Explorer la nature autochtone

Photo: Nathalie Schneider Paysage croqué au Mushuau-Nipi, foyer culturel de la Nation Innue depuis des millénaires

Quand on fait du canot avec un membre des Premières Nations, celui-ci a toujours des histoires à raconter entre chaque coup de rame. Souvent en peu de mots, mais assez pour que vous attrapiez quelques images au vol. Ici, mon grand-père venait pêcher le saumon… on le faisait fumer pendant des heures.

Toutes les familles se rassemblaient sur cette pointe pour passer l’été… Six mille ans qu’ils occupent le territoire, alors pas de presse : le visiteur prendra le temps de découvrir les traditions, mais aussi les réalités autochtones d’aujourd’hui.

« Le tourisme est une façon de réaffirmer nos traditions et nos valeurs », explique le très coloré André Mowat, de la communauté anichinabée de Pikogan, en Abitibi, et responsable de l’entreprise écotouristique Bercé par l’Harricana (du nom de la rivière patrimoniale qui coule du lac Blouin à la baie James). Le guide est de tous les salons touristiques, de tous les forums depuis longtemps ; lancez-le sur le sujet, et vous serez séduit par sa connaissance affûtée du territoire et par la qualité du service que sa communauté offre pour la partager avec les visiteurs.

Quelques heures ou quelques jours passés sur l’Harricana, ce trait d’union entre les communautés algonquines, et vous voilà conquis. Durant la descente, on multiplie les arrêts pour s’enfoncer dans le bois et découvrir les restes d’un campement traditionnel, et entendre des histoires de chasse et de pêche miraculeuses ponctuées bien souvent de rires.

Photo: Nathalie Schneider

« Nos guides sont formés par des archéologues sur l’histoire de l’occupation du territoire, dit-il. Ils sont aussi formés en secourisme. » On dort sous la tente ou le tipi, on regarde les femmes vider l’esturgeon ou cuire l’orignal sur la braise. Et on repart avec le sentiment d’avoir entrebâillé une porte sur l’inconnu.

Une partie de pêche dans une pourvoirie innue d’Essipit sur la Côte-Nord ? Une descente de la rivière Dumoine avec des Anichinabés de Wolf Lake ? Une randonnée d’interprétation avec les Abénaquis d’Odanak ? Qu’importe l’activité qu’on pratique, pourvu qu’elle soit encadrée par des guides autochtones des communautés locales. Et qu’elle traduise une expérience authentique, ancrée dans la réalité.

« Pas de folklore ni de travestissement, insiste Jason Picard-Binet, conseiller à Aventure Autochtone Québec, l’organisme chargé de promouvoir l’offre des Premières Nations. Nous voulons que le tourisme traduise ce que nous sommes : 11 nations avec 11 cultures distinctes. »

Le tourisme doit donc se fonder sur la réalité ; pas sur le mythe, si séduisant soit-il. Le temps où l’on venait « voir l’Indien à plumes dans son tipi » est révolu. Aujourd’hui, c’est la réalité que le visiteur aura à cœur de découvrir, une réalité pas toujours rose, mais souvent porteuse d’apprentissages.

D’ailleurs, si les Québécois étaient il y a une dizaine d’années encore minoritaires, ils représentent aujourd’hui 50 % de ceux qui visitent les communautés à des fins touristiques. Surtout les plus jeunes, pour qui l’histoire des premiers occupants était désormais intégrée, dès le plus jeune âge, à leurs cours d’histoire.

Un partage d’expériences

Pour tous les promoteurs autochtones, l’échange entre visiteurs et « réceptifs » est gagnant-gagnant, du genre qui profite à tous. Partager les traditions — activités, langue, histoires, arts — revient à réactiver les coutumes auprès des jeunes de la communauté, souvent employés comme guides, et parfois un peu déconnectés du savoir ancestral.

Car, au-delà des échanges réciproques, c’est bien souvent la fierté autochtone que le tourisme parvient à rallumer. « Le défi, c’est d’amener les jeunes des communautés à découvrir l’éventail des possibilités en tourisme, explique Jason Picard-Binet. Ils ont étudié à l’école et sont souvent plus attirés par une carrière dans les entreprises minières ou forestières ; il y a un travail de sensibilisation à faire de ce côté. »

Cette résurgence de la fierté culturelle vient aussi avec une certaine réappropriation territoriale. Et sert bien souvent de socle à la protection d’un territoire naturel ancestral dans la mire des industries minières ou forestières. Parlez-en aux Cris de Waswanipi qui ont organisé, en 2015, une expédition des jeunes de la communauté en canot sur la rivière historique Broadback en contestation à un projet de coupe forestière sur ses berges.

Pas de folklore ni de travestissement. Nous voulons que le tourisme traduise ce que nous sommes : 11 nations avec 11 cultures distinctes.

L’imprévisibilité comme atout

Mais, pour le visiteur, il convient d’accepter les règles du tourisme autochtone, plus « expérience » que « produit », en faisant preuve de flexibilité et d’une certaine ouverture d’esprit. Même si, insiste Jason Picard-Binet, « le tourisme autochtone est au travail côté normes professionnelles avec des lignes directrices nationales qui répondent aux exigences du tourisme international et de la réalité autochtone ».

Oubliez les horaires figés et les produits formatés. S’aventurer dans l’univers des Premières Nations en pleine nature suppose de lâcher prise côté planification et d’adopter sans broncher l’espace-temps de la nature : caprices de la météo, passage d’animaux, rencontres inopinées. Un caribou qui passe dans la mire de la lunette d’optique, ou une aurore boréale qui se déploie, et voilà que le plan initial vient de prendre une autre tournure.

La beauté de la chose, c’est de se plier à ces impératifs en remerciant le destin ! Sur les 222 expériences à vivre au Québec dans les communautés autochtones, tant écotouristiques que culturelles — pow-wow, expositions, hébergements —, l’invitation est lancée pour aller à la rencontre des premiers peuples du territoire.

Nouveautés cette année

À Eeyou Istchee Baie-James

Nuuhchimi Wiinuu, à Ouje-Bougoumou : marche en forêt, observation de la faune, pêche du doré, cuisson de la bannique, nuit en shaputuan. L’entreprise appartient à deux aînés de la communauté.

Shammy Adventures, à Wemindji : expériences au cœur de la forêt boréale, entre la baie d’Ungava et la baie James. Observation des caribous, des aurores boréales, navigation en rivière, raquettes en hiver.

En Mauricie

Domaine Notcimik, à La Tuque : séjour avec les Attikameks en tipi ou en prêt-à-camper traditionnel, rencontre autour du feu avec un aîné de la communauté, Marcel Petiquay, qui relate les légendes autochtones, mais aussi l’histoire des pensionnats. Transfert du savoir sur la spiritualité, le cercle des guérisons et le rapprochement avec les Blancs.

Club Odanak, à La Tuque : la pourvoirie n’est pas nouvelle, mais revoit ses forfaits, notamment avec l’interprétation des plantes médicinales.

Dans Lanaudière

Amishk, aventures amérindiennes, à Saint-Calixte : expériences immersives avec guides autochtones dans le parc régional Montcalm. Ateliers d’artisanat, randonnée, pêche, observation de la faune. Hébergement en tipi ou en tente prospecteur.

Renseignements pratiques Tourisme autochtone publie l’excellent magazine Origines pour plus d’informations sur l’offre culture et nature. Info sur les forfaits des 11 nations.