Voyager vert: rêve ou possibilité?

Les transporteurs aériens sont souvent les premiers à être montrés du doigt lorsqu'il est question l’empreinte écologique dans l’industrie touristique, mais ils tentent de réduire l’impact de leurs émissions de GES.
Photo: Gerrie van der Walt, Unsplash Les transporteurs aériens sont souvent les premiers à être montrés du doigt lorsqu'il est question l’empreinte écologique dans l’industrie touristique, mais ils tentent de réduire l’impact de leurs émissions de GES.

Lorsqu’il est question d’empreinte écologique dans l’industrie touristique, les transporteurs aériens sont souvent les premiers à être montrés du doigt. Et pour cause, un aller simple Montréal-Paris émet autant de gaz à effet de serre (GES) par passager que la production de 11 kg de boeuf, selon les données de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et de l’Environment Working Group. À l’échelle mondiale, l’industrie du transport aérien serait responsable de 2 à 3 % des émissions totales de GES, comparativement à 20 % pour l’agriculture, la foresterie et l’utilisation des terres, cette fois selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Les transporteurs aériens tentent tout de même de réduire l’impact de leurs émissions de GES, en offrant notamment aux passagers de payer un supplément au moment de réserver un vol. Le montant est ensuite versé à divers organismes qui soutiennent des projets pour pallier la déforestation, par exemple. Compenser, c’est bien. Mais l’idéal n’est-il pas de réduire les émissions de GES tout court ?

Pour ce faire, plusieurs compagnies aériennes font l’acquisition d’appareils plus écoénergétiques, comme le font Air Transat et Air Canada, qui se classent respectivement en 18e et 64e position sur 125 transporteurs au palmarès atmosfair, un organisme de protection de l’environnement axé sur les voyages. Les transporteurs peuvent aussi réduire l’utilisation de carburant en diminuant le poids du matériel à bord. « En remplaçant nos bouteilles de vin en verre par des bouteilles en plastique, par exemple, cela en a réduit le poids de 91 % », explique Odette Trottier, directrice des affaires publiques et communication de Transat.

Photo: iStock L’Agence canadienne d’inspection des aliments ne permet pas de recycler la vaisselle en plastique distribuée pendant un vol.

Et qu’en est-il de la montagne de vaisselle en plastique distribuée pendant le vol ? « La Directive relative aux déchets internationaux de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) ne nous permet pas de les recycler. Ils sont donc enfouis dans un terrain autorisé », précise Odette Trottier. Du côté d’Air Canada, ils recyclent les déchets des vols internes dans huit grandes escales au pays. Jusqu’à tout récemment, l’ACIA leur interdisait toutefois de recycler les matières recyclables à Toronto, même lors de vols internes, puisqu’elles étaient considérées comme des déchets de vols internationaux. Cela est censé changer cette année. Au-delà des transporteurs aériens, certaines agences de voyages se joignent à la partie pour réduire l’empreinte écologique de l’industrie.

L’agence Voyageurs du monde vient d’annoncer que tous ses voyages sont désormais carboneutres en ce qui a trait au transport aérien et terrestre. « À ma connaissance, nous sommes les premiers à le faire à 100 % avec nos agences soeurs, Terres d’Aventure et Karavaniers », mentionne Philippe Bergeron, directeur de Voyageurs du monde. Pour y parvenir, ils versent une partie de leurs profits au fonds Carbone Livelihoods, qu’ils ont eux-mêmes créé en collaboration avec d’autres entreprises, comme Danone, Hermès et Crédit Agricole S.A. Ce fonds vise à lutter contre les changements climatiques en replantant des mangroves en Indonésie, par exemple. Il est aussi audité selon les critères Gold Standard du World Wildlife Fund.

En remplaçant nos bouteilles de vin en verre, par des bouteilles en plastique, par exemple, cela en a réduit le poids de 91%

Le rapport du programme mondial pour l’évaluation des ressources en eau de l’UNESCO pércise toutefois qu’il est difficile de mesurer, de comptabiliser et de contre-vérifier les compensations, surtout lorsque celles-ci sont faites sur une base volontaire. À la lumière de ces observations, les compensations de carbone ne sont peut-être pas la seule façon de réduire l’empreinte écologique d’un voyage, d’autant plus qu’il n’existe pas encore de réglementation internationale. À noter que l’OACI a développé le Régime de compensation et de réduction de carbone pour l’aviation internationale (CORSIA), qui devrait être adopté dès 2021 sur une base volontaire, puis obligatoire en 2027. D’ici là, les compensations de carbone des divers acteurs en tourisme sont tout de même un pas dans la bonne direction.

Puis, il ne revient pas seulement aux agences de voyages et aux transporteurs aériens de contribuer à réduire l’empreinte écologique de l’industrie du tourisme. Les voyageurs aussi ont leur rôle à jouer. « On remet à nos clients une étiquette en plastique recyclé à attacher à leur bagage en guise d’aide-mémoire des bonnes pratiques du voyageur écoresponsable, explique Jad Haddad, directeur de Terres d’Aventure Canada. Comme spécialiste du voyage à pied, c’est à la base de notre philosophie d’entreprise. »

Les trucs des voyageurs

Selon l’Organisation mondiale du tourisme, pas moins de 1,3 milliard de touristes ont parcouru le monde en 2017, un chiffre qui devrait grimper de 4 à 5 % d’ici la fin de l’année. Leurs pratiques sont donc indéniables quant à l’empreinte écologique de l’industrie du tourisme. Ils peuvent autant l’alourdir considérablement ou l’alléger de façon substantielle. Voici quelques trucs à envisager lors de votre prochain voyage.

Apporter sa bouteille réutilisable dans l’avion.

Prévoir des façons d’assainir l’eau au lieu d’acheter de l’eau embouteillée (pastilles de chlore, bâton UV, faire bouillir l’eau).

Réutiliser les petites bouteilles de shampooing et gel de douche.

Opter pour des vols directs.

Choisir des hébergements écoresponsables.

Privilégier des voyages incluant des portions à pied ou à vélo.

Voyager léger (non, vous n’avez pas besoin d’autant de chaussures !).

Voyager moins pour voir mieux, dans l’optique du slow travel.