Envoûtante Provence

Aix-en-Provence est raffinée et colorée. Sa vieille ville est parsemée de fontaines, d’hôtels particuliers (près de 200) et de bâtiments aux devantures roses, jaunes et terreuses, qui s’accordent à merveille avec les couleurs de la garrigue environnante.
Photo: Gabriel Anctil Aix-en-Provence est raffinée et colorée. Sa vieille ville est parsemée de fontaines, d’hôtels particuliers (près de 200) et de bâtiments aux devantures roses, jaunes et terreuses, qui s’accordent à merveille avec les couleurs de la garrigue environnante.

Ce que les journées sont douces en Provence ! Les pieds qui flottent dans la Méditerranée, les lèvres qui trempent dans un Ricard bien anisé. On se laisse aller au farniente, et la sieste est une tentation permanente. On a même parfois l’impression que le temps s’est arrêté.

Mais une fois les batteries bien rechargées, le visiteur curieux qui plongera dans le pays de Fanny, Marius et César réalisera l’immense richesse de son offre culinaire, culturelle et historique. Facilement accessibles à partir de Marseille, Arles et Aix-en-Provence représentent des destinations remplies de surprises, qui éveilleront autant votre esprit que vos sens.

Arles: des taureaux à Van Gogh

Photo: Gabriel Anctil Le café Van Gogh, à Arles, a été immortalisé dans la toile «Terrasse de café le soir».

À une heure de train de Marseille, couchée sur les bords du Rhône depuis plus de 2000 ans, Arles cache derrière ses ruelles sinueuses et ses places conviviales un passé glorieux.

En effet, en 49 av. J.-C., alors que Marseille prend le parti de Pompée contre Jules César, Arles soutient ce dernier. Victorieux, il récompensera la ville en commandant la construction de nombreux bâtiments monumentaux, qui s’étalera sur plusieurs siècles. Certains de ceux-ci sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et témoignent encore aujourd’hui de cet âge d’or. Il est ainsi possible de visiter le théâtre antique, les bains romains, les cryptoportiques, les sarcophages et surtout le majestueux amphithéâtre, édifié à la fin du Ier siècle, qui pouvait accueillir plus de 20 000 spectateurs survoltés, venus assister aux sanglants combats de fauves et de gladiateurs.

Très bien conservées, les arènes accueillent aujourd’hui des jeux de taureaux, extrêmement populaires dans la région. Courses camarguaises et corridas attirent les gens par milliers et sont au coeur d’une culture unique en France, aux effluves hispaniques. Les présentations aux accents provençaux, les costumes traditionnels, l’enthousiasme de la foule, qui encourage ou chahute ses héros, font de ces jeux des événements colorés, qui permettent à l’étranger de mieux s’immerger dans la culture locale. Pablo Picasso lui-même, grand passionné de corrida, fut à une certaine époque un spectateur régulier de ces affrontements entre hommes et bêtes, qui captivent les Arlésiens depuis près de deux cents ans.

Lumière unique et oreille coupée

Transportant sur les routes de France son chevalet et ses pinceaux, c’est à Arles, en 1888, que Vincent Van Gogh trouva enfin la lumière la plus pure qui soit. Inspiré par la richesse des couleurs et la nature de la région, il créera plus de 300 oeuvres en l’espace d’à peine 15 mois. Ce riche séjour en Provence sera un tournant important dans la carrière du peintre néerlandais, qui y peindra de nombreux chefs-d’oeuvre, dont La nuit étoilée sur le Rhône, Terrasse de café le soir ou encore sa série Les tournesols. Un circuit piétonnier propose de visualiser les lieux qu’a immortalisés le célèbre peintre. Des panneaux explicatifs permettent même de comparer ses peintures avec la réalité qui l’a inspiré.

Ce fructueux séjour se terminera malheureusement très mal pour le bouillant Vincent qui, après une altercation avec son ami Gauguin, venu le visiter, sera pris d’une crise de folie au cours de laquelle il se coupera l’oreille avec un rasoir. Excédées par le comportement pour le moins imprévisible de l’artiste à la chevelure rousse, les autorités arlésiennes décidèrent d’envoyer Van Gogh retrouver ses esprits à l’asile, où il continuera de peindre, malgré une santé mentale fragile.

