La Martinique en formule express

La rade de Sainte-Anne
Photo: Carolyne Parent La rade de Sainte-Anne

Lentement mais sûrement, les transporteurs au rabais changent notre façon de voyager. Leurs bas tarifs s’avérant de puissants incitatifs à prendre la clé des champs, par ici le long week-end à Londres et l’échappée belle à Reykjavik. Même que cet hiver, on pourra s’offrir une saucette au soleil !

À la Martinique, le Club Med Les Boucaniers est bien au fait de la nouvelle tendance. « Grâce à Norwegian, on accommode de plus en plus les courts séjours de trois, quatre nuitées », dit la directrice de l’hébergement, Aline Charlec Sinor.

Norwegian, une compagnie aérienne établie à Oslo, dessert la Guadeloupe et la Martinique au départ de Montréal depuis novembre dernier (et de New York depuis deux ans). Trois fois par semaine, ses envolées sans escale sont assurées par des Boeing 737-800 qui sentent encore le neuf. Qu’est-ce que je retiens de mon aller-retour ? Eh bien, le thé coûte 3 $US, mais les sièges sont confortables et, une fois assise, ô surprise, je n’ai pas les genoux dans le front !

Trois étoiles et poulet boucané

Un tarif aérien alléchant est une chose (lire « combien ça coûte ? ») ; le coût de la vie locale, une autre ; et le tout pèse dans la décision de partir ou pas. Région française où l’euro a cours et qui importe tout ou presque, la Martinique nous revient plus cher à destination que le Mexique, c’est indéniable. Mais selon Muriel Wiltord, directrice du Comité martiniquais du tourisme pour les Amériques, il faudrait en finir avec la perception de cherté qui colle à l’île aux fleurs. « Un poulet boucané à 10 euros (15 $) qu’on mange à la plage, une voiture de location à partir de 25 euros (38 $) par jour, on ne peut pas dire que c’est cher », dit-elle.

Photo: Carolyne Parent À La Dunette, le ti-punch est en libre-service!

Côté hébergement, il y en a pour tous les goûts et budgets, du grand hôtel, comme le Bakoua, au trois étoiles abordable, tel le Village créole, en passant par le Club Med Les Boucaniers, seul tout-inclus de l’île, et l’offre d’Airbnb.

Mais en fin de compte, on n’achète pas un tarif, plutôt une expérience de voyage dont la réussite dépendra en grande partie de l’accueil qu’on reçoit. « Le Martiniquais, c’est un regard dans un miroir, explique mon chauffeur de taxi, Michel Labeau. Autrement dit, vous dites bonjour et vous souriez, eh bien, le bonjour et le sourire vous suivent. Et avec votre accent québécois, vous êtes accueilli grand comme ça, ce qui n’est pas le cas du métropolitain, qui débarque ici en pays conquis… » Or donc, si la saucette vous intéresse, suivez le guide !

Du côté du Carbet

Avec une arrivée à Fort-de-France à 19 h 25 au jour 1, il ne nous en reste plus que trois pour explorer l’île. Il nous faut donc faire de bons choix… Au matin du jour 2, on mettra le cap sur la capitale, Fort-de-France. À pied, on verra la statue décapitée de l’épouse de Napoléon, Joséphine, la békée pas fine, puisqu’elle lui conseilla de rétablir l’esclavage. On jettera aussi un koutzyé (un coup d’œil, pratiquons notre créole !) à la cathédrale Saint-Louis, à la bibliothèque Schoelcher et au Grand Marché, trois bâtiments iconiques de la capitale, signés Pierre-Henri Picq, un architecte qui se prenait pour Eiffel.

Ensuite, cap vers le nord et Saint-Pierre. Rasée par l’éruption de la montagne Pelée, en 1902, l’ex-capitale bourgeoise a été reconstruite, mais elle a conservé les ruines de l’église du Fort, et celles du théâtre, impressionnantes.

Photo: Carolyne Parent Près de Diamant, à Anse Caffard, «Cap 110°» est une œuvre monumentale du Martiniquais Laurent Valère. Elle rend hommage aux victimes d’un bateau négrier qui a fait naufrage dans les parages.

Après avoir cassé la croûte au bord de la mer, on prend la route vers Le Carbet. C’est ici que Christophe Colomb aurait jeté l’ancre pour se réapprovisionner, en 1502. Et c’est précisément là, sur la plage du Coin, que nous jetterons notre serviette. Au couchant, on ira siroter un ti-punch les pieds dans l’eau au Petibonum. Le chef-proprio Guy Ferdinand y organise notamment des dégustations de rhum agricole, sa collection en comptant une soixantaine. Et pour souper, on pourrait même se laisser tenter par ses ouassous (écrevisses) sauce vanille.

