En Normandie, un musée consacré aux victimes civiles de la Deuxième Guerre

Le Mémorial de la ville de Falaise donne la parole à ceux qui n’ont jamais été invités aux commémorations et n’y ont jamais défilé en rangs serrés.
Photo: Louise Gaboury Le Mémorial de la ville de Falaise donne la parole à ceux qui n’ont jamais été invités aux commémorations et n’y ont jamais défilé en rangs serrés.

Outre ces kilomètres de plages où tant de jeunes hommes sont venus mourir, ces immenses cimetières où on les a enterrés, ces villes trop neuves, ces villages meurtris à jamais, il y a la souffrance des civils tout au long du conflit.

Elle a atteint son paroxysme lors de la bataille de Normandie, mais ne s’est pas atténuée miraculeusement après la victoire. C’est à leur situation que s’attarde le nouveau Mémorial des civils dans la guerre de Falaise, ville natale de Guillaume le Conquérant.

Située au sud de Caen, près de Chambois, où s’est achevée la bataille de Normandie, Falaise a connu un réveil brutal le 7 juin 1944 quand se sont abattues sur elle des centaines de bombes.

En accueillant ce Mémorial il y a un peu plus d’un an, cette ville anéantie à 80 % a voulu porter le flambeau des lieux détruits par les guerres.

Aménagé sur trois étages dans un ancien tribunal, le Mémorial de Falaise donne la parole à ceux qui n’ont jamais été invités aux commémorations et n’y ont jamais défilé en rangs serrés.

Une muséographie sobre, conçue par le Mémorial de Caen, met en valeur les témoignages des habitants qui n’étaient alors que des enfants et des documents d’époque qui retracent l’Occupation et la Libération.

Marché noir, service de travail obligatoire, rationnement, réquisitions, persécutions et rafles, qui rythmaient la vie quotidienne, sont évoqués notamment grâce à des exemples d’affiches qu’on placardait sur les murs.

Les aléas de la Collaboration, de la Résistance, de l’Exode, des bombardements et de la Reconstruction y sont aussi soulignés à travers des reconstitutions éloquentes.

Un film à la limite du supportable termine la visite sur le site d’une maison bombardée, dont on peut voir le sol à travers un plancher de verre.

On évalue à 20 000 le nombre de civils tués lors de la bataille de Normandie. Dans le monde entier, cette guerre aura fait 35 millions de victimes civiles, 16 millions de Russes, plus d’une douzaine de millions de Chinois, plus de 5 millions de Polonais et 1,5 million d’Allemands, sans compter les dizaines de millions de blessés et d’estropiés.

1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 23 juillet 2017 12 h 09

    La mémoire et la vie


    J'aime toujours revenir en Normandie. Mon coeur s'étrangle devant ses belles plages, silencieuse comme celle d'Omaha Beach, devant ses cimetières militaires avec tant de croix alignées ( Colleville-sur-mer(américain), Bény-sur-mer (canadien). La guerre, que de morts et de souffrances! Quelle saloperie!

    Mais la vie a repris depuis longtemps son cours en Normandie: les vaches paissent tranquillement dans les champs, les huîtres d'Isigny sont toutours bien bonnes, le camembert toujours aussi délicieux et les enfants vont à la pêche aux coques. J'irai sans doute voir ce Mémorial des civils dans cette terrible bataille de Falaise où beaucoup de nos soldats ont laissé leur vie. Mais n'oublions pas aussi tous ces civils normands, tués et blessés. La guerre, quelle ignominie, quelle tragédie!

    Michel Lebel