Aujourd’hui, Arles est considérée comme l’une des villes les plus dynamiques du sud de la France, culturellement. Elle multiplie les événements d’avant-garde, dont les Rencontres de la photographie d’Arles, une des manifestations les plus importantes du genre au monde, qui auront lieu cette année, du 2 juillet au 23 septembre.

Aix-en-Provence, capitale de la fierté provençale

À peine une trentaine de kilomètres séparent Marseille d’Aix-en-Provence, mais le visiteur aura la curieuse impression de changer d’univers. La grande ville est bavarde, bruyante et populeuse. La seconde est plus petite, raffinée et colorée. Sa vieille ville est parsemée de fontaines, d’hôtels particuliers (près de deux cents) et de bâtiments aux devantures roses, jaunes et terreuses, qui s’accordent à merveille avec les couleurs de la garrigue environnante. Les noms de certaines rues y sont écrits autant en français qu’en provençal, ce qui plairait assurément à l’écrivain de langue provençale Frédéric Mistral, qui a étudié à Aix-en-Provence et a milité, sa vie durant, pour la sauvegarde de cette langue millénaire, aujourd’hui en déclin. Ses poèmes, ses écrits et le dictionnaire de provençal-français qu’il a rédigés lui ont même valu, en 1904, le prestigieux prix Nobel de littérature.

 
Photo: Gabriel Anctil Statue à l'effigie de Cézanne

La promenade y est très agréable et l’on a presque l’impression de déambuler dans une toile de Cézanne, enfant chéri du pays, dont une grande statue orne la place centrale. Un magnifique circuit permet d’ailleurs de visiter de nombreux lieux qu’a fréquentés le peintre du Midi, dont sa maison de naissance, son dernier atelier et le cimetière où il fut inhumé. Pour les plus sportifs, l’expérience cézannienne suprême consiste à gravir la montagne Sainte-Victoire, à 17 km de la ville, qui offre une vue splendide sur les environs. Sa forme triangulaire apparaît sur pas moins d’une soixantaine de toiles du maître, qui en a fait son sujet de prédilection, peignant ses traits sous une grande variété de robes de lumières et de couleurs.

L’amateur de peinture qui n’en aura pas encore assez pourra se rendre au Musée Granet, qui possède une dizaine de tableaux de Cézanne, en plus d’une impressionnante collection qui parcourt les grandes époques de l’histoire de l’art, de la Grèce antique jusqu’à nos jours. C’est un ancien directeur de ce même musée, Henri Pontier, qui avait déclaré en 1900 : « Moi vivant, aucun Cézanne n’entrera au musée. » Comme quoi le précurseur du cubisme n’aura été véritablement reconnu dans sa ville natale qu’une fois mort et enterré.

Goûts et odeurs de la garrigue

Un voyage en Provence serait bien sûr incomplet sans en goûter et en boire les produits du pays. Du calisson, pâtisserie aixoise à base de pâte d’amandes, aux poissons pêchés le jour même, des champignons sauvages jusqu’aux célèbres herbes de Provence, vous trouverez tout ce que vous cherchez dans l’un des nombreux et sympathiques marchés disséminés un peu partout dans la ville.

Certains sont permanents, d’autres n’étalent leurs marchandises que quelques jours par semaine. Une seule garantie : leurs couleurs et leurs odeurs sauront ensorceler vos sens, qui y trouveront une raison supplémentaire de ne plus vouloir quitter cette magnifique région.

En vrac

Pour les ornithologues, direction l’étang de Vaccarès, à une vingtaine de kilomètres d’Arles. Véritable paradis pour les oiseaux, dont on a dénombré jusqu’à 283 espèces, il attire l’été des milliers de flamants roses, qui s’y reproduisent.

Pour manger les meilleurs calissons d’Aix-en-Provence, rendez-vous à la Maison Brémond, dont la recette est restée la même depuis sa fondation, en 1830 : un mélange de melons confits et d’amandes de Provence posé sur une feuille de pain azyme et couvert d’une fine couche de glaçage royal. À s’en lécher les babines !

Pour vous immerger dans l’imaginaire provençal avant votre départ (ou en restant à votre domicile), lisez les Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. Quatre délicieux romans (La gloire de mon père, Le château de ma mère, Le temps des secrets, Le temps des amours) qui plongent le lecteur dans la Provence du début du XXe siècle, avec tendresse et humour. Magie de l’enfance et expressions provençales sont au rendez-vous. D’excellentes adaptations cinématographiques des deux premiers romans ont d’ailleurs été réalisées par Yves Robert, en 1990.