Le luxe à la sénégalaise

L’un des quatre bungalows en terre rouge cendre de la maison La Paresse. 
Photo: Hélène Boucher L’un des quatre bungalows en terre rouge cendre de la maison La Paresse. 
Choisir l’Afrique pour vivre l’extatique farniente est loin d’être un déclic immédiat pour le voyageur lambda. On attribue en effet au continent de misérabilistes étiquettes à la Vision mondiale, assénés que nous sommes d’avertissements de sécurité au moindre soubresaut politique.

Le 24 février, les élections présidentielles du Sénégal se déroulèrent sans aucun embrun, si bien que la population n’a pas manqué de se divertir. Bienvenue dans une dimension de paillettes et d’hédonisme digne de la Californie et de sa ville des anges.

Douce oisiveté de Warang
À moins de deux heures de Dakar, dans un village de la «Petite Côte» — itinéraire côtier longeant l’Atlantique —, se cache un gîte de charme au nom révélateur : la maison La Paresse. Il est l’œuvre d’un couple français, Bernard et Sophie Salomon, qui ont choisi de s’établir dans cette niche discrète, si «près de la mer et de la brousse, loin du tourisme de masse».
Photo: Hélène Boucher L’aire détente, paradis de zénitude

Derrière une façade baroque de bougainvilliers multicolores, une lourde porte métallique s’ouvre solennellement sur ce paradis de la zénitude, louangé sur TripAdvisor. Ici, prière d’abandonner son téléphone intelligent bien au fond de son sac, de peur de perdre la moindre seconde d’oxygène épicurienne.

Autour de quatre bungalows en terre rouge cendre d’une superficie de 45m2 où la fraîcheur règne en reine, une piscine aux larges flancs. L’architecture déconcerte par sa sobriété dans les lignes, son décor sauvage et ses myriades de touches de raffinement.

Quatre mots qualifient pour Sophie Salomon l’expérience sensorielle de la maison La Paresse : couleur, beauté, calme et pureté. Des forces de la nature sénégalaise qu’une clientèle diversifiée, essentiellement « toubab » (terme utilisé pour désigner tout individu étranger), vient chercher depuis l’Europe.

« Des cadres et professionnels libéraux, des expatriés en quête de vacances apaisantes », souligne la souriantissime hôtesse. Malgré le glam de l’espace, son pool house moderne et ses chambres dignes d’une lune de miel, ce qui importe dans l’art de vivre du lieu réside dans l’accueil personnalisé de chaque visiteur.

«Lâcher son fou» au Patio
Retour dans la zone septentrionale de Dakar, au cœur de la commune de Ngor, pour une tout autre excursion. Sur l’avenue centrale — la main des boîtes de nuit —, un air de folie rôde en permanence. Originellement village de pêcheurs par sa position immédiate en bord océanique, le quartier huppé où vivent les plus friqués dispose d’une offre de sorties à en perdre la boule !

Dès 20 h, une halte s’impose au Patio, bar-restaurant-discothèque ouvert en 2006. Après avoir poussé les portes capitonnées de cet empire du nightlife sénégalais préservé par des videurs aux muscles dessinés au couteau, des palissades à l’ef figie Black&White Jack Daniel’s se dressent pour céder l’espace aménagé tel un jardin. L’idée initiale des deux propriétaires: disposer d’un espace branché dégagé, propice à la circulation de tout un chacun. De là le nom «Patio».

Pour Jo, fidèle assistant gérant, l’achalandage s’explique d’abord par l’excellence du menu gastronomique, déclassant même la charmante présence de demoiselles « à la Beyoncé» ! La cuisine s’inspire de la tradition française pour satisfaire une clientèle d’ailleurs majoritairement constituée d’expatriés de l’Hexagone et d’Américains. Ils viennent ici se délecter du « mixed grill aux fruits de mer». Une trilogie de gambas, calamars et capitaine, prises des filets des mythiques pêcheurs lébous de Ngor.

Les plus voraces appétits ne résisteront guère aux viandes à la brésilienne, une orgie d’agneau, entrecôte, bœuf et merguez que Jo qualifie triomphalement de « truc de fou ». Des produits importés d’Argentine jusqu’au Sénégal. Le plaisir atteint son paroxysme sur la piste de danse de la discothèque qui magnétise les corps jusqu’à cinq heures du matin, sur des airs de salsa, mbalax, hip-hop et slows sulfureux.

Marina Bay: odyssée de plaisirs
Sabrina Whest et son mari, chef de renom, disciple de Bocuse et de Ducasse, ont fondé au nord de Ngor un complexe bar-restaurant de luxe à l’abri du trafic et du CO2 de Dakar. « Un petit lieu de vacances à s’offrir n’importe quand, de jour comme de nuit », décrit la cogestionnaire, artiste innée ayant instauré des ateliers de peinture tous les jeudis.
Photo: Hélène Boucher Vue sur la plage du complexe bar-restaurant Marina Bay

Les occasions de jouissance au bord de la fastueuse piscine, au bar, où coulent les ivresses de Bacchus, ou sur la plage privée sont illimitées. Un phénomène rare se manifeste ici : l’adoption en masse des locaux malgré une gestion à l’occidentale. C’est sans doute parce que l’histoire du couple — tous deux natifs du pays — n’est pas anodine. La plage s’allongeant tout le long du Marina Bay appartient à la famille depuis des décennies.
Photo: Hélène Boucher La piscine aux larges flans à La Paresse

Tout jusqu’au décor porte l’empreinte de la Teranga : les couleurs bohèmes de l’île de Gorée, les pierres balisant les fontaines, l’éclat des bougainvilliers. Et cette touche se goûte jusque dans l’assiette, d’où s’élèvent des chefs-d’œuvre de fine cuisine sénégalaise revisitée. Ainsi, le yassa au poulet, mets typique à base d’oignons confits à la sauce citronnée, se marie à un riz à l’ananas, ou encore en ballottine avec risotto. Le clou de l’expérience : une fenestration sur 360 degrés offrant une lumière azur sur l’océan.

Combien ça coûte?

Le transport. Quiconque craindrait de se ruiner pour venir jusqu’au Sénégal depuis Montréal devrait consulter les tarifs avantageux d’Air France. Jusqu’en mai, un vol aller-retour avec escale à Paris n’excédera pas 1400$. Admirer les prouesses des surfeurs se réunissant en avril lors de féroces compétitions est un plaisir des sens en soi.

Hébergement. Faire escale à la maison La Paresse s’avère un incontournable. Chambre pour deux avec vaste salle de bain et terrasse privées et petit-déjeuner continental à partir de 30 000FCFA la nuitée (68$) selon la saison.

Quoi manger? Le cheesecake du Marina Bay au spéculos, aux fruits rouges et au citron vert (6500FCFA, soit 15 $); une explosion de saveurs et de structures en bouche. Accompagné du cocktail vedette de la maison, le Bouyaka, inspiré du jus de bouye à base de «pain de singe » — le fruit du baobab — rehaussé de la menthe du potager.