New York sur des airs de jazz

Peu importe le temps de l’année, l’Apollo Theater propose des spectacles presque tous les jours, allant de la musique soul au R&B, des ateliers d’écriture musicale et quelques événements gratuits.
Photo: Catherine Lefebvre Peu importe le temps de l’année, l’Apollo Theater propose des spectacles presque tous les jours, allant de la musique soul au R&B, des ateliers d’écriture musicale et quelques événements gratuits.

Toutes les raisons sont bonnes pour visiter la Grosse Pomme. Vous souhaitez un séjour inspirant et enrichissant ? Découvrez New York à travers l’histoire du jazz. D’ailleurs, nul besoin d’être fin connaisseur en la matière pour jouir pleinement de cette escapade au rythme des Années folles !

S’il prend racine dans le sud des États-Unis, le jazz se déplace rapidement vers le nord. « À la faveur de la fermeture du quartier chaud de La Nouvelle-Orléans, bon nombre de musiciens se sont déplacés vers Chicago, qui sera au début des années 1920 le deuxième épicentre historique du jazz », explique l’écrivain Stanley Péan, qui anime Quand le jazz est là sur ICI Musique.

Photo: Jeremy Daniel Chicago Productions La comédie musicale «Chicago», présentée sur Broadway depuis 1996, est l’un des attraits touristiques les plus typiques de New York.

Afin de replonger dans l’ambiance des cabarets des années 1920, largement influencés par la musique jazz, nous passons notre première soirée à l’Ambassador Theatre pour y voir la comédie musicale Chicago, l’un des attraits touristiques les plus typiques de New York. Présentée à Broadway depuis 1977, la nouvelle version de 1996 est la reprise musicale détenant la plus longue présence de l’histoire de Broadway pour une production américaine.

Ceux et celles qui ont aimé l’adaptation cinématographique de 2002, de Bill Condon, avec Renée Zellweger et Catherine Zeta-Jones dans les rôles de Roxy et Velma, ne pourront certainement s’empêcher de fredonner quelques airs et de taper du pied tout au long du spectacle.

Au début du XXe

C’est au début du XXe siècle que le jazz s’installe à New York. En 1919, la prohibition est ratifiée à l’échelle nationale. Alors que cela aurait pu marquer la mort annoncée du jazz, il connaît une progression fulgurante dans la ville, tandis que les musiciens de jazz mettent le cap sur New York. Dans la foulée, les New-Yorkais ouvrent de nombreux speakeasies, lesquels connaissent d’ailleurs une certaine renaissance un peu partout en ville depuis quelques années.

«En 1928, l’orchestre de Ben Pollack quitte Chicago pour s’installer à New York », raconte Stanley Péan. L’année suivante, c’est au tour du trompettiste et chanteur louisianais Louis Armstrong d’y déménager. « New York s’impose progressivement dans les années 1930 comme nouvelle capitale du jazz, ravissant le titre à Chicago », poursuit-il.

Photo: Jack Bradley pour The Louis Armstrong House Museum Louis Armstrong dans son bureau à la maison, en 1970

C’est d’ailleurs à Queens, à l’est de Manhattan, que Louis Armstrong s’installe à son arrivée à New York en 1929. En 1943, il emménage avec sa femme, Lucille, dans une maison située dans le quartier Corona dans le même arrondissement. Il y décède d’un arrêt cardiaque pendant son sommeil le 6 juillet 1971.

Selon le souhait de son épouse, qui tenait à promouvoir l’héritage culturel, historique et humanitaire de son légendaire trompettiste de mari, cette demeure est devenue le Louis Armstrong House Museum. Sur place, à peu près rien n’a changé. Nous y découvrons toutes sortes d’archives qui racontent sa vie, dont plusieurs pièces de l’impressionnante collection personnelle du photographe Jack Bradley. Des expositions temporaires, des concerts et des projections de films en lien avec la vie de ce grand artiste du jazz y sont régulièrement présentés.

Photo: Catherine Lefebvre

Le jazz s’étant confortablement installé à New York, les grands noms ne cesseront de marquer l’histoire et de faire de certains endroits des salles de spectacle de renommée mondiale, parmi lesquelles l’Apollo Theater, dans Harlem, au nord de Manhattan. C’est d’ailleurs dans ce mythique endroit, en 1934, qu’une certaine Ella Fitzgerald, alors âgée de 16 ans, chante lors d’une des premières soirées Amateur Night.

Encore aujourd’hui, ces soirées ont lieu le mercredi soir. Or, c’est un samedi soir d’été que nous assistons au spectacle de Shoshana Bean, qui chauffe la scène de l’Apollo Theater en compagnie de son impressionnant ensemble de 18 musiciens. Peu importe le temps de l’année, l’Apollo Theater propose des spectacles presque tous les jours, allant de la musique soul au R&B, des ateliers d’écriture musicale et quelques événements gratuits.

Parmi les bonnes adresses à retenir, notez le Smoke Jazz Supper Club, où Patricia Williams propose à quelque 50 convives une formule souper-spectacle. Adepte de la cuisine du marché, cette chef se fait un plaisir de charmer les papilles des amateurs de jazz qui viennent écouter les grands noms du jazz s’y produisant chaque soir de la semaine.

Avec bonheur, nous découvrons qu’un inspirant mouvement de jazz au féminin prend de l’ampleur à New York. Mené par la Montréalaise Myriam Phiro, Mariposa (« papillon » en espagnol) est un quintette formé exclusivement de femmes. Sa mission : promouvoir la justice sociale par l’entremise de la musique.

En fin de soirée, nous nous installons au bar The Rose Club à l’hôtel The Plaza, icône de Manhattan ouverte en 1890. Situé au-dessus du prestigieux hall, le club a d’abord été The Persian Room de 1934 à 1975. Comme le raconte Patty Farmer dans son livre The Persian Room Presents (Vantage, 2012), la crème des artistes de cabaret a défilé ici. Pensons à Hildegarde, à Kay Thompson — créatrice de la fameuse série de livres pour enfants Eloise — et à Liza Minnelli.

The Persian Room a aussi été le théâtre d’enregistrements live d’albums de jazz importants, comme le classique Jazz at The Plaza Vol. 1 de Miles Davis, enregistré en 1958 et lancé en 1973. Lors de la même soirée organisée par Columbia Records en 1958, les pièces de Duke Ellington ont aussi été captées pour la production du second volume.

C’est avec un brin de nostalgie que nous sirotons nos verres en nous imaginant tous les artistes qui sont passés par ici et qui ont du même coup marqué profondément l’histoire du jazz new-yorkais. Heureusement, l’ambiance et le décor demeurent somptueux et envoûtants comme dans les belles années du jazz.

Au-delà des grands établissements où l’on peut entendre les plus grands noms du jazz actuel et des musées où l’on peut approfondir nos connaissances en la matière, il suffit de tendre légèrement l’oreille pour constater à quel point le jazz fait partie de la trame sonore de New York. Que ce soit un simple saxophoniste sur un banc à Central Park ou une chanteuse à la voix enjôleuse dans le métro, il retentit encore partout dans la capitale du jazz.