Sous une bonne étoile dans la vallée de l’Elqui

Le soleil brille quelque 300 jours par année dans la vallée de l’Elqui, située à environ 550 km au nord de Santiago au Chili.
Photo: Andréanne Chevalier Le Devoir Le soleil brille quelque 300 jours par année dans la vallée de l’Elqui, située à environ 550 km au nord de Santiago au Chili.

Il est difficile de déterminer l’origine du sentiment de plénitude qui envahit les visiteurs dans la vallée de l’Elqui, située à quelque 550 km au nord de Santiago au Chili. Certains, dont je ne suis pas, évoqueraient des explications spirituelles : une telle aura plane effectivement sur la région, qui attire depuis des années son lot de hippies et de chercheurs de sens — on raconte, entre autres, que des moines tibétains s’y sont établis, dans les années 1970, traçant un parallèle entre Lhassa, à 30 degrés de latitude nord, et l’Elqui, à 30 degrés de latitude sud.

Étrangement (ou pas), le spirituel et l’inexpliqué cohabitent avec la science le long de la Ruta de las Estrellas (la route des étoiles), qui traverse ces terres à la fois arides et généreuses. C’est que cette « connexion » avec le ciel a probablement une explication plus terre à terre. De fait, la région jouit d’une situation exceptionnelle pour l’observation des astres ; elle est d’ailleurs la première du monde à avoir été nommée sanctuaire de ciel étoilé. Il serait dommage d’y faire un tour sans se transformer en astronome amateur au moins le temps d’une soirée.

« Quand on dit que c’est un des meilleurs ciels du monde, c’est pas juste une impression esthétique », confirme Éric Escalera, astrophysicien français et propriétaire depuis une dizaine d’années de l’Observatorio del Pangue, près de Vicuña. « Ce sont les paramètres physiques de la haute atmosphère au Chili qui, à cause des circonstances géographiques [les Andes, l’Antarctique, le Pacifique et de désert de l’Atacama], font en sorte que l’atmosphère est très propre », explique-t-il. Puisqu’il y a moins de poussière, moins d’humidité, moins de turbulences et de nuages dans le ciel, la vue y est supérieure.

Beauté sélène

En cette mi-janvier, la lune était visible à près du tiers. Pourtant, elle éclairait autant sinon davantage que pendant une nuit où elle est pleine en Amérique du Nord ou en Europe. C’est « l’effet pervers de la qualité du ciel », reconnaît M. Escalera. Aux étrangers qui souhaitent visiter l’observatoire, l’astronome suggère de planifier leur passage en fonction du calendrier lunaire : les jours entourant la nouvelle lune donne lieu à une meilleure expérience.

Photo: Andréanne Chevalier Le Devoir La lune vue à travers le télescope de l’Observatorio del Pangue, près de Vicuña

Soit. Même en ce soir où la grande luminosité rendait l’observation céleste un peu difficile, l’expérience était magnifique. À l’Observatorio del Pangue, au sommet d’une route sinueuse dans les montagnes, à quelque 18 km de Vicuña, pas de charabia incompréhensible au commun des mortels. Plus comme un ami discret et savant qu’un guide touristique en représentation, Éric Escalera explique et répond de sa voix douce et posée aux questions de ses visiteurs — pas plus d’une dizaine à la fois, permettant ainsi à chacun plusieurs moments d’observation au télescope (de 40 cm de diamètre). Là, ce sont les Nuages de Magellan, les seules galaxies visibles à l’œil nu, situées à 150 000 années-lumières. Et là, l’œil collé sur la lentille, on assiste à la naissance d’une étoile… Comment se sentir tout petit, première leçon.

Splendeur solaire

Le soleil brille quelque 300 jours par année dans la vallée de l’Elqui. L’été (ici entre décembre et février) est chaud. Très chaud. Au cœur de cet environnement désertique gît une vallée luxuriante ; un contraste saisissant. C’est le centre de la production de pisco du pays. Les vignes abondent. Sur la route entre Vicuña et Pisco Elqui, le bleu du réservoir Puclaro paraît irréel.

Photo: Andréanne Chevalier Le Devoir Les montagnes près de Pisco Elqui

La réputation mystique de la vallée est particulièrement vibrante dans le petit village de Pisco Elqui. L’industrie touristique y mise beaucoup sur les attraits « nouvel-âge ». Pas besoin, toutefois, de croire aux ovnis, de séjourner dans un ashram ou de chercher à harmoniser ses chakras pour apprécier la région. Les randonnées à pied ou à cheval sont des activités tout aussi méditatives, surtout dans un paysage aussi singulier.

Photo: Andréanne Chevalier Le Devoir Des vignes près de Vicuña

Ici, les Andes serpentent le territoire, s’emboîtant les unes sur les autres. Leurs replis et leurs sommets jouent sans cesse avec le soleil éblouissant et les ombres. Ce sont des montagnes de sable, sèches — on a l’impression que le moindre mouvement pourrait provoquer une avalanche dorée. Elles sont recouvertes de bosquets de cactus d’un vert ténu, presque de la couleur du désert qui les entoure, comme des caméléons cherchant à passer inaperçus. On comprend alors facilement comment ces majestueuses montagnes, pont entre le ciel étoilé et la terre ferme, incitent autant à la contemplation.

En vrac

La vallée de l’Elqui est située entre La Serena (sur la côte) et la frontière argentine. Il est très facile et peu onéreux de voyager en bus local de La Serena à Vicuña ou à Pisco Elqui. Des bus locaux font aussi fréquemment la route entre Vicuña et Pisco Elqui. Pour explorer la région plus en profondeur, il est toutefois préférable d’avoir un véhicule.

Louer un vélo pour une journée (ou plus) est une façon intéressante de découvrir Vicuña et ses environs. L’énergique Adeline, chez Elki Magic, se fera un plaisir de vous proposer — en français — un trajet couvrant plusieurs points d’intérêt le long d’une route tranquille et bordée de vignobles : la microbrasserie Guayacán, les cuisines solaires, l’ashram Eco Truly…

Pour les amateurs d’eau-de-vie, il est possible de visiter plusieurs distilleries dans le berceau chilien du pisco (dont l’artisanale Aba, à Vicuña, et le gros canon Mistral, à Pisco Elqui). Contrairement à la version péruvienne, le pisco sour chilien — omniprésent sur les menus partout au pays — est en quelque sorte une version végétalienne du rafraîchissant cocktail : il ne contient pas de blanc d’œuf.
 

Le pays de Gabriela Mistral

La vallée de l’Elqui est d’une importance significative dans la vie de la grande Gabriela Mistral (1889-1957). C’est à Vicuña qu’est née la première auteure sud-américaine à recevoir le prix Nobel de littérature. Et c’est à Montegrande (environ 35 km plus loin) que l’auteure du recueil D’amour et de désolation repose pour l’éternité. À Vicuña, un charmant (et gratuit) musée raconte son parcours, sur les lieux mêmes de la maison où elle est née. À noter que les textes de l’exposition sont uniquement en espagnol. Entrée gratuite.