Retour aux sources à Saratoga Springs

Un des geysers du Saratoga Spa State Park
Photo: Delaware North Un des geysers du Saratoga Spa State Park

« Et voilà que s’amène le champion du Triple Crown, Jumpin’ Jack Flash, qui devance le numéro 6, Honey Bunch. Oh, oh, j’apprends à l’instant que le numéro 7, Hoofer, est disqualifié. Jumpin’ Jack Flash fonce à un train d’enfer. Honey Bunch, le numéro 6, est à ses trousses, suivi de Geronimo… »

Six semaines par année, de juillet à la fête du Travail, Saratoga Springs vit au grand galop alors que les courses de purs-sangs les plus prestigieuses des États-Unis sont disputées dans un hippodrome datant de 1863. Mais que fait-elle le reste de l’année ? Elle sirote de l’eau de source. Et elle y fait trempette. Car outre les courses hippiques, la ville de 26 000 habitants, située à 300 kilomètres de Montréal, compte une vingtaine de sources minérales disséminées sur son territoire.

Les présumées vertus curatives de ses eaux font d’ailleurs son renom depuis belle lurette. « Il en est même question dans Le dernier des Mohicans [l’épopée historique de James Fenimore Cooper] ! » affirme Robert Sgarlata, directeur des ventes et du marketing à l’hôtel The Gideon Putnam. C’est l’avènement du chemin de fer, autour des années 1830, qui permettra à Saratoga Springs de se développer à titre de centre d’hydrothérapie. Quant à l’idée de « prendre les eaux » à l’européenne, elle atteindra son apogée au siècle suivant.

Extrait du «Dernier des Mohicans»

« Dès qu’ils se furent acquittés de ce devoir nécessaire, tous trois vidèrent la gourde pleine de l’eau de cette source médicinale, alors solitaire et silencieuse, et autour de laquelle, depuis cinquante ans, la beauté, la richesse et les talents de tout le nord de l’Amérique se rassemblent pour y chercher le plaisir et la santé. »
 

En 1935, place à l’inauguration du Saratoga Spa. S’inspirant des meilleurs centres de santé d’Europe — tels Vichy, en France, Montecatini, en Italie, ou encore Baden-Baden, en Allemagne —, ce spa mettait en avant une alimentation saine, l’exercice au grand air et le repos. Ainsi réunissait-il un hôtel, le chic Gideon Putnam, inscrit depuis au National Register of Historic Places, des établissements de bain, dont le Roosevelt Baths Spa, classé lui aussi, un pavillon où boire les différentes eaux de source, un théâtre, des terrains de tennis, une piscine chauffée… Il y avait même un parcours de golf « thérapeutique » de 18 trous, qui existe toujours d’ailleurs. Sa particularité ? On pouvait s’en tenir à trois, cinq ou neuf trous et aboutir tout de même au club house !

« Le spa attirait la bonne société, principalement des gens de New York et de Philadelphie, raconte M. Sgarlata. Ils arrivaient avec leurs domestiques pour échapper à la touffeur de la ville l’été. »

« Taking the cure [ou prendre les eaux] devint rapidement une activité sociale comme aller au café aujourd’hui, ajoute-t-il. On se rejoignait au ballet, au concert ou aux courses hippiques en saison. C’était très glamour ! »

Ordonnance du médecin en poche, on venait soulager des douleurs arthritiques ou soigner une maladie cardiaque ou cutanée. « Mais tous n’étaient pas fortunés, précise le directeur. De l’arrosage au tuyau au bain privé, comme au Roosevelt Baths Spa, il y avait quatre catégories de traitements. »

Le Roosevelt Baths Spa se nomme ainsi en l’honneur de Franklin D. Roosevelt. Croyant — à tort — avoir contracté la poliomyélite, le président américain prenait lui aussi les eaux et en claironnait les bienfaits. Même que c’est grâce à lui que le site des sources, qui fait près de 9 km2, devint le Saratoga Spa State Park.

Une macération d’époque

Au Saratoga Spa, l’imposant établissement néoclassique baptisé du nom du président était l’un des quatre centres qui exploitaient les eaux. « À l’apogée des séjours de cure, note son directeur, Jared Taisey, on prenait jusqu’à 2000 bains quotidiennement ; aujourd’hui, on en prend plutôt 20 000 annuellement. »

Au sujet des bienfaits de ces eaux, M. Taisey utilise un conditionnel prudent. « Se tremper dans l’eau minérale contribuerait à guérir certaines maladies cutanées, dit-il. En fait, l’eau de chacune des sources du parc a une composition différente et des propriétés curatives différentes. Ce sont pour la plupart des eaux qu’on sirote. »

À l’apogée des séjours de cure, on prenait jusqu’à 2000 bains quotidiennement ; de nos jours, on en prend 20 000 annuellement.

Le centre compte 42 salles de cure qui, bien que rafraîchies, ont conservé leur carrelage et leur grande baignoire d’époque. Mais ce n’est pas ce qui attire illico le regard quand on entre dans l’une d’elles en vue d’une trempette…

« Oh, ne vous inquiétez pas : si l’eau est jaune orange, c’est parce qu’elle contient du fer, qui s’oxyde au contact de l’air », explique une préposée avant de quitter la pièce. D’accord, mais avouons que ça surprend !

Provenant de la source Lincoln située dans le parc, l’eau glaciale est mélangée à un peu d’eau bouillante, afin que le bain de 40 minutes soit agréable. Et cela s’avère, plongé comme on l’est jusqu’au cou dans une eau effervescente façon Badoit, qui pétille sur le corps. Parce que l’eau est aussi très salée, la peau devient toute douce. Au terme de notre macération, on sort de la baignoire détendu, reminéralisé et, à défaut d’avoir soigné quoi que ce soit, parfaitement requinqué !

Un week-end à Saratoga: les bons plans

On s’installe au cœur du centre-ville, au Downtowner. Après plusieurs mois de travaux, ce motel construit en 1963 a été complètement repensé. Ce qui était autrefois une cour intérieure avec piscine sur laquelle donnaient les 42 chambres de l’établissement fait maintenant office de salon, ladite piscine ayant été comblée ! De plus, ce bel espace est protégé par un toit rétractable qui laisse filtrer la lumière du jour. On n’en attendait pas moins de Lark Hotels, une société qui se distingue par les aménagements ultradesign des hôtels-boutiques de son portefeuille.

On se procure la brochure North Broadway à l’Office de tourisme et on explore à pied ce quartier aux demeures uniques sur le plan architectural.

On casse la croûte végé au gastropub Scallions.

On déguste des thés du monde entier chez Tea and Honey, une très jolie boutique.

On traverse Congress-Park, dessiné, comme le parc du Mont-Royal, par Frederick Law Olmsted. Puis on emprunte à pied Union Avenue, bordée de résidences cossues, jusqu’au National Museum of Racing and Hall of Fame. Un bronze grandeur nature de Seabiscuit, un étalon légendaire, rappelle que son épopée a commencé à Saratoga Springs. Autre option : le National Museum of Dance. Le lien avec Saratoga ? La prestigieuse Compagnie de ballet de la ville New York se produit tous les étés au Performing Arts Center.

On va écouter un band de musique folk là où Bob Dylan est réputé avoir gratté sa guitare : au Caffè Lena.

Et le dimanche, direction Saratoga Spa State Park. On brunche au Gideon Putnam, l’élégant hôtel récemment rénové qui porte le nom d’un des fondateurs de la ville. Puis on va mariner à côté, au Roosevelt Baths Spa, qui propose aussi massages et autres soins.