Le Pays basque aux visages variés

Les hautes Pyrénées et leurs neiges éternelles.
Photo: Yves Desautels Les hautes Pyrénées et leurs neiges éternelles.

Le Pays basque n’est pas un État reconnu. C’est bel et bien un pays en soi, situé à cheval entre la France et l’Espagne. Après avoir sillonné la région, puis rencontré et discuté avec ses habitants, on se rend compte que les Basques ne sont ni Français ni Espagnols : attachés à leurs coutumes, à leurs traditions, à leur culture, ils sont bel et bien Basques et fiers de l’être.

Le Pays basque a tout pour plaire. D’un côté la mer, les plages de sable, les stations balnéaires connues mondialement comme Biarritz ; de l’autre, la montagne, les randonnées pittoresques et les neiges éternelles des Pyrénées. On compte sept provinces basques, quatre en Espagne et trois en France, lesquelles ont beaucoup de points en commun, dont celui de tenir mordicus à leur autonomie par rapport au pouvoir central.

Photo: Yves Desautels Saint-Jean-Pied-de-Port, point de départ pour le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Nous avons surtout visité les trois provinces françaises, le Labourd et sa capitale Bayonne, la Basse-Navarre et sa capitale Saint-Jean-Pied-de-Port, et la Soule, plus petite et plus sauvage, mais tout aussi intéressante. Chaque province a ses particularités, ses attraits, sa culture. Tout le monde connaît Biarritz et son opulence, mais notre coup de coeur, nous l’avons ressenti pour une petite ville située sur le bord de l’Atlantique juste au sud de Biarritz, c’est-à-dire Saint-Jean-de-Luz.

Le charme luzien

Ce sont des chasseurs de baleines qui se sont installés les premiers à Saint-Jean-de-Luz, charmante baie comptant quelque mille ans d’histoire. Cette communauté a d’ailleurs connu son heure de gloire lors du mariage du Roi-Soleil Louis XIV et de l’infante Marie-Thérèse d’Autriche en 1660. On peut encore visiter la somptueuse demeure, appartenant à la même famille depuis plus de trois siècles, où s’est déroulé le mariage royal. Réputée pour sa magnifique plage de sable bordée des grands hôtels de la belle époque, Saint-Jean-de-Luz possède bien d’autres attraits, telles les petites rues piétonnières de son quartier historique où les voitures sont interdites.

 
Photo: Yves Desautels La mer, la plage et les vieux hôtels de la Belle Époque à Saint-Jean-de-Luz.

La vie est très animée à Saint-Jean-de-Luz. D’ailleurs, si vous aimez la fête, il faut s’y rendre en juin. Comme nous, les habitants de Saint-Jean-de-Luz célèbrent la Saint-Jean. Chants, danses et musique envahissent les rues de la vieille ville. On croirait que tout le monde participe aux célébrations tant l’ambiance est contagieuse.

Parmi les destinations incontournables de la région, il y a la Rhune, emblématique sommet situé dans les Pyrénées, à environ une demi-heure de Saint-Jean-de-Luz. Les plus courageux pourront la gravir à pied ; il faut alors au moins cinq heures pour l’aller-retour. On peut aussi opter pour un petit train à crémaillère centenaire pour se rendre en haut des nuages. Au sommet, on savoure la vue magnifique sur la mer au loin, les montagnes environnantes et les villages en contrebas.

 
Photo: Yves Desautels Le petit train à crémaillère grimpe jusqu’en haut de la Rhune.

La meilleure façon de visiter le Pays basque est de louer une voiture. On peut ainsi sillonner la région et découvrir l’arrière-pays avec ses nombreux villages typiques aux multiples attraits, dont celui d’Espelette, tout petit village connu dans le monde entier grâce à son célèbre piment.

Une fois par semaine, dans tous ces villages, se tient sur la place principale le marché public. Les artisans de la région viennent y vendre les produits du terroir, dont le jambon de Bayonne et l’Ossau-Iraty, délicieux fromage de lait de brebis unique avec appellation contrôlée. À noter qu’on peut trouver ce dernier dans certaines fromageries spécialisées d’ici.

Dans l’arrière-pays, un arrêt s’impose dans la petite ville de Saint-Jean-Pied-de-Port, point de départ pour les pèlerins qui font la célèbre route de Compostelle. Dans le quartier historique, tout au long des rues et ruelles, on remarque les nombreuses affiches des hôtels ou pensions offrant le gîte aux pèlerins pour quelques euros. Saint-Jean-Pied-de-Port est une ancienne ville fortifiée. La promenade le long des remparts de la citadelle, située tout en haut de la ville, offre un panorama unique sur toute la région.

Troisième province basque en France, la Soule demeure la moins fréquentée. Pays des brebis, c’est aussi celui de la transhumance, ou migration, lorsque les bergers emmènent leurs troupeaux dans les pâturages verdoyants des hautes montagnes des Pyrénées.

Attention à la conduite automobile dans les petites routes en lacet qui traversent les montagnes. La route est souvent encombrée par les brebis qui traversent le chemin sans trop s’inquiéter des touristes qui en profitent pour prendre quelques photos tellement les paysages sont grandioses. Il y a quelques années, cette tradition de la transhumance a bien failli disparaître. Heureusement, on s’est aperçu que les moutons supportaient mal le transport par camions. Depuis, cette coutume ancestrale a graduellement retrouvé ses lettres de noblesse.

La Soule est parsemée de petits villages, à l’instar de Larrau ou de Saint-Engrâce, petites bourgades où les quelques maisons sont regroupées autour de l’église. La campagne y est luxuriante et il ne faut certainement pas manquer la randonnée dans les gorges d’Holzarte, que l’on découvre après une ascension de deux heures environ. Une passerelle suspendue à 170 mètres de hauteur permet de franchir le ravin, et voilà qu’on se prend pour Indiana Jones…

Une langue unique

Les Basques tiennent farouchement à leurs traditions, à leurs coutumes et à leur langue. La langue basque, l’euskera, est unique et a la particularité de n’être apparentée à aucune autre langue. On raconte que son origine remonterait à la nuit des temps.

En voie de disparition dans les années 1990, elle connaît un renouveau depuis quelques années grâce à la détermination de ses habitants. Le basque est maintenant enseigné dans les écoles, tandis que la signalisation routière est écrite en français et en basque. Les efforts sont là pour éviter la disparition de cette langue si originale et si difficile à apprendre, il faut l’avouer, pour un étranger.

Tout au long de leur histoire, les Basques ont été reconnus comme de grands navigateurs spécialisés dans la chasse à la baleine. Ils ont même chassé jusque dans l’estuaire du Saint-Laurent, d’où le nom de l’île aux Basques, située au nord de Trois-Pistoles. Des milliers de Basques ont également quitté leurs terres durant la guerre d’Espagne pour fuir la dictature du général Franco. La ville de Guernica a été bombardée par les nazis alors alliés de Franco ; ce massacre contre des civils sans défense a été immortalisé par la célèbre toile de Picasso Guernica. Partout dans le monde, on retrouve des hommes et des femmes d’origine basque.

Au Québec, des immigrants basques ont fondé une association « Euskaldunak » où ils se réunissent régulièrement afin d’organiser différents événements pour mettre en valeur le patrimoine basque. Région aux multiples attraits, le Pays basque est à découvrir absolument.