Tourisme solidaire, tourisme durable

Des établissements comme Sol y Luna à Urubamba, dans la Vallée sacrée au Pérou, s’impliquent dans la communauté. Les propriétaires, Marie-Hélène (Petit) Miribel et Franz Schilter, ont ouvert une école interculturelle qui accueille 185 élèves provenant de 11 communautés.
Photo: Jad Haddad Des établissements comme Sol y Luna à Urubamba, dans la Vallée sacrée au Pérou, s’impliquent dans la communauté. Les propriétaires, Marie-Hélène (Petit) Miribel et Franz Schilter, ont ouvert une école interculturelle qui accueille 185 élèves provenant de 11 communautés.

Voyager sans laisser trop de traces, voir le monde au sens propre et figuré, aller là où la vraie vie se passe, c’est l’essence même du tourisme solidaire. Peu importe les adjectifs utilisés pour le décrire, ce modèle de tourisme « tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociauxet environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil », selon l’Organisation mondiale du tourisme.

À bien y penser, toutes les formes de tourisme favorisent l’emploi local. Cependant, le tourisme solidaire, et donc durable, mise sur les initiatives locales, conçues par et pour la communauté, plutôt que d’encourager de grandes sociétés internationales qui ne réinvestissent pas toujours leurs profits sur place. C’est d’ailleurs la mission que s’est donnée Village Monde, un organisme de Québec, qui a notamment conçu la plateforme Vaolo, sur laquelle on retrouve des hébergements et des attraits touristiques durables partout dans le monde.

« Au départ, Village Monde est né dans le but de faire de l’entrepreneuriat en régions éloignées qui n’était pas forcément en lien avec le tourisme, raconte Charles Mony, président et fondateur de Village Monde. C’est à Madagascar en 2013 qu’on a réalisé toute la richesse qu’avaient les communautés pour accueillir les voyageurs. »

Aujourd’hui, l’organisme compte 330 hébergements écoresponsables dans 36 pays. Elle souhaite en avoir 500 dans 50 pays d’ici la fin de l’année. Et qui dit écoresponsable ne veut pas systématiquement dire « cabane rudimentaire à 5 $ la nuit ». « Le tourisme solidaire ne se résume pas aux voyages sac au dos, ajoute Charles Mony. Si l’hébergement est confortable et que sa mission partage la philosophie de Village Monde, il peut se retrouver sur notre plateforme. »

De bons exemples

L’hôtel Villa Ban-Yen, à Vallue, près de Petit-Gôave, est le premier hébergement en Haïti à porter l’étiquette Village Monde. Il a été inauguré en 2004 par Abner Septembre, cofondateur de l’Association des paysans de Vallue (APV), et plusieurs de ses membres bénéficient des activités de l’hôtel. Ensemble, ils ont développé de nombreux projets afin que les habitants puissent subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Il existe aussi des attraits touristiques qui vont dans le même sens.

Prenons l’exemple de la route du café à Fond Jean Noël, au nord-est de Jacmel. Gesper Myrtil a toujours gardé espoir. L’espoir que sa terre, celle de ses ancêtres, redevienne un jour une zone reconnue pour la qualité de son café. Et il est certainement sur la bonne voie.

Photo: Catherine Lefebvre Au nord de Jacmel, Gesper Myrtil partage sa passion pour les caféiers.

En collaboration avec le Réseau national des promoteurs du tourisme solidaire, Gesper Myrtil a créé un parcours à travers les terres de 35 familles. Chacune d’entre elles peut se procurer un semis de caféier au coût modique de 5 gourdes (0,10 $). Les petits producteurs rassemblent ensuite leur récolte, qu’ils envoient à l’Association des planteurs de Fond Jean Noël, qui assure la transformation du café.

Dans sa pépinière, Gesper Myrtil décrit passionnément les étapes de croissance de la plante : « Une fois qu’elle s’est levée comme un petit soldat, dit-il en se tenant en position de garde-à-vous, ses feuilles se déploient comme les ailes d’un papillon. C’est comme nous ! On ne va pas rester là, à ne rien faire. Nous aussi devons faire comme le papillon, pour voler de nos propres ailes. »

Pour le moment, il faut se rendre à Fond Jean Noël pour se procurer ce café. Ça tombe bien puisque c’est aussi l’occasion de partager une tasse de café fraîchement torréfié, moulu et infusé avec la communauté. C’est d’ailleurs le type d’expérience que l’agence de voyages Passion Terre fait vivre à ses clients qui ont envie d’un voyage plus vrai, plus près des gens.

Au-delà des critères de Village Monde, le tourisme solidaire et durable a même sa place dans les hôtels de grand luxe. Par exemple, le réseau Relais Châteaux s’est joint au mouvement en 2014. Ses membres ont signé un manifeste de l’UNESCO dans lequel il est notamment question de préserver les cuisines du monde en s’associant aux agriculteurs, aux pêcheurs et aux éleveurs locaux.

Qui plus est, des établissements comme Sol y Luna à Urubamba, dans la Vallée sacrée au Pérou, s’impliquent dans l’éducation des enfants de leur communauté. Depuis près de 10 ans, les propriétaires, Marie-Hélène (Petit) Miribel et Franz Schilter, ont ouvert une école interculturelle. Elle accueille aujourd’hui 185 élèves provenant de 11 communautés différentes et emploie 37 personnes, le tout étant financé par les profits de l’hôtel.

Ainsi, en optant davantage pour la route des artisans et des hébergements au coeur de la communauté, on permet, entre autres, de limiter l’exode rural. « On ne peut pas tous vivre dans les villes. Ce n’est pas viable, insiste Charles Mony. Dans les pays en développement ou émergents, les gens n’ont souvent pas les moyens de vivre en ville. Ils se retrouvent donc dans les bidonvilles. »

Vient ensuite l’augmentation des risques de crime, de trafic de drogues et de tourisme sexuel. À l’inverse, s’il y a de l’emploi pour les jeunes dans leur communauté, il y a de plus fortes chances qu’ils y restent.

Au-delà de la destination

D’autres acteurs de l’industrie tentent également de contribuer à mettre des bâtons dans les roues du tourisme sexuel, voire de l’esclavage moderne.

« Air Canada a entrepris d’évaluer les risques de traite des personnes et de travail forcé associés à ses activités et à sa chaîne d’approvisionnement pour ses nouvelles liaisons et à ses nouvelles destinations », explique Isabelle Arthur, chef de service des relations avec les médias d’Air Canada.

En bref, si l’emploi rural est valorisé et que le travail forcé est découragé, cela ne peut que faire en sorte que les communautés se portent mieux et vivent plus dignement. C’est d’ailleurs l’approche d’Abner Septembre. « Depuis la création de l’APV en 1987, nous accompagnons les paysans en vue d’améliorer leur qualité de vie de façon significative et durable. Cela permet aussi de renforcer le tissu social », conclut-il.