L’île de Kyushu, effervescente et volcanique

Par beau temps, une petite excursion sur l’île de Nokonoshima s’impose. Dix minutes de traversier, et comme par magie, nous voilà en pleine campagne.
Photo: Marie-Lise Rousseau Par beau temps, une petite excursion sur l’île de Nokonoshima s’impose. Dix minutes de traversier, et comme par magie, nous voilà en pleine campagne.

Au sud de l’archipel nippon, une île à l’image de son sol volcanique: effervescente de par son histoire riche, sa nature féerique et son urbanité décomplexée.

Les touristes sont moins nombreux à se rendre jusqu’à Kyushu, tout au sud de l’archipel japonais. Pourtant, à elle seule, cette île combine tous les attraits d’une visite en sol nippon : une grande ville trépidante, une leçon d’histoire inoubliable et une nature volcanique sans pareil. Le tout en marge des circuits classiques, procurant la douce impression d’être suspendu hors du temps. Cap sur Fukuoka, Nagasaki et le parc national d’Unzen.

Fukuoka

Avec sa scène musicale foisonnante, ses espaces verts (qui manquent cruellement aux autres grandes villes japonaises) et son bord de mer sans fin, Fukuoka n’a rien à envier aux autres métropoles du pays. Ici, les édifices sont nettement moins hauts que dans les lointaines Tokyo et Osaka. Bref, on respire. Est-ce ce qui confère à la ville son ambiance chaleureuse et décontractée, qui donne envie d’y rester bien plus que pour de simples vacances ?

Car on ne vient pas à Fukuoka pour photographier l’arche célèbre d’un temple ou un château emblématique. Les attractions touristiques sont peu nombreuses ; le bonheur se trouve ici en s’immergeant dans le quotidien des locaux.

On commence en flânant quelques heures au parc Maizuru. Dans ce poumon de la ville, les ruines des fortifications du château de Fukuoka offrent une vue imprenable sur les environs. Lors de notre passage en avril, un parcours d’oeuvres contemporaines jalonnait l’espace vert, comprenant notamment une réalisation de la célèbre artiste nippone Yayoi Kusama.

Par beau temps, une petite excursion sur l’île de Nokonoshima s’impose. Dix minutes de traversier, et comme par magie, nous voilà en pleine campagne. Les grandioses aménagements floraux du splendide parc de l’île reflètent on ne peut mieux le goût des belles choses et le souci du détail typiquement japonais. S’y rendre à vélo (en location pour 12 $ la journée) en faisant le tour de l’île procure de magnifiques vues sur le centre-ville de Fukuoka, la mer de Genkai, les forêts de bambous et les champs d’orangers. Prenez garde : la montée n’offre aucun répit !

De retour en ville, la plage qui borde la tour de Fukuoka est l’endroit tout indiqué pour s’adonner au farniente. À deux pas se trouve le stade de l’adulée équipe locale de baseball, les SoftBank Hawks, où l’on ne retrouve rien de moins qu’un sanctuaire invitant ses fans à prier pour leur victoire.

La nuit tombée, Fukuoka se galvanise. C’est l’heure de descendre une (ou des) bière(s) en dévorant quelques yakitori (brochettes de viande), le tout tassé sur votre voisin dans un des nombreux yatai (minuscules comptoirs alimentaires, emblèmes de la ville) disposés le long du canal Naka-Gawa.

À moins que vous préfériez engloutir le meilleur ramen au pays — à notre humble avis — le hakata-ramen, aux côtés des membres d’un groupe punk faisant le plein d’énergie avant de monter sur une des nombreuses scènes des petites salles de spectacle qui bordent la rue Oyafuko ?

Nagasaki

Ce nom évoque à lui seul le terrible drame qui a frappé la ville de plein fouet le 9 août 1945, lorsque la bombe atomique y a tué 75 000 personnes.

Contrairement à Hiroshima, rasée la première par la même tragédie meurtrière, il règne à Nagasaki un calme apaisant. L’ambiance invite à se laisser imprégner par l’histoire avec un grand H, sans distraction, à son rythme. Les artéfacts présentés au Musée de la bombe atomique, accompagnés du récit de ceux à qui ils ont appartenu, sont particulièrement touchants. Impossible également de rester de glace devant l’épicentre de la bombe, situé au coeur d’un paisible parc. Idem face à l’immense et imposante Statue de la paix, composée de 10 tonnes de bronze, au puissant symbolisme.

