Le Périgord, en escapade temporelle

Situé dans la vallée de la Lède, dans le Périgord pourpre, le château de Biron, massif et imposant, offre une vue imprenable sur les environs verdoyants et bucoliques de la région.
Photo: Charles-Antoine Rouyer Situé dans la vallée de la Lède, dans le Périgord pourpre, le château de Biron, massif et imposant, offre une vue imprenable sur les environs verdoyants et bucoliques de la région.

Le Périgord évoque la gastronomie, pays du foie gras et des noix. On y trouve de charmants villages au patrimoine intact, certains à flanc de falaise. Des châteaux haut perchés aux panoramas à couper le souffle. Et bien sûr, certaines des plus belles peintures préhistoriques au monde, à Lascaux, avec l’ouverture en décembre dernier de Lascaux 4, une réplique quasi intégrale de la grotte originale.

Le Périgord (équivalant au département de la Dordogne), c’est aussi un cadre naturel remarquable. Dans le sud-est, en Périgord noir, ce sont des vallées encaissées bordées de hautes falaises au fond desquelles coulent des rivières parmi les moins polluées de France, comme la Dordogne, inscrite au patrimoine de la biosphère mondiale de l’UNESCO depuis 2012. Ce sont de petites routes qui serpentent à travers d’épaisses forêts de chênes verts ou qui grimpent parfois très à pic, comme en montagne.

Ces vallées protégées sont le fil conducteur, le dénominateur commun entre nos ancêtres artistes de la préhistoire, les hommes de Cro-Magnon, les châteaux des seigneurs féodaux, puis le réseau de bastides des rois de France et d’Angleterre qui rivalisèrent sans cesse dans la région pendant près de 700 ans.

Photo: Charles-Antoine Rouyer À La Roque-Gageac, on peut admirer l’alignement de maisonnettes du village, qui s’étirent au bord de la route, blotties entre rivière et falaise abrupte.

Dès 1150, la rivière Dordogne sera souvent la ligne de démarcation de ces « chicanes » franco-anglaises ancestrales, qui culminent par la guerre de Cent Ans.

Avant l’arrivée des rois, les seigneurs locaux bâtissent tous leur château sur un piton rocheux pour asseoir leur pouvoir. De nos jours, les gabares ne transportent que des touristes. Au départ de La Roque-Gageac, la balade d’une heure en fin de journée permet d’admirer dans la lumière rasante du soleil l’alignement de maisonnettes du village, qui s’étirent au bord de la route, blotties entre rivière et falaise abrupte. En aval du village, sur les hauteurs, se dresse le château de Castelnaud. Parfois, près des berges, un héron ou un martin-pêcheur s’envole au passage du bateau.

Pour comprendre la topographie de ce bout du Périgord noir et la clef de toutes ses strates de patrimoine humain, la meilleure entrée en matière est les jardins suspendus de Marqueyssac et leurs 150 000 buis. Le site s’étire au faîte d’un éperon rocheux à 130 mètres de haut, sur 22 hectares pour 6 kilomètres de promenades.

Photo: Charles-Antoine Rouyer À Marqueyssac, les jardins suspendus et leurs 150 000 buis sont une entrée en matière idéale pour saisir la beauté et l’étendue du patrimoine humain du Périgord noir.

Sur les hauteurs, des châteaux forts se toisent de part et d’autre de la rivière : Castelnaud, forteresse anglaise — entièrement reconstruite et qui abrite un musée des armes de guerre —, défie Beynac, forteresse française — superbe château fort parfaitement restauré entouré d’un charmant petit bourg.

Les plus téméraires emprunteront la Via Ferrata de Marqueyssac, à flanc de falaise sur près de 400 mètres (gratuite avec l’entrée aux jardins). Les autres iront se régaler au restaurant des jardins ou s’installer sur un banc pour contempler le paysage à perte de vue, versant sud ou versant nord.

À la bastide

La plus belle bastide de la région, incontournable, est Monpazier, à la limite sud du département dans le Périgord pourpre (du nom des vins du Bergeracois).

Ces villes nouvelles (de bastida, ou « peuplement nouveau » en occitan) sont implantées par les deux camps pour marquer leur territoire, le peupler et contrôler le commerce.

Photo: Charles-Antoine Rouyer À Périgueux, la cathédrale Saint-Front, qui aurait inspiré le Sacré-Coeur, vaut le détour pour s’immerger encore plus dans l’esprit médiéval des lieux.

Chaque bastide, sorte de citadelle rectangulaire, s’organise autour d’une grande place carrée d’où partent des rues en quadrillage. Tout autour de la place, une grande arcade ombragée abrite des terrasses de restaurants ou la devanture de commerces. Le jeudi est toujours jour de marché, comme au Moyen Âge, dit-on. Aux alentours, de nombreux sentiers feront le bonheur des randonneurs et des cyclistes.

Autre figure imposée : la vieille ville médiévale de Sarlat-la-Canéda, la perle du Périgord noir, avec ses petites rues étroites éclairées au gaz le soir, ses maisons de pierres ou à colombages, son église Sainte-Marie et son ascenseur panoramique aménagé dans un ancien clocher par l’enfant du pays, l’architecte Jean Nouvel.

La petite cage de verre termine son ascension très lentement pour coiffer l’ancien clocher, avec une vue sur 360 degrés sur les toits de tuiles ou de pierres de lauze. La ville est elle aussi encaissée au fond d’une cuvette où a poussé au départ une abbaye de moines bénédictins qui avaient asséché les marécages.

