S’évader en Basses-Laurentides

Une marche vers le quai de Saint-Placide, où, autrefois, les pèlerins accostaient avant de prendre le chemin vers le calvaire d’Oka, fait découvrir la beauté du paysage en bordure de l’Outaouais.
Photo: Sylvie St-Jacques Une marche vers le quai de Saint-Placide, où, autrefois, les pèlerins accostaient avant de prendre le chemin vers le calvaire d’Oka, fait découvrir la beauté du paysage en bordure de l’Outaouais.

Le chemin qui mène vers Saint-Placide, puis Saint-André-d’Argenteuil, pour ensuite s’étirer jusque dans les hauteurs de Wentworth Nord, porte à la contemplation. Sur la route 344, il y a de vastes prés où broutent ici et là des chevaux pensifs, l’Outaouais qui rejoint la rivière du Nord, des cabanons de pêche sur la glace en rangs d’oignon qui attendent leur saison. Dans ce coin tranquille à l’ombre de la ville, la rareté de « bling » de centre d’achat est compensée par la créativité de ses résidents.

« C’est curieux : ils sont rares, les touristes qui s’aventurent au-delà d’Oka ! » s’étonne Louis-Robert Frigault, un ex-Montréalais du Plateau récemment établi à Saint-André-d’Argenteuil. Depuis juillet dernier, le nouveau propriétaire de Station 210 — une ex-caserne de pompiers transformée en chaleureux bistro–maison de thé–magasin général — fait connaissance avec ses covillageois et donne du sien pour mettre en valeur un coin du Québec peu représenté sur les circuits touristiques. « Il y a plein d’histoires ici, c’est fascinant ! » raconte Louis-Robert Frigault, qui avant de s’y établir ne connaissait à peu près pas l’existence de ce petit village.

Localité de 3275 âmes à une heure de route de la République du Plateau (!), Saint-André-d’Argenteuil a eu comme illustres natifs John Abbott (troisième premier ministre du Canada) et Maude Abbott (l’une des premières femmes médecins au pays). D’ailleurs, on peut découvrir la vie et l’oeuvre de la famille Abbott en allant se promener du côté du très beau village Carillon, où une exposition permanente leur est consacrée au Musée régional d’Argenteuil.

Montée des saveurs

En prenant la montée Saint-Philippe vers le nord, on découvre Brownsburg, où le principal attrait est sans contredit le monastère Vierge Marie la Consolatrice et sa communauté religieuse grecque orthodoxe, qui fabrique la feta et le Saint-Mammès de la fromagerie Le Troupeau bénit. On peut aussi s’arrêter à Lachute, avec comme excellent prétexte le projet de goûter à la poutine de la Patate Labelle, ou encore plonger dans le passé en assistant à l’encan agricole des mardis et chiner du côté des antiquaires du marché aux puces.

Toujours est-il qu’en contribuant à faire connaître le travail d’artisans et de fabricants de produits de la région, Louis-Robert Frigault entend contribuer aussi à redonner vigueur et attrait à une région assoupie depuis quelques décennies. Sur les étalages de la Station 210, on retrouve une sélection de produits du terroir local, les fromages des moniales de Brownsburg, des couches en coton et d’autres produits écolos pour bébés, des accessoires en bois sculpté fabriqués par un artisan du coin, les douceurs de la chocolatière d’Oka Mathilde Fays…

Louis-Robert Frigault s’épanche avec enthousiasme sur le pimpant spectacle des oiseaux qu’il observe tous les jours, de sa fenêtre qui borde la rivière du Nord. Le jour de notre passage à la fin du mois de novembre, la Station 210 recevait Marie-Claude Inkel, qui offrait une dégustation du safran qu’elle cultive sur sa terre de Grenville.

« On a des projets de vernissages, de musique live, de dégustation de produits locaux », dit cet ex-résident du Plateau, qui est heureux de voir bourgeonner des projets de microbrasseries, d’initiation à l’ornithologie…

À une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Montréal, Saint-Placide, alias le village de Gilles Vigneault, coule des jours paisibles en bordure de l’Outaouais, en retrait de la route 344. L’hiver, la pêche sur la glace, le ski de fond au parc d’Oka ou au mont Rigaud et la Cabane du Pied-de-Cochon sont de bons prétextes pour aller s’y égarer. Et si on décide d’y rester pour la nuit, le gîte Lys et Chardon a tout ce qu’il faut pour nous héberger chaleureusement. Chambres confortables, caramel à la fleur de sel maison et feu de foyer compris !

Photo: Sylvie St-Jacques

Le groupe Saratoga (établi à Carillon) s’y est produit le mois dernier, témoignant de la volonté des aubergistes Frances Wynne et Alain Rousseau (un autre résident du Plateau qui a pris la clé des champs) d’ouvrir les portes de leurs grandes victoriennes à la créativité locale.

Alain Rousseau nous fait découvrir une collection de photos en noir et blanc du Saint-Placide du siècle dernier. « Le Lys et Chardon occupe la maison qui appartenait jadis au notaire. Au coin de la rue, il y a celle du médecin, qui était plus modeste. La demeure la plus cossue du village était celle de monsieur le curé ! »

Une marche vers le quai, où, autrefois, les pèlerins accostaient avant de prendre le chemin vers le calvaire d’Oka, nous fait découvrir la beauté du paysage en bordure de l’Outaouais. Et on comprend pourquoi Gilles Vigneault, loin de Natashquan, a choisi Saint-Placide comme port d’attache.