La vie dans la campagne «comptonoise»

À Compton, les paysages nous tiennent sous le charme en toute saison.
Photo: Hélène Clément À Compton, les paysages nous tiennent sous le charme en toute saison.

On connaît Compton, dans les Cantons-de-l’Est, pour ses beaux paysages champêtres, son pont couvert et ses granges rondes. Pour son marché paysan d’exception du jeudi soir. Pour sa fête gourmande, Les Comptonales, et le festin des grâces qui s’ensuit. Pour ses jardins, ses vergers, ses fermes bios… On connaît Compton l’été. Et l’hiver alors !

Février. Sur la route 143 qui mène à Compton, les paysages tiennent sous le charme. On se croirait dans une peinture de Juan Cristobal. Le soleil crée avec les arbres, les arbustes, les clôtures, les oiseaux en vol… un tas de silhouettes sur la neige blanche qui forment de magnifiques dessins. Ici et là, un méli-mélo de traces de dindes sauvages et de lièvres sur le qui-vive, et de chevreuils, à n’en pas douter, en quête de croustance.

Visiteurs qui venez à Compton en été et en automne tirer le portrait de ses magnifiques paysages, il faut savoir qu’ils sont aussi grandioses en hiver. Mais sans les allées et venues des tracteurs sur les routes, des vaches qui se déplacent d’un champ à l’autre, des charrues, des buteuses et des tasseuses qui labourent les terres fertiles du coin.

Car l’économie de cette commune agricole de quelque 3274 âmes, la 2e en population et en superficie de la MRC de Coaticook — et la plus prospère du point de vue de la production laitière — est avant tout fondée sur l’agriculture et l’agroalimentaire.

Selon les données du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), « on recensait en 2010 140 entreprises agricoles à Compton, ce qui représente le quart (25,1 %) du total d’entreprises agricoles dans la MRC de Coaticook. Cela place Compton au premier rang pour le nombre d’entreprises agricoles de la région, tout juste devant la ville de Coaticook, qui compte 124 entreprises ».

Danse avec la vie

Photo: Hélène Clément Des baies de viorne trilobée tranchent dans la neige.

Une agriculture bio ou raisonnée, pratiquée par une bande de passionnés de la terre et de l’assiette qui ont à coeur le développement d’une agriculture durable sociale, économique et écologique, et qui ont compris au fil des ans que « l’union fait la force ».

C’est grâce à cet esprit de collaboration, qui semble viscéral à Compton, que sont nés en 2006 les Comptonales, puis le marché paysan du jeudi qui fait la joie du village.

Un village situé à 15 km de l’extrémité sud de la ville de Sherbrooke et à 12 km de Coaticook, qui se peuple de plus en plus de jeunes familles en quête d’une vie meilleure pour leurs enfants. Un village qui garde ses aînés grâce à de nombreux services de proximité. Un village où l’on veille à la transmission des savoir-faire traditionnels.

« À Compton, agriculture rime avec culture », soutient le romancier Benoit Bouthillette, qui, avec sa conjointe, la journaliste Danielle Goyette, a élu domicile dans le village il y a trois ans. Quand il n’écrit pas, l’auteur de La trace de l’escargot et de L’heure sans ombre travaille au verger Le Gros Pierre ou siège au conseil municipal.

Lors de mon passage à Compton, le jour de la Saint-Valentin, Benoit et Danielle accompagnaient une douzaine de lionceaux (une branche du club Lions de Compton) de l’école primaire Louis Saint-Laurent de Compton qui allaient offrir aux petits de la garderie Cocorico, juste à côté, le chocolat qu’ils venaient de fabriquer avec leurs professeurs.

L’objectif du club de Lionceaux (le seul au Québec), qui a vu le jour dans cette école à l’esprit entrepreneurial : développer davantage la participation citoyenne — un aspect cher à la municipalité de Compton — par des gestes d’entraide, de collaboration et de coopération. Aujourd’hui, on partage le chocolat, demain, on dansera avec les aînés…

Au boulot hiver comme été

Pendant que les citoyens oeuvrent dans le village à mille tâches invisibles pour le touriste, les maraîchers préparent la saison suivante. Peu de répit à la ferme en hiver.

