Cuba au temps des réformes économiques

L’art fantasmagorique de Fusterlandia est présenté sur divers niveaux.
Photo: Tourisme Cuba L’art fantasmagorique de Fusterlandia est présenté sur divers niveaux.

Le cœur de la Vieille Havane a des airs de destination touristique typique avec ses terrasses et ses restaurants privés, de même qu’avec ses nombreux musées. El Centro, quartier limitrophe, étant aussi bien marqué par l’empreinte touristique, le voyageur-explorateur doit donc aller plus loin pour trouver son lot d’expériences inusitées qu’on ne voit qu’à Cuba. Heureusement, pas beaucoup plus loin.

Le Vedado

La Havane s’est développée vers l’ouest en partant de la Vieille Havane. Les nouveaux quartiers ont d’abord été El Centro et ensuite El Vedado, quartier plus tranquille, plus aéré et, surtout, plus authentique au sens où ses activités ne sont pas établies en fonction des touristes. D’ailleurs, les restaurants privés sont souvent moins chers et meilleurs dans le Vedado que dans la vieille ville.

Photo: Tourisme Cuba Dans ce quartier se trouve notamment un hommage aux guérilleros de la révolution cubaine partis en expédition sur le mythique bateau Granma.

Au-delà des nouveaux établissements privés, on trouve partout à La Havane des expériences économiques. Les rénovations de bâtiments financées par le secteur privé sont les plus visibles, mais on retrouve aussi des petits commerces voués à une clientèle locale et aux touristes qui veulent sortir des sentiers battus.

Les Cubaines ouvrent de nombreux commerces qui requièrent peu de capital et d’expérience en affaires, notamment des salons de beauté, des salons pour le soin des ongles. D’ailleurs, s’offrir une manucure dans un de ces salons, c’est s’assurer un échange bien intéressant.

Au-delà du Vedado

Passé El Vedado, on arrive dans le chic, mais un peu aseptisé, quartier des ambassades. Plus loin, à quelque 20 pesos convertibles en taxi du centre-ville, le quartier pauvre de Jaimanitas s’embellit et s’enrichit grâce aux artistes de calibre international dévoués au développement de leurs communautés. Ce mouvement a été engendré par le sculpteur, peintre et céramiste cubain José Fuster. Au fil de décennies de labeur, cet artiste de 72 ans a créé un secteur à la fois fantaisiste et bien ancré dans les réalités sociales, religieuses et politiques cubaines, le Fusterlandia. Désormais bien connu, ce secteur demeure cependant une curiosité excentrée.

Photo: Tourisme Cuba

En revenant vers le centre-ville, dans un autre secteur défavorisé, le Buena Vista, on trouve La Lavanderia (la blanchisserie), grand atelier d’artistes engagés et porte-étendard de l’art contemporain cubain. Bien que porté par une grande technique et une pulsion politique inspirée, il s’agit d’un art plombé par un manque d’argent et par des rapports parfois bloqués avec l’étranger.

Le manque de financement et d’infrastructures écrase les artistes cubains. On n’a pas les ressources nécessaires pour réaliser nos rêves.

« Le manque de financement et d’infrastructures écrase les artistes cubains. On n’a pas les ressources nécessaires pour réaliser nos rêves », a confié l’artiste Rafael Pérez Alonso, rencontré par Le Devoir dans son atelier.

Les voyageurs étrangers peuvent visiter La Lavanderia, dont Pérez Alonso est l’un des fondateurs, et y acheter des œuvres, mais ce n’est pas un espace commercial au sens où la vente n’est pas encouragée ; c’est plutôt un espace de réflexion et d’échange avec les artistes.

La lutte pour ne pas être absorbé par les États-Unis est une constante de l’art cubain, et ce l’était même avant la révolution cubaine. « Nous sommes des insulaires qui vivons en plus hors des courants de la mondialisation. Vivre dans un monde avec des frontières claires comme Cuba est souvent frustrant. C’est le prix à payer pour affronter la domination des États-Unis », conclut Pérez Alonso, dont les œuvres phares sont souvent inspirées de l’affrontement constant entre Cubains et Américains.