de la culture québécoise, c’est inscrit dans les gènes, entend-on souvent, surtout chez ceux qui habitent près d’un plan d’eau. Certes, ramer ou pagayer sur une eau calme, par une belle journée sans vent, est à la hauteur de beaucoup d’entre nous. Mais dans des rapides, même modestes, ou en condition maritime, l’expérience peut tourner au vinaigre. Car l’eau vive, c’est comme la haute montagne : c’est magnifique, mais ça ne pardonne pas.

Les règles non écrites

« En eau froide, première recommandation : un équipement adéquat, souligne Marie-Christine Lessard, directrice générale de Canot kayak Québec. Un dry-suit [une combinaison étanche] plutôt qu’un wet-suit [une combinaison isotherme] est tout désigné au début de la saison, où les risques d’hypothermie sont réels. » Et porter son vêtement de flottaison individuel (VFI) sur soi peut tout simplement vous sauver la vie.

« La réglementation de Transport Canada impose d’avoir un VFI sur ou dans l’embarcation, mais pas forcément de la porter, explique Marie-Christine Lessard. Ceci est un peu le fléau du canot kayak ! » Car si l’amateur d’eau vive sait qu’il est impératif de porter son VFI, quelles que soient les conditions, le néophyte, lui, peut le négliger, sûr de savoir nager. Rien de très surprenant : la plupart des accidents qui surviennent en plein air sont liés à la simple méconnaissance. Un petit kayak en plastique à 200 $ acheté à la va-vite dans un grand magasin, et voilà un nouveau pagayeur lancé dans la nature sans conscience du danger.

Photo: Pierre Marquis Pagayer en toute quiétude sur la rivière du Sud-Ouest, à l’entrée du parc national du Bic

Selon les statistiques du magazine canadien Canoeroots, la pratique du canot récréatif est en hausse de 20 % au pays. Quant au kayak de mer, sa pratique est plutôt stable. Une raison de plus pour insister sur la sécurité. « Savoir lire une rivière, un courant, une carte, connaître les procédures de base est indispensable pour une bonne pratique, ajoute Marie-Christine Lessard. L’apprentissage de certaines techniques est donc nécessaire. »

La formation Pagaie pour tous (trois heures), par la fédération Canot kayak Québec, s’adresse aux néophytes qui désirent se mettre à l’une ou l’autre de ces activités avant même d’acheter leur embarcation puisqu’on y parle aussi du choix du bateau selon la pratique envisagée. Ceux qui veulent aller plus loin ont accès à des formations homologuées, de niveau 1 à 4 selon le niveau de pratique, données par des organismes accrédités. Le nouvel adepte y apprend à « comprendre » son embarcation (canot récréatif ou kayak de mer) pour parvenir à la maîtriser même en conditions soutenues.

Même si on déplore très peu d’accidents mortels en eau vive au Québec, il reste qu’à l’instar de la haute montagne, ce milieu est parsemé de dangers. « D’où la nécessité d’intégrer aussi un volet sécurité à sa formation », explique Patrick Lévesque, maître formateur pour toutes les fédérations canadiennes de canot-kayak et expert incontesté de l’eau vive.

Photo: Éric Mance Descente en kayak sur la rivière Rouge, dans les Hautes-Laurentides

Tout pagayeur qui se respecte devrait, selon lui, suivre une formation de sauvetage en eau vive, y compris les propriétaires d’une maison située au bord d’une rivière. Les fédérations, ainsi que la Société de sauvetage, donnent cette formation (de niveau 1 à 3) pour apprendre à pagayer en sécurité et en autonomie.

« Au Québec, où la nature n’est jamais très éloignée de la ville, on entretient un rapport familier mais trompeur avec la nature. N’importe qui peut se promener sur un lac, mais sa connaissance n’est pas toujours suffisante pour le faire de façon sécuritaire. Mettre sa vie en danger, c’est aussi mettre la vie des sauveteurs en danger », dit Patrick Lévesque, aussi pompier volontaire.

SUP et surf

Il y a moins de dix ans, le stand-up paddle (SUP, ou planche à pagaie en français) a déferlé au Québec et ailleurs, séduisant les nouveaux adeptes par l’accessibilité de l’équipement (la planche se glissant facilement dans une auto), mais aussi par sa simplicité technique. « Bon an mal an, une vingtaine de nouveaux clubs naissent au Québec », affirme Julie Crépeau-Boisvert, directrice d’Eau vive Québec. Et les nouveaux guides ou instructeurs qui suivent un programme de certification excèdent 5000 chaque année !

Au bout du compte, ça fait beaucoup de nouveaux initiés qui recourent à une entreprise spécialisée ou qui s’initient par eux-mêmes en observant les autres. Là encore, aucun règlement n’impose de suivre un cours avant de se lancer à l’eau, mais Eau vive Québec le recommande, surtout sur des plans d’eau plus techniques. Une mise en garde partagée par tous les organismes consacrés aux activités nautiques non motorisées : Surf Canada, Canot kayak Canada et Pagaie Canada.

Quant au port du VFI, il semble plutôt bien intégré, sans doute sous l’influence des producteurs en tourisme d’aventure qui l’imposent à leurs clients. Plutôt difficile à faire avaler aux surfeurs, en revanche, épris de liberté et d’un certain minimalisme. « La culture du surf, c’est un peu l’image de la fille en bikini les cheveux au vent.

Pourtant, là aussi, les accidents peuvent arriver », prévient Patrick Lévesque. Et un accident, même bénin, ça change tout entre un très bon souvenir et un qu’on aimerait mieux oublier.

Jeunes pagayeurs pour la vie

Parce que tout commence souvent dans l’enfance, ce programme, mandaté par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et mis sur pied par Eau vive Québec, équipe et finance des projets pour former les enseignants au kayak et à la sécurité nautique. Par ricochet, ceux-ci initient les enfants dans le cadre scolaire. Deux programmes sont offerts aux professeurs, mais aussi aux sauveteurs, parents et moniteurs, sur deux jours. Un petit plus qui peut avoir un grand impact. ☎ 514 252-3000