La nature doit reprendre ses droits dans la grotte de Lascaux

Une des répliques des peintures de la grotte de Lascaux à Montignac, dans la Dordogne française.
Photo: Mehdi Fedouach Agence France-Presse Une des répliques des peintures de la grotte de Lascaux à Montignac, dans la Dordogne française.

Les peintures préhistoriques de Lascaux ont trop souffert de l’intervention humaine : la nature doit maintenant reprendre ses droits autour du célèbre site préhistorique, selon les scientifiques appelés à la rescousse il y a sept ans.

« La grotte est vivante, elle est donc fragile, mais elle a eu sept belles années de sérénité », a estimé cette semaine le paléoanthropologue Yves Coppens à la tribune d’un colloque consacré au lieu préhistorique situé dans le sud-ouest de la France, organisé au siège de l’UNESCO à Paris.

La grotte « fortement sollicitée, malmenée, chahutée par une présence bien trop importante » selon la conservatrice du site, Muriel Mauriac, a été fermée au public en 1963, mais est tout de même tombée malade plusieurs fois depuis.

La dernière grande frayeur date du milieu des années 2000, quand des taches noires ont gagné les parois de la grotte. Devant la polémique et les inquiétudes de l’UNESCO, Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture, avait sollicité l’intervention d’Yves Coppens.

Professeur honoraire au Collège de France, le codécouvreur de la célèbre australopithèque Lucy s’était entouré d’experts français et étrangers pour former, en 2010, un Conseil scientifique international indépendant. Depuis, sept ans de travaux et de recherches se sont écoulés et la mission touche à sa fin.

Un bon état général

Aujourd’hui, la grotte, inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, se trouve dans « un bon état général de conservation », a expliqué Muriel Mauriac. « La présence des taches noires qui avaient contaminé de façon fulgurante les voûtes de la nef, l’abside et le passage, s’est stabilisée. »

Mais l’équilibre de la grotte reste « précaire », selon les experts. Depuis 2013, des taches d’humidité se répandent sans qu’on puisse en trouver la raison. Des vermiculations, de petites excroissances à la fois minérales et organiques, sont également apparues sur des fissures de la roche.

Les produits chimiques autrefois utilisés, comme le formol, les fongicides et les produits antimousse, ont totalement été bannis de la grotte depuis 2008 au profit d’un enlèvement manuel par grattage des taches noires et des résidus de chaux.

Seules les parties non peintes de la grotte sont grattées, mais cela est suffisant pour abaisser notablement la masse des contaminants. « Dans certaines zones peintes qui n’ont pas fait l’objet de traitement, les taches noires ont régressé, voire totalement disparu », a expliqué Muriel Mauriac, photos à l’appui. Depuis 2010, la grotte est aussi minutieusement purgée de tout le matériel obsolète accumulé au cours de décennies.

Éjectés, les vieux transformateurs, les projecteurs, reliques des visites publiques de jadis, et les anciennes installations électriques. Certaines études engagées ont également poussé le conseil scientifique à stopper, en 2015, le système d’assistance climatique et celui d’extraction d’air. « L’objectif étant de revenir petit à petit à un régime naturel de fonctionnement d’une grotte », selon Muriel Mauriac.

L’État, propriétaire du site, cherche également à acquérir les terrains qui l’entourent pour renforcer la sanctuarisation de la colline de Lascaux.

Un des objectifs est notamment d’amplifier la couverture végétale tout en la surveillant attentivement, arbre par arbre. La route a été fermée à la circulation et l’un des stationnements a vocation à être végétalisé et interdit aux véhicules.

Événement nouveau depuis des décennies : « Une chauve-souris nous a rendu visite l’hiver dernier, c’est peut-être le signe que la grotte reprend le dessus et retrouve son équilibre », a conclu Muriel Mauriac.