Chevaux sauvages et sable chaud en Caroline du Nord

Des chevaux sauvages sur la plage de Corolla
Photo: Dan Whitaker Visit North Carolina Des chevaux sauvages sur la plage de Corolla

Nous voilà un rien désemparés à l’extrémité de la Highway 12, qui débouche brusquement sur une plage, tout au nord des Outer Banks. Après avoir balayé du regard notre 4 X 4, un Banker sympa mais pressé décrète : « En réduisant de 10 lb la pression de vos pneus, vous devriez pouvoir rouler sur le sable sans problème, mais, excusez-moi, la marée monte et je dois rentrer ! »

Comme on est ici pour voir les mustangs de Corolla — à croire qu’on visite un concessionnaire automobile —, mais que notre véhicule n’est pas amphibie, on s’en remettra plutôt au pionnier des excursions d’observation des chevaux sauvages, Corolla Outback Adventures. Et c’est parti pour un « safari » avec le guide Mike Clasing, qui nous explique le pourquoi du comment de la présence d’une horde de pur-sang dans une destination qui accueille cinq millions de touristes annuellement !

C’est qu’ils n’y sont pas d’hier : les premiers de tous se seraient échappés des galions d’explorateurs espagnols s’étant échoués sur des hauts-fonds en 1521 ! « Dans les années 1920, on comptait 6000 chevaux, qui vivaient en liberté jusque dans les Shackleford Banks, poursuit Mike Clasing. Des fermiers venaient même en capturer pour en faire des chevaux de trait. »

Puis, voilà que la Highway 12, épine dorsale de ces îles faisant barrage contre l’Atlantique sur 300 kilomètres, est prolongée du village de Duck à celui de Corolla, ouvrant ainsi la voie au développement. Entre 1985 et 1996, 20 pur-sang seront blessés ou tués dans des accidents automobiles. « C’est à cette époque que le Corolla Wild Horse Fund a été créé, raconte le guide, et sa première initiative a été de collecter des fonds afin d’installer des clôtures entre lesquelles les chevaux seraient protégés. »

Aujourd’hui, ce territoire de 30 kilomètres carrés est l’habitat d’une centaine de mustangs espagnols, les derniers de la planète avec leurs congénères des Shackleford Banks.

C’est un sanctuaire toutefois bien fréquenté… La plage y est considérée comme une voie publique, et le village de Carova, pratiquement à la frontière de la Caroline du Nord et de la Virginie (d’où son nom), compte 800 maisons ! Mais Mike Clasing nous rappelle qu’il est interdit, aux résidents comme aux touristes, d’approcher les chevaux à moins de 15 mètres et de les nourrir : « Ça vous vaudrait une amende de 500 $. »

Photo: Carolyne Parent Un «bachelor» dans les prés, à Corolla

Autour des points d’eau, dans les prés, tel celui que Corolla Outback Adventures a légué au Fonds, ainsi qu’au sommet des dunes, nous apercevons surtout des « bachelors », des étalons solitaires. Ils sont petits et costauds, leur alimentation à base d’herbe fraîche leur réussit bien. Ils sont aussi très beaux dans leur robe roussâtre et lustrée. On les observe longuement, leur résilience imposant le respect.

« Avez-vous trouvé l’église ? »

Nous voilà un rien désorientés dans la campagne rouge Trump, qui déroule ses champs de tabac, ses élevages porcins et son industrie biotech sur fond de stations-service abandonnées, d’armureries voisinant avec des crémeries et des parcs de maisons mobiles misérables cernés, quel hasard !, d’une, deux, trois églises baptistes. L’air de banjo du film Délivrance me hante…

Smithfield, une petite ville pimpante, s’enorgueillit d’un musée consacré à Ava Gardner, immense star de l’âge d’or hollywoodien, née dans les parages. Outre l’histoire d’un incroyable destin, son parcours raconte une « Amérique » de tous les possibles, qui existe de moins en moins.

