Tuer le temps à Tegucigalpa

Une vue sur Tegucigalpa depuis la colline El Picacho qui surplombe la ville.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une vue sur Tegucigalpa depuis la colline El Picacho qui surplombe la ville.

Tegucigalpa, c’est le genre de lieu que l’on connaît pour répondre à la question de Trivial Pursuit : « Quelle est la capitale du Honduras ? » C’est une ville pratiquement inconnue, oubliée des brochures touristiques — consacrées aux îles de la Baie — et oubliée des médias internationaux, qui scrutent l’autre grande ville, San Pedro Sula, rebaptisée « capitale mondiale du meurtre » en 2012.

Il serait exagéré de recommander un détour pour visiter Tegucigalpa. Pour autant, il serait dommage de ne pas profiter d’un passage par la ville, pour affaires ou en transit, afin de découvrir quelques secrets du centre-ville historique.

Un point sur la sécurité d’abord. Après avoir trôné en tête des pays les plus violents au monde, le Honduras a vu sa situation s’améliorer, même si la moyenne nationale des homicides est encore de 11 meurtres par jour… Le centre-ville historique fait partie des zones touristiques plus surveillées, et il est relativement sûr de s’y promener en journée, tout en restant aux aguets, et sans trop exhiber ses richesses.

L’âge d’or

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Un vendeur de glace pilée au sirop dans le parc La Leona.

La vieille ville est typique de l’Amérique latine : une place centrale avec sa cathédrale et quelques artères commerciales piétonnes. Tout autour, un labyrinthe de petites rues étriquées et de bâtiments aux couleurs pastel écaillées. Ici sommeille un Tegucigalpa fait de cantines bon marché, de barbiers volubiles, de salles de billard et de vendeuses de baleadas, ces crêpes aux haricots rouges et fromage qui constituent le plat national.

Pour le réalisateur César Hernandez, « il flotte une vraie atmosphère de nostalgie dans ces lieux du vieux centre ». Il vient de tourner une vidéo musicale pour le groupe Pablo Santo dans plusieurs de ces endroits emblématiques du siècle dernier : un hôtel discret pour jeunes couples, un magasin d’occasion tenu par un Palestinien, un orfèvre ou un restaurant chinois.

« Les décennies 1950 à 1970, c’est probablement l’âge d’or du centre-ville », estime Maria Teresa Agurcia, chargée des relations communautaires pour l’organisme Vuelve al Centro (retour au centre), destiné à faire revivre la vieille ville. Le marché Los Dolores, situé à côté de la magnifique église du même nom, est un de ces lieux incontournables où le temps paraît suspendu. Ici, peu de fruits et légumes, mais une concentration d’échoppes de tout et surtout de rien, des jouets aux objets religieux, en passant par les piñatas, les brassières et les lunettes de soleil. On y vient surtout pour les cantines où l’on s’accoude au comptoir pour le plat du jour : soupe aux fruits de mer ou aux tripes, côtes de porc fumées, ou poulet grillé aux bananes plantain.

D’ici, on poursuivra vers l’avenue piétonne à l’ouest et le dispensable Musée de l’identité nationale, ou vers l’est et le parc central. C’est le coeur d’un vaste projet de rénovation entrepris par la mairie pour changer la tuyauterie des rues et enterrer les fils électriques. Pour Vuelve al Centro, c’est un premier pas dans la « reconquête du centre ». L’organisme, fondé il y a deux ans par un groupe immobilier, se concentre aussi sur le retour des créateurs et va inaugurer en juin la Casa Quinchon, « le plus grand espace de cotravail d’Amérique centrale », une ancienne usine rénovée avec murs végétaux, camions-restaurants et café à volonté.

Pour l’instant, les créateurs et les artistes se réunissent ailleurs, notamment au Café Paradiso. Dans ce véritable havre de paix à la déco très surchargée, on pourra goûter au café du nord du pays, manger une bouchée ou piocher dans la collection de livres de poésie. Pour trouver le Paradiso, rien de plus simple, il suffit de demander l’arbolito, le petit arbre, un Araucaria haut de 20 mètres dressé seul au milieu de son rond-point. « On a grandi ensemble, ç’a toujours été un point de rendez-vous pour les habitants », témoigne Elena Vindel, une comédienne qui a grandi dans le centre-ville.


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1 : le marché Los Dolores ; 2 : Tito Aguacate ; 3 : Duncan Mayan ; 4 : le café Paradiso ; 5 : le parc La Leona
Guillaume Levasseur Le Devoir

À flanc de colline s’étend le quartier historique et bohème La Leona (la lionne), qui doit son nom à une femelle puma qui s’y promenait il y a quelques siècles. C’est le quartier le plus charmant de la ville, le Montmartre de Tegucigalpa, avec ses rues pavées et pentues, ses escaliers de pierre et ses maisons coloniales.

Le parc La Leona, qui accueille artistes, retraités et amoureux, offre aussi une vue panoramique sur la ville. Début 2017, des croix ont été peintes sur les arbres, et le mot s’est propagé que la ville voulait les couper. Les voisins se sont mobilisés, les croix ont été repeintes par des artistes… et les arbres sont toujours là. La lumière de fin de journée y est magnifique, mais il est temps de redescendre pour découvrir deux enseignes mythiques de la ville figées dans les années 1970. Chez Tito Aguacate, di-t-on, poètes, peintres et ambassadeurs viennent « déguster » la calambra (la crampe), un célèbre remède pour les lendemains de veille à base de gin, de vin rouge et de jus de citron…

Enfin, le Duncan Mayan, institution fondée en 1896, accueille les couples venus danser la bachata, les piliers de comptoir et les amateurs de soccer. Pour rentrer chez vous, demandez à une serveuse d’appeler un taxi pendant que vous terminez votre flan coco, spécialité de la maison.