Niagara, au-delà des chutes

D’avril à octobre, la coquette ville de Niagara-on-the-Lake s’affiche comme un haut lieu de théâtre, avec son prestigieux Shaw Festival.
Photo: Sylvie St-Jacques D’avril à octobre, la coquette ville de Niagara-on-the-Lake s’affiche comme un haut lieu de théâtre, avec son prestigieux Shaw Festival.

« Je dois voir les chutes Niagara ! » lance, enthousiaste, mon compagnon allemand, dont la liste « à voir, à faire » du Canada rivalise d’ambition avec celle d’un groupe de retraités japonais.

Par une semaine caniculaire du mois d’août, ne craignant ni l’affluence touristique ni les précautions d’amis qui nous ont bien prévenus que « Niagara, c’est fort quétaine… », nous prenons la 401, en direction du côté canadien de cette merveille de la nature.

Chutes alors !

Le temps de poser nos bagages dans notre modeste chambre d’un motel climatisé, nous mettons le cap vers les fameuses cascades d’eau qui font tant courir les foules. Après tout, les 12 millions de touristes annuels qui posent le regard sur ces splendeurs ne peuvent avoir tort !

Photo: Sylvie St-Jacques Les célèbres chutes du Niagara, à la frontière entre les États-Unis et le Canada, attirent chaque année des millions de touristes.

Chemin faisant, sur l’artère centrale du petit centre-ville de Niagara, nous sommes frappés de plein fouet par une tonitruante marée bling-bling. Un musée de cire où les touristes s’immortalisent en compagnie du duo Trump-Kim Jong-un. Un gigantesque Boston Pizza qui avoisine de tout aussi démesurés Tim Horton’s et autres restos à la chaîne où les prix sont gonflés comme si nous étions à Monaco. Un terrain de miniputt ayant pour thème le Parc jurassique. Et formant une opaque chaîne humaine devant les chutes illuminées, beaucoup, beaucoup de touristes heureux de prendre un selfie.

Vite, un plan B

Niagara-on-the-Lake, coquette ville à une quinzaine de kilomètres à l’est des chutes, est la première option qui nous vient en tête. Mais avant de partir à la découverte de cette destination de villégiature fleurie au charme toronto-victorien, nous faisons une escale et garons la voiture au Whirlpool Areo Car, puis empruntons un sentier pour une agréable randonnée qui longe la rivière Niagara et nous mène jusqu’à Queenston.

Le lendemain, alors que notre fuite loin des chutes nous mène dans le très bucolique wine country, nous apercevons quelques petits groupes de cyclistes souriants et désinvoltes. Quelques recherches plus tard, nous comprenons qu’ils ont eu la bonne idée de participer à l’une des nombreuses excursions des vignobles sur deux roues, offertes dans la péninsule du Niagara. La compagnie Grape Escape Wine Tours (pour ne pas la nommer) propose par exemple des forfaits « vins, bière, vélo et foodie » ou encore « lunch et vignobles », dont les prix varient entre 69 $ et 129 $ (plus taxe.)

 
Photo: Sylvie St-Jacques Un avant-midi à flâner à Niagara-on-the-Lake sustente notre soif de bon café et de petites boutiques offrant plusieurs produits et délices sur mesure.

L’excursion d’après-midi (à 69 $) est à la portée de tous, avec un départ à 12 h 30 pour une promenade d’environ 20 kilomètres et la découverte de trois vignobles. Les vins se dégustent de façon sympathique et informelle dans la région vinicole du Niagara, et plusieurs wineries offrent leurs vins à goûter gratuitement. Et le paysage, faut-il le préciser, n’est pas piqué des vers !

Un avant-midi à flâner à Niagara-on-the-Lake sustente notre soif de bon café (le cappuccino du Balzac est fameux), de boutiques de chandelles-qui-sentent-bon, confitures fines et autres délices sur mesure pour les budgets discrétionnaires de touristes qui se sentent subitement « lousses » une fois venu le temps des vacances. D’avril à octobre, Niagara-on-the-Lake s’affiche comme un haut lieu de théâtre, avec son prestigieux Shaw Festival, et pourquoi ne pas en profiter pour voir Henry V ou Oh What a Lovely War, deux pièces à l’affiche cet automne ?

Et tant qu’à fuir les chutes, une escapade du côté d’Hamilton, en pleine effervescence en raison de l’exode de résidents de Toronto, est une occasion de découvrir les jeunes chefs, les marchés publics et les nombreuses manifestations culturelles qui font vibrer cette ville. De retour à Niagara, on décide de faire la paix avec le kitsch, les miniputts et tout le fla-fla pour prendre l’air sur la promenade qui longe le bord de l’eau.

Et malgré l’affluence de preneurs de selfies, il faut bien l’admettre : elles valent quand même une place sur Instagram, les chutes du Niagara.