À la poursuite d’Al Capone en Saskatchewan

Une murale d’Al Capone
Photo: Miriane Demers-Lemay Une murale d’Al Capone

Al Capone, présent en Saskatchewan ? C’est ce qu’indiquent plusieurs sources, qui affirment que le célèbre gangster aurait profité du monde souterrain de la ville de Moose Jaw pour échapper à la justice américaine. Aujourd’hui, cette facette méconnue de l’histoire canadienne passe de l’ombre à la lumière.

En tant que contrebandiers d’alcool, vous pourrez acheter ici. » Notre guide, coiffée d’une plume et vêtue d’une robe des années folles, nous entraîne dans un bar clandestin reconstitué de la période de la prohibition. Dans un coin, un musicien joue des airs de jazz au piano. Dans l’autre, un homme est affalé sur une chaise, un verre vide à la main.

De là, nous entrons dans le « bureau » et la « chambre » d’Al Capone. C’est que, selon les rumeurs, le célèbre gangster aurait séjourné ici pour fuir la justice américaine. Nous sommes à Moose Jaw, une petite ville de la Saskatchewan située en bordure de la Transcanadienne. Si la ville respire la tranquillité, ce ne fut pas toujours le cas.

Dans les années 1920, la ville était surnommée « The Little Chicago », ou encore « le quartier chaud » des Prairies. Les activités illicites, comme la prostitution, la fabrication illégale d’alcool et les jeux de hasard, y prospéraient. La raison : son monde souterrain. Notre guide pousse une porte dissimulée derrière des vestons et nous indique des escaliers. Nous descendons sous la surface du sol. Sous les rues du centre-ville, différentes salles sont connectées par des tunnels. Dans une salle, on trouve un appareil pour espionner les conversations téléphoniques. Dans une autre, on découvre des barils pour la fabrication d’alcool et une table de poker.

Photo: Moose Jaw Public Library Archives La ville de Moose Jaw dans les années 1920

Originellement construits par des ingénieurs hydrauliques, ces tunnels furent rapidement utilisés pour dissimuler des activités peu recommandables, avec la complicité de la police locale. « La police à l’époque était très corrompue. Dans un cas, sept policiers ont été accusés dans une histoire de vol », explique Kelly Carty, directrice de la distribution des comédiens pour les tunnels de Moose Jaw.

« Les gens ne veulent pas croire que nous avons été un quartier chaud. Ils préfèrent le nier. Mais ça s’est passé. Tout cela est bien documenté. » C’est dans ce contexte qu’Al Capone aurait peut-être séjourné en Saskatchewan. À l’époque, Chicago et Moose Jaw étaient directement connectées par la ligne de chemin de fer Soo Line.

Il n’existe pas de preuve matérielle de cette supposée visite, aucune photo, aucun registre d’hôtel. Un manque de preuves qui a été critiqué par des sceptiques. Selon Kelly Carty, cette absence de preuves matérielles s’explique toutefois par la nécessité, pour l’homme en fuite, de ne laisser aucune trace.

Photo: Miriane Demers-Lemay

L’entreprise Les Tunnels se base sur des témoignages de certains résidents de la ville. À l’époque, un barbier lui aurait coupé les cheveux, un médecin aurait été amené à son chevet les yeux bandés, une enfant utilisée comme « messagère » dans les tunnels affirme l’avoir vu.

La nièce d’Al Capone, Deirdre Marie Capone, affirme aussi que le gangster a bien séjourné à Moose Jaw. Elle a d’ailleurs visité la ville et ses tunnels dans le cadre du tournage de son documentaire Finding Al. « Elle m’a dit qu’Al Capone nommait le Canada le “pays de Dieuˮ pour la qualité de son whisky et son degré de corruption », révèle Kelly Carty.

Pratique

Visiter les tunnels
L’entreprise Les Tunnels de Moose Jaw offre des visites guidées animées en anglais plusieurs fois par jour (environ 50 minutes). Les deux circuits sont complémentaires. Adulte : 16 $ pour une visite et 27 $ pour les deux visites.
 

Quoi faire à Moose Jaw

Après avoir visité les tunnels, pourquoi ne pas aller faire une saucette dans l’un des divers spas de Moose Jaw ? L’été, il est également agréable de parcourir le centre-ville à pied. Près de cinquante murales représentent des moments de l’histoire et du développement de la ville. On peut obtenir un dépliant sur le circuit des murales au bureau de l’office de tourisme. Sur ce circuit, prendre le temps de traverser le sympathique Crescent Park, près du centre-ville.
 

Des Chinois persécutés

Une deuxième visite guidée permet de découvrir une autre facette de l’histoire des tunnels de Moose Jaw. Avant la prohibition, les tunnels ont servi de logements et de lieux de travail à des Chinois persécutés et sans travail, après l’arrêt de la construction du chemin de fer. Des centaines de travailleurs auraient ainsi été employés pour laver du linge dans des conditions de travail déplorables pour des buanderies de Moose Jaw.
 

L’histoire au service du tourisme

Aujourd’hui, l’histoire des tunnels est mise en valeur par l’industrie touristique locale. L’entreprise Les Tunnels de Moose Jaw affirme attirer près de 100 000 visiteurs par année.

Outre les tunnels, la ville est également réputée pour ses différents spas. L’été, il est parfois possible d’y observer des numéros de voltige aérienne des Snowbirds, dont la base d’entraînement se situe à proximité. Enfin, Moose Jaw a récemment fait les grands titres de publications internationales, telle The Guardian, pour sa dispute avec la Norvège : toutes deux disent posséder la statue d’original la plus haute du monde.

Mais c’est sur son passé mafieux que mise la ville pour attirer davantage de touristes. Au cours du prochain mois, Moose Jaw accolera à son nom le slogan de « la ville la plus notoire du Canada », en référence à sa réputation lors des années folles.

« Nous voulons que Moose Jaw se démarque, explique la directrice de Tourism Moose Jaw, Jacki L’Heureux-Mason. Et cela nous donnera l’occasion de présenter notre histoire plus fidèlement. »