Pour aller plus loin que l’intelligence artificielle

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À l’heure où l’on n’en a que pour l’intelligence artificielle, l’IA, Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat et professeur à l’ESG UQAM, prêche quant à lui pour un écosystème touristique innovant.

« Nous sommes à l’aube de l’ère 3.0 du tourisme numérique. La version 1.0 s’est cristallisée dans la venue d’Internet et des sites Web, la version 2.0 reposait largement sur la mobilité et les applications. La version 3.0 sera, je crois, celle des nouveaux processus et de l’intégration de ceux-ci au sein d’un nouvel écosystème touristique, lui-même interconnecté aux écosystèmes financiers, technologiques, universitaires et publics », écrivait Paul Arseneault dans un article publié le 31 mai dernier sur le site etourisme.info.

Ainsi, selon lui, toutes les conciergeries virtuelles et tous les agents conversationnels de ce monde seraient déjà dépassés. Exit l’intelligence artificielle — celle qui n’est peut-être pas aussi intelligente qu’on le croit — et bienvenue à l’innovation.

« Quand arrive une nouvelle technologie, on a toujours la même tentation de l’évidence, soit lui faire faire les tâches comme on les a toujours faites », lance Paul Arseneault, en ajoutant : « Je ne suis pas certain qu’on ait fait le tour de la pertinence de l’IA dans le domaine du tourisme. » Aujourd’hui, l’étude du big data permet de mieux cibler la clientèle susceptible de visiter une ville, une région ou un pays. Fini le temps où le Québec dépensait des fortunes pour acheter des pleines pages de publicité dans le New York Times pour attirer les Américains ici. « On s’affine, mais on n’en est pas encore rendu à l’aspect IA et à la capacité d’un système à prendre les meilleures décisions et à s’enseigner à lui-même », affirme le professeur.

Soyons fous, soyons innovants !

Paul Arseneault aime à rappeler qu’en matière d’importance économique au Québec, l’industrie touristique québécoise est énorme et qu’elle représente l’équivalent de l’aérospatiale. Mais il y a un problème ; ces revenus, ce sont des milliers d’entreprises qui doivent se les partager et ce sont de toutes petites sociétés qui rivalisent entre elles.

Dans un contexte comme celui-là, sans innovation, il est presque impossible de tirer son épingle du jeu. Et c’est la raison pour laquelle la création du MT Lab s’est imposée. Mis sur pied par l’Université du Québec à Montréal et son École des sciences de la gestion et, grâce au soutien de Tourisme Montréal, le projet a pu voir le jour. Ce « hub » propulse l’entrepreneuriat et l’innovation dans le domaine du tourisme en offrant une incubation d’un an à des entreprises au fort potentiel innovant. Il propose un programme d’animation, de formation et de conférences, un espace de cotravail et des « demo days » où les entreprises « incubées » et d’autres startups pertinentes sont invitées à présenter leurs solutions d’affaires devant chacune des équipes des membres du comité de pilotage. Personne ne sera étonné de retrouver Paul Arseneault au conseil d’administration du MT Lab. Et il commence à s’emballer lorsqu’il parle d’une jeune pousse, Stay22.

Cette startup montréalaise qui a grandi au MT Lab a mis sur pied une plateforme qui permet aux usagers, lorsqu’ils se déplacent pour un événement, de rechercher des endroits où dormir à proximité du lieu de leur congrès, de leur réunion d’affaires ou de leur événement. Stay22 propose aussi aux organisateurs d’événements d’intégrer un widget sur le site Web de leur événement permettant aux participants de trouver en un seul clic des chambres d’hôtel, mais aussi des hébergements Airbnb. L’Igloofest et les FrancoFolies sont déjà clients ainsi que d’autres événements ailleurs dans le monde.

Être innovant, cela signifie penser autrement. « L’innovation et l’IA apparaîtront véritablement quand on pourra changer notre manière d’évaluer la réussite ou l’échec d’un événement », lance le professeur. Aujourd’hui, les indices de la qualité du tourisme d’affaires correspondent au nombre de congressistes et au nombre de nuitées d’hôtel dans la ville d’accueil. L’innovation, c’est imaginer d’autres indices : ne pourrait-on pas inventer un logiciel capable de suivre la courbe d’apprentissage d’un participant à un événement et ainsi mesurer la pertinence de déléguer un membre d’une entreprise ?

Le changement de culture prendra du temps, mais « il faut sortir de l’ancien modèle et cesser d’attirer la clientèle d’affaires simplement parce que les chambres sont moins chères à Montréal qu’à Chicago ou New York », affirme Paul Arseneault. L’industrie a changé énormément au cours des cinquante dernières années, elle est en croissance partout sur la planète. « Il y a une prise de conscience générale, mais les nouvelles technologies offrent un potentiel énorme sans qu’on sache encore ce qu’il représente précisément. Toutefois, l’IA devra apporter des réponses aux problèmes vécus par l’industrie, mais il ne faudrait surtout pas la considérer comme une fin en soi. »