Le bonheur dans les prés de l’Ontario

De petites localités composent un circuit touristique où il fait bon respirer l’air d’une vie rurale à échelle humaine.
Photo: Sylvie St-Jacques De petites localités composent un circuit touristique où il fait bon respirer l’air d’une vie rurale à échelle humaine.

En bordure du lac Ontario, à trois ou quatre heures de route de Montréal, il existe une région verte où des panneaux « Attention : passage de tortues » égayent le chemin et où des festivals de fibre, de musique, d’artisanat local, de bières et même de fermentation remplissent le calendrier estival.

À des années-lumière d’une image redneck associée à un certain nouveau premier ministre, des villes comme Bloomfield, Perth, Gananoque, Wolfe Island, Port Hope, Picton et autres petites localités composent un circuit touristique où il fait bon respirer l’air d’une vie rurale à échelle humaine. Et surtout, où le marché fermier, le bar à bières locales et les bons petits glaciers sont plus achalandés que le Tim Hortons.

Un beau dimanche de juin, par exemple, on a le choix : le marché des artisans de Gananoque, le spa de Bloomfield, bruncher et observer les oiseaux autour de Perth…

On opte finalement pour une ballade à vélo sur Wolfe Island, que l’on rejoint par traversier (gratuit) à partir du centre portuaire de Kingston. Balise naturelle entre le Canada et les États-Unis, la plus vaste des Milles-Îles nous accueille avec un silence paisible. Sans nous soucier de l’heure qu’il est — le dernier traversier prend le large à 1 h du matin —, nous roulons dans un paysage bucolique peuplé de chevaux et d’éoliennes et profitons d’un point de vue sur l’immensité du lac Ontario.

Photo: Sylvie St-Jacques La région offre une délicieuse occasion de goûter aux produits locaux.

On s’assure aussi de faire une pause crème glacée chez Tenango, et quelques provisions à la Wolfe Island Bakery avant de rejoindre une majestueuse plage bordée de dunes de sable, qui fait concurrence à celles des fameuses Sandbanks. Avant de repartir en direction de la terre ferme, on se promet de revenir pour une retraite de yoga au centre Shanti (ouvert du printemps jusqu’à la fin novembre) et en août pour le Wolfe Island Music Festival, où se produiront entre autres les groupes Yukon Blond, Plants and Animals et Sean Leon.

Dans le giron de Gord Downie

La veille, nous butinions du côté de Picton, dans le Prince Edward County, pour chiner chez les antiquaires et feuilleter la nouvelle biographie de Gord Downie, à la libraire Books and Company. Mais le motif principal de ce détour par le Prince Edward County était surtout l’annuel festival de fibres du PEC. Teintures naturelles, laines produites localement, stands de bijoux feutrés… L’événement inaugurait bien la saison des festivals de ce type, fort populaires dans la région !

L’une des exposantes, Lyn Gemmell, teint la laine dans sa grange de Woodville depuis une vingtaine d’années. Plus tard cet été, sa compagnie Shelridge Yarn exposera ses étalages de balles multicolores dans les festivals de Barrie et de Court Lake. « Entre les gens qui écrivent des livres, qui enseignent, qui font de la teinture, du tricot, du crochet, ça fait une communauté très active ! »

« Les gens pensent souvent que le tricot est une affaire de vieilles dames. Mais pas du tout. La communauté compte plusieurs jeunes », lâche Lin, qui enseigne aussi la teinture dans des retraites consacrées aux arts de la fibre.

À l’extérieur de l’aréna où étaient réunis exposants et festivaliers, des camions de bouffe qui servaient des saucisses ou pizza artisanales, des stands de semences de tomates bios de même que des commerçants de miel, d’épices, de marinades et d’autres produits fins locaux démontraient aussi la vitalité de l’Ontario grano.

Le stand de la ferme bio Thyme Again Gardens B&B, avec ses kombuchas et ses thés, a piqué notre curiosité. Un coup d’œil au site Instagram de la ferme nous convainc d’aller nous promener du côté de Carrying Place, à l’extrémité ouest du PEC.

La route qui nous y mène est un délicat paysage rural fait de fleurs des champs, de feuillus matures et d’invitations à découvrir la route des vins et les fromagers artisanaux du coin.

Lorraine Schmid nous accueille sur sa prolifique propriété où de joyeux poulets, quelques moutons, des canards, quelques vaches, des abeilles et un cochon cohabitent dans l’harmonie. Dans un petit pavillon aux allures de magasin général d’antan, les visiteurs peuvent acheter des œufs frais, des chaussettes tricotées à la main, du kombucha et des ketchups maison. Les pivoines sont en fleur et il y a même quelques pavots rouge vif qui pavoisent.

Photo: Sylvie St-Jacques Sur le chemin du retour, on s’arrête pour l’heure de l’apéro sur la grande terrasse du Three Dogs Winery à Picton.

Sur cette propriété où deux chambres permettent de recevoir des villégiateurs, Lorraine et ses collègues cultivent des légumes et herbes bios, en plus de produire de la laine et une panoplie de légumes (asperges, betteraves, navet, carottes, chous…) fermentés. « La fermentation est une façon fantastique de préserver nos récoltes. Nous essayons de rester le plus purs et honnêtes possible et nous produisons également des crèmes pour les mains et le visage. »

Nutritionniste de formation, Lorraine offre aussi des soins de kinésiologie aux visiteurs qui passent par Thyme Again. « Je suis fermière depuis 21 ans et suis constamment intéressée par les innovations dans le domaine : j’essaie d’assister à un maximum de conférences et d’ateliers », partage Lorraine, qui aime initier les clients de son B&B aux travaux de la ferme.

Sur le chemin du retour, on s’arrête pour l’heure de l’apéro sur la grande terrasse du Three Dogs Winery à Picton, où nous sirotons un verre de Baco en grignotant du saucisson local. On y retournera un matin de week-end, pour faire un cours de yoga. À la caisse, une employée québécoise qui vient d’arriver dans le coin pour l’été me demande ce qu’il y a d’intéressant à faire. « Tu liras mon article dans Le Devoir. »