Nausicaá: plonger en haute mer

Spectacle de l'océan
Photo: Sophie et Jacques Rougerie Spectacle de l'océan

Nausicaá, le Centre national de la mer à Boulogne-sur-Mer, est l’un des plus grands aquariums du monde. Depuis le 19 mai 2018, il accueille un tout nouveau pavillon inspiré de la haute mer entourant l’île Malpelo, située à 500 km au large de la Colombie. Immersion dans un monde sous-marin unique et grandiose.

Nous rejoignons Boulogne-sur-Mer en longeant la côte d’Opale et ses poétiques vallons que la lumière caresse comme nulle part ailleurs. Depuis toujours, la région boulonnaise est intimement liée à la pêche. Encore aujourd’hui, Boulogne-sur-Mer est le premier port de pêche de France en matière de volume, en plus d’être le premier transformateur européen de produits de la mer. Nausicaá, deuxième site touristique de la région des Hauts-de-France, est parfaitement situé. En plus d’émerveiller quelque 600 000 visiteurs par année grâce à ses immenses aquariums, le centre a pour mission de les sensibiliser à une meilleure gestion des océans et de les encourager à participer à ce vent de changement.

Ouvert en 1991, Nausicaá s’agrandit et se peaufine au fil des ans, de manière à optimiser l’expérience des petits et des grands. Si bien qu’en 1999, il obtient le titre de Centre d’excellence pour l’éducation à l’environnement marin par la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO. De plus, il contribue largement à la conservation des récifs de corail en tant que spécialiste du bouturage avec ses 50 espèces différentes. Et en 2005, la Maison planétaire voit le jour dans le but de nous faire réfléchir sur nos habitudes de consommation. Où vont nos déchets ? Où va ce plastique que nous consommons à la tonne dans toutes les sphères de notre vie ? Les visiteurs sont constamment invités à protéger nos océans et la planète entière un geste concret à la fois. La réflexion sera poussée d’autant plus loin à l’ouverture du nouveau pavillon « Voyage en haute mer ».

Photo: Françlis Lo Presti Agence France-Presse L’agrandissement du Nausicaá en fait l’un des plus importants aquariums au monde.

La haute mer en question est bien loin des Hauts-de-France. Mais sa pertinence est tout à fait indiquée. L’île Malpelo est un bon exemple de la riche biodiversité qui se cache entre 200 m et 1000 m de profondeur. C’est entre autres pour cela que l’île fascine la biologiste franco-colombienne Sandra Besudo depuis belle lurette. Elle veille à sa protection depuis 1989, notamment à cause de la menace d’extinction qui guette les requins-marteaux qui s’y réfugient. Des suites du travail acharné de Sandra Besudo, l’île Malpelo est nommée « Sanctuaire de la flore et de la faune » en 1995. Puis, en 2006, elle est reconnue au Patrimoine naturel de l’humanité de l’UNESCO. Parmi les nombreuses espèces endémiques habitant autour de l’île, notons le requin féroce, qui est comme un poisson dans l’eau à 500 m de profondeur. De là l’inspiration à la base des nouvelles installations de Nausicaá, ces immensément riches profondeurs.

Afin de recréer la biodiversité autour de cette île colombienne, ils ont notamment installé (et rempli pendant six semaines !) un bassin de 10 000 m3. Puis toute une logistique a été mise en place pour transférer la faune et la flore dans l’aquarium. « Les maquereaux, par exemple, on en a récolté 2000 aux Açores lorsqu’ils mesuraient un centimètre, explique Stéphane Hénard, responsable aquariologie chez Nausicaá. Ils ont ensuite été placés à bord d’un conteneur qui a voyagé par bateau jusqu’à Lisbonne, puis par semi-remorque jusqu’à Boulogne-sur-Mer. Pour être transférés dans l’aquarium, ils ont été pêchés dans les cuves avec leur eau à l’aide de sacs en plastique transparent. Ils ne les voient pas et se laissent donc prélever sans stress ! »

On ne veut pas mettre de poissons sur une liste rouge ni interdire aux restaurants d’en servir. On veut plutôt que l’offre de produits de la mer issus de la pêche durable soit de plus en plus diversifiée et accessible. 

Au-delà de l’aquarium

À la sortie de Nausicaá, la participation des visiteurs ne s’arrête pas là. À la façon des programmes de pêches durables Oceanwise de l’Aquarium de Vancouver et SeaFoodWatch de l’Aquarium Monterey Bay en Californie, Mr Goodfish est une version européenne. Contrairement aux programmes nord-américains, Mr Goodfish s’est adressé aux poissonniers et aux restaurateurs avant de passer le message aux consommateurs. « En sensibilisant les intervenants en amont, il est plus facile de sensibiliser les consommateurs, explique Ingrid Picquart, responsable des communications de Nausicaá. Puis, notre approche est positive. On ne veut pas mettre de poissons sur une liste rouge ni interdire aux restaurants d’en servir. On veut plutôt que l’offre de produits de la mer issus de la pêche durable soit de plus en plus diversifiée et accessible. »

Parmi les critères de sélection des produits de la mer certifiés Mr Goodfish, il est question de la taille du poisson et de la saison de la pêche (hors reproduction). La méthode de pêche ne fait toutefois pas encore partie de l’équation. Cela dit, il y a déjà 1800 succursales Intermarché, 300 succursales Auchan et 500 restaurants qui offrent des produits libellés Mr Goodfish. Nausicaá est également présent dans le milieu scolaire. « Nous travaillons avec 26 établissements scolaires (dont quelques lycées hôteliers) en région des Hauts-de-France, explique Justine Delettre, chargée de projets. Nous proposons des supports pédagogiques aux écoles qui rejoignent le programme, afin de les accompagner dans la mise en place au sein des cantines. » Lorsque les enfants mangent du poisson certifié Mr Goodfish, les professeurs peuvent en parler et même intégrer le concept dans le cursus. L’alimentation va bien au-delà de ce qui se trouve dans l’assiette.

Notre journaliste était l’invitée de l’Office du tourisme du Boulonnais côte d’Opale et d’Air Canada.

Bon à savoir

Il y a de charmantes chambres d’hôte dans les environs, comme L’Inattendu à Wimereux (à 10 km de Boulogne-sur-Mer). La propriétaire connaît les meilleures adresses du coin.

Pour goûter aux spécialités locales et aux poissons certifiés, Mr Goodfish, L’îlot vert est une des très bonnes tables à Boulogne-sur-Mer.

Depuis la gare de train Paris Nord, il est possible de rejoindre Boulogne-sur-Mer en 2 heures 15 minutes en TGV par le trajet direct.