Et encore moins quand on cultive en serres, et à l’année, des légumes en pleine terre. Comme à la ferme bio l’Abri végétal, où tomates, poivrons, concombres, fines herbes et ail sont tenus bien au chaud grâce à un système pointu de chauffage géothermique.

Les propriétaires, Annie Lévesque et Frédéric Jobin Lawler, voient la vie en vert. Même en hiver quand tout est blanc dehors. Et par tous les moyens travaillent à ce que leur petite entreprise familiale laisse le moins d’empreintes nuisibles à l’environnement.

Pas de relâche donc pour ce couple en hiver qui, de janvier à août, bichonne ses concombres, de mars à février ses tomates, et à l’année ses aubergines. Qui prépare en décembre les semis et les greffes pour tous ses types de tomates et d’aubergines et qui s’attaque aux insectes ravageurs comme les thrips et les pucerons.

À l’année, un petit étal en libre-service — selon un système de paiement d’honneur — permet à la population d’ici et d’ailleurs d’acheter quelques légumes, dont plusieurs variétés de délicieuses tomates : la Heirloom de type héritage, la coeur de boeuf et la tomate Beefsteak rouge et rose.

« On ne s’arrête jamais, lance Annie. Quand on n’est pas affairés à tailler, à tuteurer ou à redresser nos longs plants de tomates, ou qu’on ne veille pas à nos semences, on s’occupe de nos trois enfants, on prépare des conférences, on fait de la recherche et développement et on entretien l’équipement. »

Même scénario à Les Vallons maraîchers, que les habitués des paniers Lufa connaissent puisque cette ferme bio, située sur le chemin Hyatt’s Mills, à Compton, pas trop loin de l’Abri végétal, est partenaire de la fameuse entreprise de fermes urbaines.

« C’est vrai, en hiver il y a moins d’allées et venues de tracteurs à Compton, mais le travail se poursuit dans l’entrepôt », explique Jacques Blain, copropriétaire avec sa femme, Josée Gaudet, de cette ferme maraîchère de 75 acres de légumes cultivés en terre.

En ce moment, une dizaine de personnes travaillent à plein temps à laver et à mettre en sacs les légumes racines vendus au Québec sous la marque de commerce Symbiosis, dont le couple est cofondateur, et sur la côte est américaine sous la marque Deep Root.

« En mai, lorsque la culture des asperges bat son plein, le personnel grimpe à 16, précise l’agronome de formation. Et en été, une quarantaine de personnes travaillent dans les champs. En culture bio, le désherbage se fait manuellement. »

Pendant que Josée transforme fruits et légumes en confiture, en sauce tomate et en légumes déshydratés et rêve de son comptoir de vente qui prendra forme sous peu, Jacques feuillette les catalogues de semences, retape la machinerie et veille au bon roulement de son entreprise bio qui peine en ce moment à suffire à la demande.

Les semis

En mars, la réserve de carottes, de betteraves et autres légumes racines de l’an dernier diminue. Bientôt, on sèmera pour la prochaine saison. « À la fin du mois, on démarre les semis de poireaux et d’oignons, à la mi-avril la laitue, les épinards et les radis, et début juin, les tomates. Pas de répit en hiver ! »

Quant à Sabrina et à Antoine, un jeune couple nouvellement arrivé à Compton, ils mettent les bouchées doubles en ce moment pour que leur fermette familiale au joli nom de Lapinambourg produise des fruits et légumes rares — kiwis, kakis, assiminiers, haricots… — destinés, entre autres, aux chefs des meilleurs restaurants du Québec.

Le couple qui cultive en permaculture se passionne aussi pour les semences rares et inusitées. Semences de maïs glas, de courge butternut, de grande molène, de haricots Odawa, d’épazote, de celtuce, de crosne du japon…

Et, telle une abeille, Sabrina butine ces jours-ci d’une fête de semences à l’autre au Québec pour vendre ses précieuses graines.

Et pendant ses temps libres (ah bon !), elle crée de jolis bijoux, concocte des mélanges de tisanes et fabrique savons, baumes à lèvre et à barbe, pommades et parfums.

Ni Compton ni ses agriculteurs ne connaissent la farniente en hiver. Loin de là !