De nouvelles aventures pour voyager plus «vert»

Le campement provisoire de Natural Habitat Adventures au Groenland
Photo: Ralph Lee Hopkins Le campement provisoire de Natural Habitat Adventures au Groenland

« Ne prends que des photos ; ne laisse que tes empreintes. » Il y a belle lurette que le féru de plein air et le voyageur écoresponsable ont intégré cette consigne pro-environnementale ! Or voilà que le puriste pourrait y ajouter une proposition coordonnée : « et autant que possible, ne loge que dans des structures éphémères ».

L’idée ne convient certainement pas à tous, mais elle tombe sous le sens alors que notre planète souffre de surtourisme. Faut-il le rappeler, notre seule présence, puis affluence, dans une destination donnée y encourage la création d’infrastructures touristiques qui, immanquablement, finissent par polluer le panorama qu’on était venu admirer. À Montréal, Jad Haddad, directeur pour le Canada de Terres d’aventure, spécialiste du voyage à pied aux quatre coins du monde, rapporte que sa boîte ne propose plus le célèbre trek de l’Inca, menant au Machu Picchu, au Pérou. Pourquoi ? « Parce qu’il y a pratiquement des dépanneurs en bordure du sentier ! » dit-il.

Désirer poser le pied en des lieux encore vierges, à tout le moins observer quelque chose au-delà du déjà-vu, est le propre du voyageur. C’est d’ailleurs à cette fin qu’il plante sa tente au sommet du mont Ham, dans les Cantons-de-l’Est, les rares fois où les autorités du parc régional l’y invitent. Ou qu’il passe une nuit dans une cabane sur skis, tractée par une motoneige jusqu’à l’extrémité nord de la Laponie finlandaise, histoire de contempler des aurores boréales — une irrésistible proposition hivernale de l’agence anglaise Off the Map Travel.

Photo: Off the Map Travel Des aurores boréales rien que pour soi, observées depuis une cabane sur skis en Laponie

Il n’y a pas si longtemps, dans le secteur du tourisme urbain, on disait : « Build it and they will come. » Traduction : demandez à un starchitecte de construire un musée et les touristes viendront. En Espagne, Bilbao doit sa renaissance au Guggenheim de Frank Gehry.

Dans le créneau du tourisme d’aventure, le nouveau mot d’ordre semble être : proposez des séjours en pleine nature dans des environnements normalement inaccessibles, sans infrastructures permanentes et à faible impact écologique, et ils accourront.

Des camps pop-up

Parmi les agences qui donnent dans cette éco-escapade d’un genre nouveau, il y a Natural Habitat Adventures (NHA). Établie au Colorado, elle organise des expéditions en petits groupes de tout au plus neuf participants dans des endroits reculés du genre à gauche du troisièmebaobab, à droite de la masse de glace.

En Tanzanie et au Kenya, NHA monte ses tentes dans les parages des flux migratoires des bêtes sauvages. Au Groenland, sur les rives du Sermilik, un fjord peuplé de baleines et de phoques, elle installe un campement pour la brève saison des randonnées et des sorties en kayak de mer, qu’elle démantèle aussitôt l’hiver venu. Dans l’Arctique canadien, un chalet mobile, sorte de petit train sur roues, permet l’observation des ours polaires sur les rives de la baie d’Hudson.

Photo: Ralph Lee Hopkins Coucher de soleil sur le campement provisoire de Natural Habitat Adventures, au Groenland

« Tous ces hébergements offrent un confort absolu, un faible impact environnemental, ainsi qu’une proximité sans pareille avec la faune, ce que recherchent passionnément nos clients », explique le président fondateur Ben Bressler.

Upscape, une agence établie à Santiago du Chili et spécialiste du tourisme expérientiel en Amérique du Sud depuis 15 ans, vient d’ajouter un Outpost à son offre chilienne afin de satisfaire la demande de séjours au diable vert. Qu’est-ce que l’Outpost ? C’est un campement provisoire pour un maximum de 16 personnes qui peut être érigé dans le désert d’Atacama comme en Patagonie, en passant par la vallée de l’Elquí.

 
Photo: Courtoisie Upscape Un camp pop-up Outpost par Upscape voué à la pêche à la mouche, en Patagonie chilienne

« Nous nous installons sur des terres privées pour lesquelles nous avons des contrats d’exclusivité — ce qui veut dire que nos clients ne sont pas cernés par d’autres touristes croquant des images destinées à Instagram », note Brian Pearson, président d’Upscape.

L’accès exclusif à des destinations hors piste, en compagnie de guides naturalistes incollables, a bien sûr son prix. D’ailleurs, moins on est prêt à sacrifier son confort au nom de l’aventure, plus le coût est élevé. Par exemple, camper cinq jours dans un Outpost de l’agence Upscape pour assister à l’éclipse solaire totale, en juillet prochain, au Chili, va chercher dans les 6450 $US, hors vols internationaux. « Une moyenne de deux employés par client et des tentes de 400 pieds carrés aménagées comme un hôtel de luxe, cela implique toute une logistique ! » dit Brian Pearson.

Vers le voyage « zéro déchet »

Une offre de voyage à empreinte écologique minimale devrait être assortie d’un engagement pro-environnementalconcret. C’est le cas de NHA. En 2007, le partenaire de World WildlifeFund affirmait être le premier voyagiste carboneutre au monde. Cela signifie qu’il finance divers projets de reboisement pour compenser les émissions de carbone qu’engendrent non seulement ses activités touristiques, mais également ses activités commerciales quotidiennes.

En juillet prochain, au parc national Yellowstone, aux États-Unis, NHA lancera une « mission zéro déchet ». « Réutilisation, recyclage, surcyclage [récupération ayant pour finalité la création d’un produit de meilleure qualité ou utilité que celui d’origine], compostage : nous allons détourner au moins 99 % des déchets produits lors de notre séjour. Ce faisant, nous allons apprendre comment éviter les flux de déchets à l’avenir et, espérons-le, inspirer l’industrie du tourisme à en faire autant », souligne Ben Bressler.

Cette question du voyage « zéro déchet » interpelle déjà Jad Haddad et Terres d’aventure, une agence également carboneutre qui organise des séjours sous la tente en montagne comme dans le désert. « Récemment, nous avons réuni nos partenaires d’une centaine de pays pour réfléchir ensemble à des façons d’aller encore plus loin dans notre gestion des déchets à destination. »

Au premier chef, régler leur compte aux bouteilles de plastique, un usage dont ses clients s’inquiètent de plus en plus. Un bon plan ? « Nous leur donnerons sous peu des gourdes et étudions la possibilité d’y intégrer des filtres pour ces endroits dans le monde où il n’est pas recommandé de boire l’eau du robinet », dit-il.

« En tant “qu’invités” à l’étranger, il nous faut être respectueux des populations comme des paysages », poursuit-il. D’autant plus quand la nature est notre terrain de jeux.