Higgins Beach, loin des foules du Maine

Higgins Beach au coucher du soleil
Photo: Gary Lawrence Higgins Beach au coucher du soleil

Tapie dans l’ombre de la discrète Scarborough et limitrophe de l’enjouée Portland,  Higgins Beach a su résister au chant des sirènes massivement touristiques et conserver sa quiétude, sa plénitude, sa simplicitude. Survol d’un agréable pied-à-terre  pour s’ancrer face à la mer.

À défaut d’être relativement longue — elle fait à peine 1 km —, la plage est large, très large même. Avec l’amplitude de ses marées et la douce déclivité de son plancher, elle rappelle presque la mer du Nord, comme si elle en était le dernier terrain vague de ce côté-ci de l’Atlantique. Elle, c’est Higgins Beach, secrètement lovée dans un écrin de rochers, d’anonymat, de surf et de farniente, à trente minutes de route de Portland, dans le Maine.

Même les habitants de Scarborough, où est située la plage, n’y sont pas si assidus : les aires de stationnement se font rares, les commerces sont quasi inexistants, et le bord de mer ne compte aucun greasy spoon où étancher sa soif de cholestérol.

Plutôt méconnue des touristes mais chérie par les familles qui occupent depuis longtemps les quelque 300 cottages et propriétés qui la bordent, Higgins Beach est une sorte d’anti-Old Orchard. Juste assez éloignée de la célèbre station balnéaire pour ne pas lui ressembler, elle en est aussi juste assez proche pour qu’on puisse y prendre un bain de foule, de barbe à papa, de boardwalk ou de fête foraine à l’occasion, sans avoir à y dormir ou à se demander si le Pier est à venir.

Prisée par les surfeurs, Higgins Beach ne peut — ne veut pas — aspirer à recevoir des contingents d’estivants. À preuve : on y trouve que trop peu de pieux où crécher, hormis les propriétés en location ainsi que deux auberges. L’une d’elles, le Higgins Beach Inn, est située à 23 secondes et quart de la plage et est croquignolette à souhait, avec ses bardeaux de bois fraîchement renippés et sa dégaine coloniale revival.

La quiétude
Contrairement à la grande majorité des bourgades balnéaires du Maine, Higgins Beach n’a jamais succombé à l’appât du gain et du développement, les Higgins Beachers préférant maintenir leur quiétude, ne pas être forcés de se corder comme des sardines sur le liseré côtier et s’offrir de longues marches sans but précis, les orteils enfoncés dans le quartz pulvérisé de leur plage. Celle-ci est si authentique qu’on y laisse même émerger l’épave d’un navire échoué là en 1897.

Pour se délier les doigts de pied, il n’y a pas trente-six solutions : Higgins Beach n’a pas toujours envie de bouger et de faire bouger, si ce ne sont les pages d’un roman ou la mâchoire de celui qui enfourne un lobster roll décadent à l’une des popotes roulantes de Bite Into Maine.

Mais les Higgins Beachers disposent tout de même d’une ou deux écoles de surf, pour qui veut apprendre à faire corps avec le creux de la vague. Les marais saumâtres de la société Audubon sont aussi juste là, à portée de rame, pour zieuter la gent aviaire en canot, en kayak ou en planche à pagaie.

Dans les environs, le Scarborough Land Trust gère également les sentiers de Prouts Neck, où allait flâner le peintre Winslow Homer, au XIXe siècle. Quant à la poiscaille de la rivière Spurwink, elle est prête à en découdre avec l’hameçon de toute fine mouche de la canne, c’est quand il le veut. Et pour tout le reste, il y a Portland.

Festive Portland
Souvent éclipsée par sa célébrissime vis-à-vis de la côte ouest, Portland (Maine) mérite pourtant mieux qu’une éclaircie par temps nuageux. Elle bat déjà Portland (Oregon) sur au moins un terrain : celui des microbrasseries. Aucune autre ville des États-Unis n’en compte autant qu’elle, par personne, à savoir 24 adresses pour 67 000 âmes assoiffées (520 000 pour la grande agglomération). Et puis,  certains pans de son cadre architectural sont tellement plus ravissants…

Habilement ragaillardies et restaurées au fil des ans, les devantures du centre historique et du vieux port de Portland (Maine) arborent aujourd’hui une surprenante joliesse. Par endroits — dans Wharf Street, par exemple —, la ville se donne même de petits airs d’Angleterre victorienne, avec ses briques rouges, ses réverbères, sa ruelle couverte de pavés…

Considérée comme étant parmi les meilleures « petites villes » pour gourmets du pays de l’oncle Donald, Portland permet aussi de naviguer entre le meilleur et le pire de la sapidité, sans jamais qu’on soit déçu par sa créativité.

Entre les beignets de pommes de terre érable et bacon chez Holy Donut et le crab cake bénédictine de Gilbert’s Chowder House, on peut tâter de la tapa espagnole chez Chaval, tenter une tarte à l’oignon et à la moelle chez Scales ou s’enfiler une soupe won-ton au homard et champignons confits au Honey Paw… avant d’être rattrapé par la dure réalité états-unienne en humant les parfums aile de poulet, fromage bleu ou érable-sriracha du maïs soufflé de Coastal Maine Popcorn.

Si un grain orageux se pointe, l’éclectique Portland Art Museum mérite un crochet pour son expo sur les voitures au design streamline (dès le 16 juin), les œuvres de la photojournaliste Fazal Sheikh (jusqu’au 20 mai) ou les artéfacts autochtones, Kandinski et autres Matisse de la collection permanente.

Enfin, pour s’élever au-dessus de la mêlée, il reste l’Observatoire de la ville, qui a tout d’un phare mais qui n’en est pas un. Son ascension permet d’embrasser d’un coup d’œil l’agglomération et son port, mais aussi de relever que l’immeuble octogonal de 26 mètres n’a pas de fondations : seules des pierres (122 tonnes, tout de même) servent de lest à sa base, déposée crûment sur le roc.

Le même roc auquel s’accroche Higgins Beach, 17 km plus au sud, et auquel elle continuera longtemps de s’accrocher en toute authenticité, est-on en droit d’espérer.

L’auteur était l’invité de Visit Maine.

À savoir

Higgins Beach est situé à 5 h de Montréal et à moins de 4 h du poste-frontière de Highwater, près de Mansonville, dans les Cantons-de-l’Est. La route pour s’y rendre passe par les splendides White Mountains (New Hampshire), ce qui permet d’agrémenter le trajet d’un jour ou deux de randonnée. Aménagé dans une ravissante demeure de 1897 et remise au goût du jour en 2017, le Higgins Beach Inn compte 23 chambres, un bon petit resto (le Shade), un bar bien garni, une terrasse couverte et… un stationnement (fort pratique dans le secteur). À compter de 215 $/nuit. Si Portland est réputée pour ses microbrasseries (et de plus en plus pour ses microdistilleries), le Maine a présentement droit à une chouette reviviscence de cidreries artisanales. Du reste, plusieurs vignobles ont essaimé dans l’État côtier, ces dernières années ; une trentaine d’entre eux font partie de la Maine Wine Trail.

Renseignements : higginsbeachmaine.com, themainebeaches.com, visitportland.com, visitmaine.com