Nous nous attablons chez Simple Twist (comme dans Simple Twist of Fate, de Bob Dylan). Au menu : de bons plats réconfortants du Sud — tomates vertes frites, shrimps and grits (crevettes et semoule de maïs), saumon laqué au thé noir — et une bonhomie tout aussi méridionale. « Et maintenant, conduisez prudemment, OK ? », nous dit-on en guise d’au revoir. Voilà qui me délivre illico de l’air de banjo.

À Clayton, Betsy Grannis, qui nous accueille dans sa belle maison victorienne reconvertie en Morning Glory Inn, rappelle que les trois valeurs cardinales du comté de Johnston et de la Bible Belt sont la famille, la religion et le travail. « Il y a 18 ans, quand nous sommes arrivés ici, la première chose qu’on nous demandait, c’était : “avez-vous trouvé l’église ?” »

Photo: Carolyne Parent Le «Rodin’s Court» au North Carolina Museum of Art, à Raleigh

Avec Durham et Chapel Hill, Raleigh forme un triangle de villes universitaires à l’intérieur duquel on trouve la plus grande concentration de détenteurs de doctorats aux États-Unis. Dans ce qui est aussi la capitale de l’État, le North Carolina Museum of Art est un riche musée — bonjour, Rodin ! —, assorti d’un immense parc peuplé de sculptures.

La cuisine locale nous allume de même chez Poole’s, un boui-boui sans prétention où la chef Ashley Christensen réinvente des classiques maison, comme chez Mandolin, une bonne table située dans le chic quartier Hayes Barton, non loin de la résidence du gouverneur démocrate. Ici, un serveur nous apprend que le chou cavalier (collard greens) braisé dont nous raffolons… « nourrissait autrefois les esclaves s’échinant dans les champs ». Motus sur une potentielle appropriation culturelle au pays des ex-Confédérés.

Photo: Carolyne Parent Coucher de soleil dans le comté de Currituck, à Corolla

Un autre coup de cœur en Caroline du Nord sera Wilmington et ses plages de rêve, baignées, en juillet, par un océan à température de spa. Avec son foisonnement de maisons de styles victorien, fédéral, Queen Anne construites pour des riches des chemins de fer, le quartier historique de la bourgade est une vraie splendeur. L’aménagement piétonnier en bordure du fleuve Cape Fear est aussi très réussi. Au-delà, plus au sud, c’est encore Carolina Beach et sa jetée en bois, une station balnéaire qui semble avoir été pensée pour les familles, puis l’idyllique Kure Beach et son quai de pêcheurs. Oh, que nous voilà bienheureux !

Carolyne Parent était en partie l’invitée de la Caroline du Nord.

Bon à savoir

Et les séquelles de l’ouragan Florence, demandez-vous… Les Outer Banks s’en étaient bien tirés en août dernier. Quant à Raleigh ou à Wilmington et à ses plages, elles ont récupéré depuis.

Corolla Outback Adventures propose aussi une excursion depuis Knotts Island, située à 50 kilomètres de Virginia Beach. Un bateau y attend les excursionnistes pour la traversée de la baie (15 minutes) et à Carova, un 4 X 4 prend le relais. On s’évite ainsi le très long détour via Kitty Kawk et la Highway 12.

À Kill Devil Hills, un site commémoratif consacré aux frères Orville et Wilbur Wright rappelle le premier vol motorisé de l’histoire. Réalisé le 17 décembre 1903, il franchit 120 pieds en 12 secondes, un saut de puce qui a changé le monde !

L’exploit des aviateurs Wright nous donne envie de voler ? Cap sur le Jockey’s Ridge State Park et ses super dunes pour un cours d’initiation au deltaplane donné par un instructeur de Kitty Hawk Kites. C’est une activité mémorable pour tous !

Renseignements : corollaoutback.comouterbanks.org, morning-glory-inn.com, avagardner.org, simpletwistnc.com, ncartmuseum.org, ac-restaurants.com, mandolinraleigh.com, visitnc.com