Entre l’art et la plage

À quelques pas de ce secteur artistique est aménagée une promenade sur le bord de mer, aussi appelée «lakou» New York.
Photo: Josianne Desjardins À quelques pas de ce secteur artistique est aménagée une promenade sur le bord de mer, aussi appelée «lakou» New York.

Au terme d’un trajet sur une route sinueuse à flanc de montagne se trouve Jacmel, une ville haïtienne accueillante, aussi paisible que festive, qui se démarque par sa richesse artistique. Ce qui lui vaut le titre de ville créative de l’UNESCO depuis 2014. Cette reconnaissance met en lumière la fierté et l’engagement de ses résidents qui ne laissent personne indifférent.

« Bienvenue dans la ville hospitalière », lance tout sourire Michaëlle Craan, grande figure de la métropole du sud-est située à environ trois heures de Port-au-Prince. Celle que tout le monde surnomme « Madame Jacmel » passe plusieurs de ses journées au bureau du tourisme, où elle a fait sa marque au fil des années. Assise à contempler les écoliers vêtus de leurs uniformes soignés, l’ambassadrice de la ville a un look à l’image de la destination touristique : coloré, éclaté et unique en son genre.

« J’aime Jacmel, j’adore Jacmel ! » répète la doyenne du populaire carnaval de la ville, qui se déroule chaque année en février durant trois jours de flamboyants défilés. Le reste de l’année, quelques-uns des grands personnages en papier mâché — dont le buste à l’effigie de Madame Jacmel ! — sont exposés au Centre d’interprétation du carnaval.

Mme Craan a reçu plusieurs prix pour son engagement dans la promotion du tourisme. Si Jacmel apparaît aujourd’hui comme l’une des destinations phares de la Caraïbe, l’icône culturelle de la ville est persuadée qu’elle a « toujours été prête à accueillir les touristes. Je n’étais même pas encore née qu’on lui donnait déjà ce nom [de ville accueillante]. Jacmel a une renommée et il faut qu’on soit toujours de l’avant. »

Grâce à ses belles plages, à ses paysages montagneux, à sa végétation luxuriante et à sa cuisine typique, « on a vraiment de belles choses à offrir », affirme sans hésitation Déus Déronneth, député de Marigot, une commune située dans l’arrondissement de Jacmel. Selon lui, la ville bénéficie d’un marketing positif de bouche-à-oreille.

« La notoriété, le talent et le professionnalisme sont là, assure celui qui a grandi dans la région. Mais les moyens pour réaliser des choses extraordinaires et commercialiser les oeuvres créées à l’extérieur du pays sont encore limités », souligne-t-il. Toutefois, au détour des rues du centre-ville, on constate rapidement une abondance de produits artisanaux.

D’ailleurs, un premier arrêt au bureau du tourisme s’impose afin de se procurer gratuitement la nouvelle carte de la Route de l’artisanat, où sont regroupés tous les principaux ateliers par spécialité (papier mâché, peinture, couture, ébénisterie, ferronnerie, etc.). Et, bonne nouvelle, plusieurs adresses et autres lieux à découvrir au centre-ville sont à distance de marche.

À la rencontre des artisans

Photo: Josianne Desjardins De grands personnages en papier mâché, dont le buste à l’effigie de Madame Jacmel, sont exposés au Centre d’interprétation du carnaval.

Jacmel est reconnue comme étant le bastion du papier mâché. Impossible de ne pas remarquer les nombreux masques et sculptures d’animaux qui ornent la devanture des ateliers-boutiques, souvent logés à même le domicile des artisans. La rue Sainte-Anne est l’une des plus réputées pour cet art qui fait vivre ses habitants depuis des générations.

C’est le cas d’Émilien Blaise, un artisan réputé qui a appris dès l’âge de 8 ans à maîtriser cet art. « Encore aujourd’hui, les enfants du quartier sont initiés très jeunes au papier mâché et ils apprennent par l’exemple », raconte celui qui est souvent entouré de ses enfants lorsqu’il crée. Au fil de la discussion, l’artiste nous fait part de sa vision et de l’importance de peindre ses créations… comme s’il maquillait une belle femme !

Un peu plus loin, on rencontre Charlotte Charles, une artiste qui s’exécute sur la place publique sous le regard curieux des passants. Entre deux coups de pinceau, elle nous parle de ses combats pour le droit des femmes et contre la discrimination raciale. Ce qui lui a inspiré plusieurs oeuvres, dont Les femmes n’ont pas de couleur, une série de petites figures peintes sur des calebasses, un fruit dont l’écorce peut servir de récipient ou d’objet de décoration.