Photo: Marie-Lise Rousseau À pied depuis le village, on avance entre émerveillement et fascination sur la promenade du Unzen Jigoku (en français, «l’enfer d’Unzen»), autour de laquelle d’immenses colonnes de fumée s’échappent des nombreux geysers.

Parce que le passé de Nagasaki est tellement riche, il serait dommage de ne pas s’attarder aux autres pages d’histoire de cette charmante petite ville. Ainsi, on reste bouche bée en apprenant que Nagasaki a été la seule porte d’entrée du commerce international pendant les deux siècles d’isolationnisme du Japon sous la dynastie Tokugawa. On le découvre à Dejima, petite île en plein centre de la ville, seul endroit où des étrangers (exclusivement néerlandais) étaient tolérés, sous étroite surveillance bien sûr. La reconstitution historique des lieux est éclairante.

Tout aussi saisissante : la forte présence chrétienne qui se fait toujours sentir dans la ville, des siècles après l’arrivée de missionnaires portugais. Des fidèles y ont érigé la plus grande cathédrale d’Asie à la fin du XIXe siècle. Tragiquement, comme tant d’autres sites, elle a été détruite par la bombe.

Pour les moins férus d’histoire, sachez que Nagasaki vaut tout de même le détour, ne serait-ce que pour ses tramways rétro, ses vieux ponts de pierre et ses petites allées bordées de délicieux izakaya (pubs japonais).

Parc national d’Unzen

Un séjour au Japon n’est pas complet sans avoir passé au moins une nuitée dans un ryokan, hébergement traditionnel qui inclut de copieux (c’est un euphémisme !) services pour le déjeuner et le souper. Le parc national d’Unzen offre un cadre idyllique pour profiter pleinement de cette expérience, avec ses onsens (bains thermaux traditionnels) réputés parmi les meilleurs au pays grâce à leur forte teneur en soufre, gracieuseté du volcan voisin.

C’est d’ailleurs la forte odeur de soufre qui marque l’arrivée à Unzen. Bonne nouvelle : on s’y habitue rapidement. Autre surprise en avril, les flocons de neige fondante tombant sur les cerisiers en fleurs ; c’est que le coeur du parc national est situé à 700 mètres d’altitude. À pied depuis le village, on avance entre émerveillement et fascination sur la promenade du Unzen Jigoku (en français, « l’enfer d’Unzen »), tout autour de laquelle d’immenses colonnes de fumée s’échappent des nombreux geysers. L’expérience est tout simplement surréelle !

Les amateurs de randonnées seront comblés par les sentiers enneigés, par moments périlleux, du mont Unzen. La vue saisissante sur le fumant mont Heisei Shinzan, volcan formé dans les années 1990 lors de l’éruption du mont Fugen-dake, récompense amplement les efforts déployés pour la montée. Avertissement : aucune photo ne rend justice à l’immensité du paysage.

Après une journée de dure randonnée, rien ne vaut une saucette dans un des nombreux onsens du secteur. Selon la tradition, on se trempe flambant nus dans ces bains thermaux, séparés par sexe. C’est le moment de laisser sa pudeur au vestiaire pour profiter pleinement de la détente.

Renseignements pratiques

S’y rendre

On parcourt les quelque 1000 kilomètres qui séparent Fukuoka de Tokyo en six heures de Shinkansen (train ultrarapide) au coût de 272 $. La Japan Rail Pass, qui permet d’effectuer un nombre illimité de déplacements en train à prix fixe, sera votre meilleure amie si vous comptez faire quelques arrêts dans l’archipel.

Y dormir

L’hébergement en auberge ou en appartement s’avère plus abordable à Kyushu que dans les régions plus touristiques de Tokyo ou de Kyoto. On s’en sort pour une trentaine de dollars pour une nuit en dortoir, ou en bas de 100 $ dans un petit studio. Au coût minimal de 200 $, la nuitée en ryokan fait un peu plus mal au portefeuille, mais elle inclut deux fabuleux repas traditionnels en plus de l’accès aux onsens.