Une Savane captivante

Au quartier La Ferme des Trois-Îlets, la Savane des esclaves nous en apprend de belles, mais le projet en a d’abord appris beaucoup sur son instigateur, Gilbert Larose. « Ç’a commencé par un arbre généalogique, et en découvrant mes ancêtres, j’ai voulu me réapproprier mon histoire », explique-t-il.

Au jour 3, on passera un avant-midi édifiant dans ce « village antan lontan », qui raconte la mise en place de l’industrie sucrière martiniquaise à la fin du XVIIe siècle, ses besoins croissants en main-d’œuvre, le passage des engagés aux esclaves et le commerce triangulaire qui en a découlé : mon cheval contre 12 captifs… Avec ses belles cases — autant de minisalles d’exposition — disposées dans un immense jardin, le site est très agréable.

Photo: Carolyne Parent Le jardin de sculptures de l’Habitation Clément.

À l’heure du lunch, filons à Diamant pour manger, comme le suggère Mme Wiltord, un poulet boucané. Au bord de la plage, face au rocher qui a donné son nom au bourg, on trouvera des camions alimentaires, dont celui de Pamela-je-vous-fais-l’écrevisse-à-16-€ !

Repus, trouvons une crique où lézarder parmi celles qui constituent les Anses-d’Arlet. Nos préférées : anse Dufour et anse Noire, deux « criquettes » qu’on voudrait pour soi tout seul. Un dernier bon plan : contempler le coucher du soleil chez Ti Sable, à Grande Anse, et goûter au plat hyperlocal qu’est le chatrou (fricassée de poulpe).

D’art et de rhum

Avons-nous gardé le meilleur pour le jour 4 ? Peut-être bien ! Nous passerons l’avant-midi dans ce lieu fabuleux qu’est l’Habitation Clément, à Le François. Est-ce une plantation de canne à sucre ? Un écomusée de la fabrication du rhum agricole ? Un centre de dégustation ? Un jardin de sculptures ? Une galerie d’art contemporain ? C’est tout ça à la fois, et c’est toute une réussite !

À l’heure du lunch, régalons-nous à La Dunette, le resto-ponton de l’hôtel éponyme, situé dans le pimpant village de Sainte-Anne. L’heure étant maintenant à la baignade, on s’installera aux Salines. Frangée de cocotiers, nappée de sable blanc, bordée d’une mer d’un bleu-vert qui nous aimante, c’est la plus belle plage de l’île. Notre fugue au soleil tirant à sa fin, on savourera chaque nanoseconde passée sur cette parcelle de bonheur, car, comme on le dit si bien au pays du poète Aimé Césaire, « anba latè, pani plézi » (six pieds sous terre, y a pas de plaisir). Là-dessus, bonne année !
 

Carolyne Parent était l’invitée du Comité martiniquais du tourisme et de Norwegian.

Combien ça coûte ?

Au moment où ces lignes étaient écrites, le tarif le moins cher de Norwegian sur Fort-de-France était de 428 $ pour un départ le mardi 15 janvier et un retour le samedi 19. Notons qu’un petit bagage personnel et un bagage de cabine sont inclus dans tous les tarifs. Pour ce tarif-ci, les deux articles ne doivent pas excéder 10 kg. S’il vous fallait absolument enregistrer un bagage, le tarif aller-retour grimperait alors à 495 $. Cette liaison est assurée jusqu’à la fin de mars. Renseignements : https://norwegian.com.

Carnet de route

On peut aussi aller en Martinique l’hiver avec Air Transat et toute l’année avec Air Canada.

On a tout intérêt à se loger aux Trois-Îlets, où on trouve hôtels, restaurants et vie nocturne, plutôt qu’à Fort-de-France, très calme le soir. Un traversier fait la navette entre la marina de Pointe-du-Bout et la capitale pour 7 € aller-retour.

Au restaurant, le duo entrée et plat ou plat et dessert tourne autour de 17 €.

Un laissez-passer d’une journée (de 10 h à 18 h) au Club Med Les Boucaniers, à Sainte-Anne, coûte 93 €.

On se procure le guide de poche Martinique (éd. Lonely Planet), signé Régis Couturier et Hugues Derouard, indispensable pour comprendre ce qu’on voit et goûte.