Berlin et l’art de se reconstruire

L’architecture du centre Sony, au sein du Postdamer Platz, constitue un aimant pour les visiteurs, qui y passent pour flâner ou pour casser la croûte.
Photo: Miriane Demers-Lemay L’architecture du centre Sony, au sein du Postdamer Platz, constitue un aimant pour les visiteurs, qui y passent pour flâner ou pour casser la croûte.

Détruite par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, puis divisée par le rideau de fer, la ville de Berlin ne cesse de se reconstruire. Des espaces verts couvrent les vestiges de la guerre, tandis que ses espaces urbains se réinventent avec les principes du développement durable. Visite en deux temps de cette ville verte d’Europe.

« C’est incroyable ! » s’exclame la Berlinoise Anette Becker, en levant les yeux vers une immense structure digne d’un film de science-fiction. La visiteuse, qui a appris l’existence du lieu le matin même, s’est empressée de venir observer le singulier endroit.

Des tours coiffées de dômes géodésiques blancs percent le couvert forestier. Cette ancienne station d’espionnage américaine était utilisée pour capter les communications du bloc de l’Est pendant la guerre froide.

Photo: Miriane Demers-Lemay Plusieurs visiteurs connaissent maintenant l’existence de la station d’espionnage, un site hors des sentiers battus.

La station trône au sommet d’une colline entourée de forêts de pins qui s’étendent jusqu’au centre de la ville. Mais cette colline n’a rien de naturel. Elle est, tout comme les ruines de la station, l’un des nombreux legs de l’histoire tourmentée de Berlin.

Tout comme près d’une dizaine de « Schuttberg » de la ville, Teufelsberg a été construite à partir des débris de bâtiments détruits pendant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. « Ma mère a été bénévole pour aider à la reconstruction de la ville, révèle Anette Becker. Ils récupéraient les débris les plus intéressants pour la reconstruction. Les débris irrécupérables étaient entassés pour créer ces collines. »

Musée à ciel ouvert

En cette journée fraîche de printemps, plusieurs dizaines de Berlinois et de touristes européens déambulent sur le site, pourtant hors des sentiers battus. « On voit tout le monde prendre des photos pour leur profil Instagram, observe un autre visiteur. C’est quelque chose de différent, de fantastique. »

Photo: Miriane Demers-Lemay Les artistes sont nombreux à mettre leur touche sur les murs de la station d’espionnage abandonnée.

De fait, Teufelsberg n’est pas seulement un lieu riche en histoire, c’est aussi un véritable musée d’art à ciel ouvert. Les murs de béton sont recouverts de murales aux couleurs flamboyantes. Plusieurs artistes y oeuvrent plusieurs jours par semaine sur le site, comme l’artiste Vincent Schulz.

Photo: Miriane Demers-Lemay

« Des gens viennent de partout dans le monde… Ce sont d’excellents échanges », dit-il en dévoilant ses oeuvres inspirées de la station d’espionnage. Les artistes de passage, quant à eux, sont invités à enrichir l’exposition.

Bienfaits de l’eau de pluie

Direction le centre de la ville, à quelques kilomètres à peine. Le quartier Postdamer Platz offre un panorama contrastant avec ses édifices modernes et ses centres commerciaux.

Le quartier n’en est pas à sa première vie. Postdamer Platz constituait l’un des principaux coeurs de la ville. Le quartier est ensuite devenu un no man’s land, traversé par le mur de Berlin et sa zone mortelle.

Après la chute du Mur, la reconstruction du quartier a fait l’objet de nombreuses critiques pour l’oubli de son héritage architectural. Cependant, ses mesures écologiques font école.

Les matériaux ont été sélectionnés afin de réduire l’empreinte énergétique des bâtiments. De plus, un système élaboré de collecte d’eau de pluie alimente le quartier en eau grise. L’eau collectée sur les toits des édifices est canalisée vers des citernes souterraines et des bassins au niveau du sol.

L’eau collectée est utilisée pour les toilettes, l’irrigation de la végétation du quartier et les systèmes d’extinction des incendies.

Le système de collecte d’eau de pluie est si efficace que le quartier est pris en exemple dans de nombreux livres et articles sur l’urbanisme durable.

Infos pratiques

Pour se rendre au Teufelsberg, descendre à la station de train Grunewald. De multiples sentiers dans la forêt conduisent au sommet de la colline. Le site est ouvert tous les jours de la semaine à partir de 10 h. L’entrée coûte 5 euros. Des visites guidées ont lieu une fois par jour du vendredi au dimanche. L’intérieur de la station d’espionnage était temporairement fermé lors de notre visite, mais il est habituellement possible de monter au sommet des tours.

Il est également possible de se promener sur d’autres schuttberg de la ville. Les collines du parc Friedrichshain, par exemple, offrent un excellent point de vue sur le centre de la ville. De son côté, le parc public Humboldthain recouvre des bunkers qui abritent aujourd’hui l’un des plus importants lieux d’hivernage des chauves-souris de la ville.

Le quartier Postdamer Platz est situé tout près de plusieurs attractions phares de Berlin, comme les portes de Brandebourg et le mémorial juif. Dans le quartier, prenez le temps d’admirer le dôme du centre Sony, ainsi que les façades rococo de l’ancien Grand Hôtel Esplanade, un lieu réputé de la ville pendant les années 1920.

Des collines nées de la destruction

Au lendemain de la guerre, plusieurs villes allemandes sont détruites. Des milliers de citoyens mettent alors la main à la pâte pour nettoyer et reconstruire les édifices détruits. Dans plusieurs endroits, comme à Berlin-Ouest, des montagnes de gravats sont créées et végétalisées. En raison du nombre élevé d’hommes morts à la guerre et faits prisonniers, ce sont surtout des femmes, surnommées « les femmes des ruines », qui prennent part aux travaux.