Marcher et admirer

À quelques pas de ce secteur artistique est aménagée une promenade sur le bord de mer, aussi appelée lakou New York. Ce long et large trottoir coloré et orné d’impressionnantes mosaïques devient un lieu de rencontre par excellence, surtout le soir et les week-ends. Des restos servent des grillades telles que le griot (viande de porc mariné) ou le cabri (chèvre). Des adeptes de salsa s’y réunissent pour pratiquer leurs pas, tout comme les coureurs qui improvisent un circuit autour des passants.

Ensuite, il faut se rendre à la rue du Commerce, où se trouvent quelques restos prisés par les touristes, dont l’emblématique hôtel Florita et le Kafe Koze, qu’on apprécie pour ses bons cappuccinos et ses spectacles musicaux certains soirs. Le décor des environs est rempli d’histoire et de contrastes, alors que des bâtiments plutôt modernes cohabitent avec les vestiges de l’époque de la colonisation.

Toujours dans le centre-ville, rendez-vous aux escaliers recouverts de mosaïques, réunissant le haut et le bas de la ville. Ces éclats de couleurs que l’on retrouve aux quatre coins de la ville sont l’oeuvre d’une ONG américaine voulant aider les jeunes haïtiens à se réinventer par l’art. En haut des marches, c’est là qu’on retrouve plusieurs monuments historiques, dont la mairie, le marché en fer et la cathédrale Saint-Jacques.

Des plages pour tous les goûts

Photo: Josianne Desjardins À Raymond Les Bains, une plage achalandée certains après-midi et les week-ends, la musique bat son plein et l’ambiance est à la fête, autant pour les locaux que pour les touristes.

L’heure de se détendre et d’apprécier le son des vagues a sonné. On se rend donc à Ti Mouillage, du côté de Cayes-Jacmel, à environ 20 minutes en voiture du centre-ville. Cette plage de sable fin est calme et peu fréquentée, encore plus les matins en semaine.

On en profite donc pour se faire bronzer, lire un bon livre avec une noix de coco à boire ou encore inspecter le sol à la recherche du plus beau coquillage. Et peut-être faire une magnifique découverte, comme l’auteure de ces lignes !

Si Haïti n’est pas a priori réputée pour le surf, la plage de Kabic réserve toutefois de belles vagues pour les adeptes. Il est même possible de suivre un cours à l’école Surf Haïti, qui a vu le jour après le séisme de 2010. Ceux qui préfèrent relaxer peuvent admirer les acrobaties des surfeurs en s’installant sur la plage près du restaurant Le Cam’s.


On y sert un délicieux lambi boucané ou encore de la langouste grillée, qu’on baptise parfois homard ! Le soir venu, on peut apercevoir les pêcheurs de sardines attendre le coucher du soleil pour avoir une bonne récolte.

Toujours à Cayes-Jacmel, le fameux « homard » est également l’une des spécialités que l’on prend plaisir à savourer à Raymond Les Bains, une plage particulièrement achalandée certains après-midi et les week-ends. La musique bat son plein et l’ambiance est à la fête en famille ou entre amis, autant pour les locaux que les touristes.

Un site incontournable

Ce site est vraiment un incontournable. Logé dans les montagnes, en plein coeur de la forêt tropicale, le Bassin bleu est un lieu mystique où des sirènes feraient leur apparition la nuit… selon la légende !

Pour y parvenir, il faut traverser un sentier — en bonne forme physique et avec des espadrilles. Une fois arrivé sur place, on contemple la grande chute avant de s’y baigner. Les plus aventuriers peuvent se hisser sur l’un des rochers pour y plonger tête première !

« Partager ces instants volés au grand vacarme de la vie avec son amoureux et ses amis est sans prix. Cette visite permet de collectionner de très bons souvenirs et de capturer des clichés dignes de cartes postales », témoigne Nathalie Cardichon, une résidente de Port-au-Prince qui a découvert l’endroit pour la toute première fois cette année.

Pour plus de renseignements sur le tourisme à Jacmel

Combien ça coûte ?

  • Billets d’avion (aller-retour) : environ 600 $ — à partir de la mi-avril
  • Hébergement : à partir de 60 $, pour une nuit à l’hôtel avec déjeuner compris
  • Repas typiques : griot de porc ou cabrit grillé (entre 6 et 8 $), poulet boucané (entre 8 et 10 $), langouste grillée, lambi boucané/en sauce ou poisson gros sel (de 11 à 14 $)
  • Bassin bleu : 7 $ pour le droit d’entrée (vérifier et négocier les tarifs pour un guide sur place)
  • Rhum Barbancourt (format de 375 ml) : environ 3 $
  • Bière locale (Prestige) : 2-3 $
  • Noix de coco sur la plage : 1 $