Au-delà des sports extrêmes

L’Américaine Margot Hayes dans le film «Break on Through», de Peter Mortimer
Photo: Greg Mionske L’Américaine Margot Hayes dans le film «Break on Through», de Peter Mortimer
Pour une quatrième fois, les agences de voyages Terres d’aventure et Grand Nord Grand Large organisent le Festival Objectif Aventure, présentant chaque année à la fin de janvier des documentaires qui explorent ce point de mire sous toutes ses facettes. D’une projection à l’autre, la notion d’aventure varie grandement, mais d’enrichissantes réflexions sont suscitées à tout coup.

L’exploit au féminin
Dans l’univers du plein air, les femmes ont longtemps été laissées de côté. Toutefois, des pionnières ont défriché le terrain pour prouver qu’elles pouvaient relever des défis elles aussi. Le film Les voyages extraordinaires d’Ella Maillart, de Raphaël Blanc, en est un bon exemple.

À la fois photographe, écrivaine et journaliste, cette grande exploratrice née en 1903 est assoiffée d’aventure depuis sa tendre enfance. Non seulement elle voyage souvent seule, mais elle choisit des destinations à tout le moins hors norme à l’époque: l’URSS, la Chine, l’Inde… Ses nombreuses pérégrinations nous appellent à continuer de parcourir le monde, même si la peur de partir seule ou dans certains endroits en tant que femme nous arrête encore trop fréquemment.

Dans un contexte plus actuel, le film Break on Through, de Peter Mortimer, dresse le portrait de la jeune Américaine Margo Hayes, prodige de l’escalade. Du haut de ses 19 ans, elle réussit à accomplir ce qu’aucune autre femme n’a fait auparavant : enchaîner les voies La Rambla, en Espagne, et Biographie (Realization), en France, toutes deux de catégorie 9a + (5.15a), ce qui dans le jargon de l’escalade est réservé à quelques-uns des meilleurs grimpeurs au monde. Encore une fois, ce type de film montre l’exemple et nous inspire à oser repousser nos propres limites.

Il en va de même du côté de la réalisation. Le pari n’est pas gagné d’avance pour les femmes, dans le métier. Il est toutefois à noter que des quatre prix présentés lors de cette programmation de trente films, deux ont été remis à des femmes.

Sandrine Mörch a remporté le prix Coup de coeur du jury pour son film Brice, le vacher à l’assaut des Pyrénées, qui raconte le mode de vie particulier de Brice Delsouiller, vacher et coureur de montagne de haut niveau. Quant à Christiane Mordelet et Stanzin Dorjai Gya, elles ont gagné le Grand Prix du festival pour le film Grandir au Ladakh (Himalaya indien). Celui-ci porte sur l’histoire de deux fillettes qui souhaitent participer au Gotchak, une procession ardue de tradition bouddhiste. L’altitude, le froid et les hauts sommets font partie intégrante du parcours des jeunes femmes, un climat qui revient d’ailleurs dans plusieurs films à l’affiche du festival.

L’appel du Nord
Pour les passionnés de plein air hivernal, le Nord canadien est un décor de film à faire rêver. C’est aussi un terrain de jeu idéal pour ceux et celles qui désirent ajouter quelques éléments de difficulté à leur défi : un blizzard, un froid glacial ou un lac gelé aux considérables crevasses. Bien que cet environnement hostile contribue au sensationnalisme d’un film, il nous permet également de découvrir les limites de l’être humain devant la lentille.

C’est en par tie ce que présente The Frozen Road, où le réalisateur Ben Page raconte la fin de son voyage de vélo de la Terre de Feu au Grand Nord et rend hommage à toute la beauté du Yukon, méconnu de plusieurs. Au-delà des hauts, son film illustre aussi très bien les bas des voyages en solo, ce qui donne une image plus juste de la réalité de ce type de défi. Son périple lui a d’ailleurs valu le prix Aventure.
Photo: Courtoisie du Festival Objectif Aventure Le réalisateur anglais Ben Page dans son documentaire «The Frozen Road».

À l’inverse, partager l’instant présent avec quelqu’un d’autre aide bien souvent à rire des difficultés plutôt que d’en pleurer. C’est du moins ce que nous présentent les Belges Sean Villanueva (réalisateur) et Nicolas Favresse, qui pour la troisième fois vont escalader une paroi immense en Terre de Baffin.

En plus des paysages majestueux, Coconut Connection présente des personnages ayant une impressionnante capacité d’adaptation, malgré les nombreux défis que comporte leur expédition en terre polaire. Ils sont cer tainement diver tissants, mais à force de les voir enfiler les repas déshydratés, un tout autre constat se dégage d’un tel scénario. Que font-ils de leurs déchets ?

Une question d’environnement
La gestion des déchets lors de voyages d’aventure est souvent désuète ou inexistante. C’est justement le sujet qui intéresse Jean-Michel Jorda dans son film Everest Green. Le plus haut sommet de la Ter re a connu une montée exponentielle en popularité au cours des dernières décennies, entre autres parce que les grimpeurs sont bien mieux outillés qu’avant pour parvenir à leurs fins. En effet, la plupart des alpinistes qui tentent d’atteindre le sommet utilisent désormais des bombonnes d’oxygène pour faciliter l’ascension.

À Katmandou, la capitale du Népal, d’où partent la plupar t des ascensions sur l’Everest, non seulement la gestion des déchets est inexistante, mais les autorités n’ont jamais su s’adapter à l’accroissement du tourisme depuis les années 1990. «On a pris l’habitude de jeter les déchets dans les crevasses en croyant qu’ils allaient disparaître », raconte un des sherpas interviewés dans le film.

Aujourd’hui, cer tains systèmes viennent à peine d’être mis en place. Bien que ce soit une charge de travail supplémentaire pour les sherpas, certains d’entre eux redescendent désormais les bombonnes d’oxygène utilisées au lieu de les laisser sur place et d’en monter de nouvelles chaque fois. Mais il reste encore beaucoup à faire.

À la suite de telles projections et de discussions pertinentes avec les réalisateurs, les passionnés d’aventure dans la salle reverront sans doute leur approche lors de leur prochain voyage. Être plus conscient des traces que nous laissons, repousser nos limites, tout en apprenant à les respecter, ne sont que quelques-unes des leçons retenues lors ce festival inspirant.

Notre journaliste était l’invitée de Terres d’aventure et d'Air Canada.