Les charmes exotiques de l’Airport Road de Toronto

À la Singh Plaza, le restaurant indien Standard Sweets Snacks est une attraction par ses couleurs et son comptoir de friandises.
Photo: Benoît Legault À la Singh Plaza, le restaurant indien Standard Sweets Snacks est une attraction par ses couleurs et son comptoir de friandises.

Pearson. Aéroport géant. Interface sans visage précis de l’humanité qui va et revient. Sur la route de l’aéroport, l’Airport Road, on roule sur un boulevard à six voies en apparence anonyme, anodine. Pourtant, un côté fascinant de la vie torontoise y bat. La beauté est ici intérieure et prend des visages précis, venus surtout du sous-continent indien.

Dans la grande Singh Plaza, un centre commercial à l’angle d’Airport Road et de Derry Road, tous les commerces sans exception sont d’origine étrangère. Les restaurants principaux servent de la cuisine hakka-indian chinese.

Ce sont des plats des Chinois de l’ethnie hakka qui ont quitté la persécution en Inde, apportant au Canada une sino-cuisine fortement influencée par les cuissons et les épices indiennes. Ce type de cuisine est difficile à trouver hors de Toronto ; c’est donc une forme de spécialité régionale !

À la Singh Plaza, un restaurant indien est un aimant par ses couleurs, sa luminosité, son comptoir de friandises et ses employés charmants. C’est le Standard Sweets Snacks. On peut en tout temps s’y régaler de saveurs robustes et d’agréables textures avec un thali végétarien pour 6,99 $, ou faire des expériences copieuses plus coûteuses, mais toujours moins chères qu’au centre de Toronto.

Tout le long de l’Airport Road, les commerçants sont d’une simplicité et d’une gentillesse désarmantes. On dirait qu’ils arrivent tout droit d’une campagne indienne baignée de soleil, alors qu’ils travaillent dans un environnement gris et urbain au possible.

Des terrains pas chers

« Dans les années 1970, les terrains près de l’aéroport ne coûtaient pas cher ; c’est pourquoi beaucoup d’Indiens, de Pakistanais et de Sri-Lankais s’y sont établis, note Munir Abdulla, concierge de l’hôtel Westin Toronto Airport. La deuxième génération, plus prospère, s’est ensuite concentrée à Brampton et dans certains secteurs résidentiels de Mississauga. »

À Toronto, qui dit Little India pense au secteur de la rue Gerrard, à l’est du centre-ville. Mais la zone de l’Airport Road est moins touristique et clinquante, donc plus authentique.

Le « centre de congrès des pauvres »

Juste au sud de Derry Road, l’International Centre est en quelque sorte le « centre de congrès des pauvres », avec ses foires commerciales plus obscures et ses propositions moins chères que celles du Metro Toronto Convention Center du centre-ville.

Quelques centaines de mètres plus au sud, un Tim Hortons ne paie pas de mine. L’été, il devient toutefois le quartier général de familles indiennes et pakistanaises qui s’accrochent aux clôtures de l’aéroport pour observer les départs et arrivées.

Il est vrai qu’on voit bien les avions tout le long de l’Airport Road, mais on les voit d’encore plus près sur Derry Road, à l’angle de Cattrick Street, à moins d’un kilomètre à l’ouest d’Airport Road.

Juste à côté du Tim Hortons, l’Airport Gate Steak Grill sert des hamburgers énormes aux noms évocateurs. Le Canadian propose une épaisse tranche de bacon de dos en plus de la boulette habituelle. Le Twin Engines fait un clin d’oeil à l’aviation avec ses deux grosses boulettes de boeuf haché.

Dans les deux cas, on parle ici de sandwichs qui, avec des frites et une boisson sucrée, fournissent assez d’énergie pour faire décoller un être humain pendant un bon bout de temps.

Les travailleurs de l’aéroport

Manifestement, les menus sont conçus pour les gens, surtout des hommes, qui travaillent à l’aéroport. Les portions sont énormes et les viandes grillées sont à l’honneur.

À quelque 300 mètres au sud du resto Airport Gate, le restaurant grec Zets est la meilleure adresse du secteur. « Ici, tout est remarquablement bon, c’est pourquoi nous sommes prêts à attendre », dit un couple au milieu d’une file d’attente d’environ 20 mètres, un dimanche soir. Ils pourraient y partager une assiette, tant les portions sont gargantuesques.

Munir Abdulla confirme que Zets vaut le déplacement : « Certains clients viennent de loin pour manger là, c’est l’institution de l’Airport Road, mais les clients sont pour la plupart des habitués qui habitent tout près, dans les secteurs résidentiels qui se développent au nord-est de Pearson International. »

Chez Zets, les steaks grillés au charbon de bois sont alléchants, mais M. Munir juge que les souvlakis et les gargantuesques petits-déjeuners, servis en tout temps, sont ses véritables spécialités.

En fait, Zets est toujours ouvert, comme plusieurs des commerces de la section de sept kilomètres d’Airport Road qui longe l’aéroport en direction nord-ouest, de l’autoroute 427 à Derry Road.

La clientèle d’Airport Road ne dort jamais et elle va en bonne partie s’envoler vers les États-Unis, c’est pourquoi le guichet automatique de la Banque CIBC, près du Tim Hortons, distribue au choix des dollars canadiens ou américains.

L’Airport Road et ses charmes exotiques ne sont mentionnés dans aucun guide de voyage. L’artère ne fait même pas partie des nombreux secteurs cosmopolites promus intensément par Tourism Toronto. Pourtant, j’y ai passé un week-end exotique et dépaysant à l’explorer, sans même me rendre à l’aéroport Pearson…