L’île aux Basques, terre de beauté et d’histoire

Coucher de soleil au sud de l'île aux Basques
Photo: Yvan Bédard Coucher de soleil au sud de l'île aux Basques

Les îles sont des lieux de rencontres, d’échanges et de convoitises. Des concentrés d’histoire et de beauté. L’île aux Basques, située en plein coeur de l’estuaire du Saint-Laurent, est un véritable joyau naturel du Québec. Ses rives ont accueilli tour à tour les Autochtones, les Basques et les aventuriers des siècles derniers.

Du continent, elle ressemble à un immense bateau immobile. Surplace, elle donne au visiteur l’impression de flotter au milieu de l’immensité liquéfiée. Visite guidée de ce trésor méconnu du Bas-du-Fleuve.

Les Autochtones ont d’abord foulé son sol pendant plus de mille ans. Située face à Trois-Pistoles et au carrefour de quatre cours d’eau importants — le fleuve Saint-Laurent ainsi que les rivières Saguenay, Saint-Jean et des Trois-Pistoles —, l’île fut un haut lieu de troc et de rencontres entre peuples du nord-est de l’Amérique. Des objets et des bijoux provenant d’aussi loin que la baie James, le Labrador ou le Maine y ont été trouvés lors de fouilles archéologiques récentes.

L’île large de deux kilomètres et longue d’à peine cinq cents mètres fut mentionnée dans le journal de Jacques Cartier, le 1er septembre 1535. Elle devient par la suite la terre d’accueil de l’un des premiers établissements européens dans la vallée du Saint-Laurent. Les formidables navigateurs que furent les Basques ont en effet occupé l’île sur une base saisonnière de 1580 jusqu’en 1630, soit bien avant la fondation de Québec par Champlain, en 1608.

Ces habitants, qui ont donné à l’île son nom, y pratiquaient la pêche à la baleine. Attirés par une nourriture abondante à l’embouchure du Saguenay, les cétacés y étaient chassés au harpon, puis remorqués jusqu’à l’île. Échoués sur la grève, les mammifères marins étaient dépecés par les baleiniers qui faisaient fondre leur graisse dans d’immenses fours. Une fois le processus terminé, l’huile était envoyée en Europe, où elle servait à alimenter les lampes qui illuminaient ses grandes cités. Il est possible de visiter trois fidèles reconstitutions de ces fours qui ont été érigées sur les lieux mêmes où ils ont brûlé pendant des décennies.

Des sentiers et des oiseaux

Après avoir appartenu à une longue lignée d’aristocrates français et de seigneurs pistolois, l’île a été achetée en 1929 par la Société Provancher d’histoire naturelle du Canada. L’organisme privé, qui fête cette année ses 100 ans d’existence, s’est assuré depuis de conserver la richesse de sa nature (près de 400 espèces végétales répertoriées) et de protéger ses visiteurs animaliers.

L’île aux Basques est facilement accessible en bateau depuis Trois-Pistoles. Il ne faudra que quelques minutes à l’embarcation blanche et bleue de Jean-Pierre Rioux, gardien de l’île depuis vingt-neuf ans et maire de la ville depuis 2002, pour franchir les cinq kilomètres séparant la terre ferme du petit paradis.

Photo: Yvan Bédard Le bateau Léon Provancher qui mène de Trois-Pistoles à l'Île aux Basques.

Le sympathique capitaine pourra alors vous résumer les nombreux contes qui enrichissent l’imaginaire collectif de la région, ou encore vous dresser la liste des oiseaux qui pourront être épiés pendant votre séjour. Car deux options s’offrent aux voyageurs : ils peuvent soit participer à une visite guidée de l’île d’une durée de trois heures, soit y loger pour quelques jours, dans l’un des trois chalets en bois rond qui y ont été construits.

La visite vous permettra de parcourir les lieux qui ont forgé son histoire, alors qu’un passage prolongé vous donnera plus de temps pour explorer les différents écosystèmes de l’île et y observer délicatement ses habitants saisonniers. Car l’île aux Basques se parcourt en quelques heures et possède une surprenante diversité de paysages.

Les trois chalets sont situés face à Trois-Pistoles, dans la partie sud de l’île. Des galeries de ces habitations, il est possible de distinguer les contours de la ville et les clochers argentés de l’église Notre-Dame-des-Neiges, l’une des plus belles du Québec. Les sentiers, faciles à emprunter, se faufilent parmi les conifères, les étangs et les clairières.

L’un d’eux, le Sentier de la traverse, débouche sur la rive nord, d’où l’on peut voir Tadoussac, la Côte-Nord et l’embouchure du Saguenay. Les vents et les vagues qui en lèchent la surface depuis des temps immémoriaux sont si forts en période de tempête qu’ils y ont tout arraché. La rive est donc entièrement dénudée, occupée par d’immenses rochers sur lesquels il est très amusant de sautiller pour parcourir ce paysage marin particulier.

Photo: Yvan Bédard Le Chalet Léon-Provancher sur l'île aux Basques

La partie ouest de l’île aux Basques est couverte par une petite prairie, colorée de milliers de fleurs sauvages en été, d’où l’on aperçoit très facilement l’île aux Pommes ainsi que l’île Verte. En se couchant sur les rochers qui forment son extrémité, à quelques centimètres de l’eau légèrement salée du fleuve qui s’étire sur plus de quarante kilomètres jusqu’aux Escoumins, le promeneur sensible pourra prendre pleinement conscience de l’insignifiance de sa présence parmi l’immensité des éléments qui l’entourent.

Il est également facile, dans cette partie de l’île, d’observer de nombreux oiseaux. Pas moins de 229 espèces différentes séjournent sur l’île, pour s’y reposer, s’y nourrir ou s’y reproduire. Pas surprenant qu’elle attire autant de scientifiques et d’ornithologues.

Puis, gorgé de beauté depuis son arrivée, le visiteur aura droit chaque soir au plus spectaculaire spectacle qui soit. Couché parmi les herbes salées ou assis confortablement sur un tronc d’arbre, il pourra voir à la tombée du jour, surplombant les montagnes de la Côte-Nord, le ciel prendre feu, les eaux refléter les teintes chaudes du couchant et les rayons bas du soleil s’étirer jusqu’à caresser les deux rives du continent.

Car l’île aux Basques propose ni plus ni moins qu’une escapade hors du temps, de la modernité et de l’humanité. On y redécouvre les spectacles de la nature, les harmonies du chant des oiseaux, et on se surprend à y imaginer à quoi le pays inaltéré pouvait ressembler à l’époque des Autochtones, des premiers navigateurs et des aventuriers des temps anciens. 

Pour y loger

Il est possible de louer, du 10 mai au 14 octobre, trois chalets sur l’île aux Basques : le Rex-Meredith (quatre places), le Léon-Provancher (huit places) et le Joseph-Matte (seize places). Ils sont équipés pour y cuisiner, possèdent des réfrigérateurs et des radiateurs alimentés au gaz naturel ainsi que des foyers pour y faire des feux. Pour réserver un chalet ou pour faire une visite de l’île : provancher.org/ile-aux-basques