De nos jours, Sarlat est sans doute victime de son succès, les touristes y affluent. La vieille ville connaît le sort du Vieux-Québec, submergée par les visiteurs.

L’Homme et son art

La vallée voisine attire aussi beaucoup de visiteurs pour ses sites préhistoriques : la vallée de la Vézère, ou vallée de l’Homme. Ici encore, le relief explique la densité de sites préhistoriques la plus importante au monde dans un mouchoir de poche. Les nombreuses falaises calcaires de la région offrent aussi un habitat à nos ancêtres grâce aux nombreux abris sous roche. Les amateurs d’artefacts ne manqueront pas le Musée national de préhistoire et ses nombreuses vitrines de silex notamment, certains originaux de squelettes et une lampe à huile retrouvée à Lascaux ; et sur le toit, des habitations troglodytes et une immense statue de pierre contemporaine qui domine le petit village en contrebas.

Le site le plus emblématique de cette vallée de l’Homme demeure Lascaux, surnommée la chapelle Sixtine de l’art rupestre préhistorique pour ses parois couvertes de peintures d’animaux datant de 15 000 ans, voire plus.

Photo: Charles-Antoine Rouyer La nouvelle réplique des grottes de Lascaux, Lascaux 4, reproduit presque deux fois plus de superficie que la première, Lascaux 2.

La grotte originale (Lascaux 1), découverte en 1940 près du village de Montignac, est fermée au public en 1963. Le gaz carbonique qu’expirent les visiteurs se transforme en calcite, qui recouvre d’un dépôt blanc les peintures rupestres, menaçant de les masquer à jamais. La première réplique, Lascaux 2, ouvre en 1983. Elle reproduit les deux principales cavités (50 % de l’espace original et la majorité des peintures). En 2014, Lascaux 3, l’exposition itinérante, s’arrête à Montréal. La nouvelle réplique, Lascaux 4, reproduit 98 % de la grotte originale, précise André Bérubé, le directeur de Semitour, l’organisme public qui gère le site.

Pourtant, Lascaux 4 laisse le visiteur sur sa faim. La visite de la réplique ne dure qu’à peine 40 minutes et se déroule au pas de charge. Les groupes de 32 personnes qui partent toutes les six minutes sont très rapprochés. Car l’objectif de ce nouveau site est de presque doubler le nombre des visiteurs et atteindre les 450 000 touristes par an, comparativement aux 270 000 qui visitaient Lascaux 2.

Photo: Charles-Antoine Rouyer Celle-ci déçoit néanmoins.

Après la réplique, la troisième partie de la visite permet de découvrir huit fragments de la grotte reproduits grandeur nature, à l’aide d’une tablette numérique. Les deux dernières parties (une série de films et une exposition virtuelle d’art contemporain) n’apportent aucun contexte culturel sur les hommes de Cro-Magnon et leur art. En fin de compte, le visiteur aimerait revoir les parties didactiques de Lascaux 3, qui expliquaient le mode de vie de nos ancêtres et les techniques des artistes.

Pour ressentir de l’émotion, il faudra monter au sommet de la colline et aller visiter Lascaux 2. À deux pas de l’entrée de la grotte d’origine, sous les frondaisons des arbres, la visite commence à la lueur d’une flamme et nous plonge dans la magie de ces lieux millénaires, dans le silence et le recueillement que suggèrent ces peintures formidables.

Le journaliste était l’invité d’Air France et du Comité départemental du tourisme de la Dordogne.

En vrac

À voir Jardins de Marqueyssac, , 13,50 $ (9 €); Bastideum de Monpazier, 12,50 $ (8,30 €); Sarlat-la-Canéda; Lascaux, Centre international de l’art pariétal : 27 $ (16 €) ; Lascaux 2 : 19 $ (13 €), 1 h 15 min, 20 personnes maximum; Grotte de Font-de-Gaume, 15 $ (10 €), billets limités, donc difficiles à obtenir ; réservation en ligne ou se présenter dès 8 h à la billetterie qui ouvre à 9 h 30 pour tenter d’obtenir une place pour le jour même. La bataille de Castillon, 28-39 $ (19-27 €).

S’y rendre Air France Montréal-Paris et correspondance pour Bordeaux ; puis en voiture (2 heures de route, ou 185 km Bordeaux-Montignac). Air France dessert également l’aéroport de Brive-la-Gaillarde, à 45 minutes de Montignac.

À lire GéoGuide Dordogne Périgord

22 balades et une randonnée au Périgord, Ouest-France; Visiter la Dordogne : dordogne-perigord-tourisme.fr; Le Périgord noir : perigordnoir.com

Où dormir Domaine de la Rhonie, une ferme-hôtel qui pratique l’agriculture et le tourisme durables, gérée par la 3e génération de propriétaires ; un petit hameau au calme pour se ressourcer, au coeur du Périgord noir, à Meyrals ; à partir de 92 $ la nuit (62 €) ; demi-pension possible; Hôtel de Bouilhac : à Montignac, un superbe hôtel-boutique quatre étoiles de style « authentique chic » ouvert le 14 juin 2017, avec dix ravissantes suites spacieuses aux plafonds de près de 4 mètres (dont cinq familiales), aménagées dans un hôtel particulier du XVIIe par un couple, Karine et Christophe Maury, sous le vocable « Rêve, histoire et gourmandise » (260 à 425 $ la nuit — 180 à 320 €) ; excellente table également (M. Maury est un ancien chef de restaurants étoilés); Gîte Les Hauts de Saint-Vincent ; ravissante maison d’hôtes de cinq chambres dans une ancienne ferme récemment rénovée à deux pas de la route près de La Roque-Gageac, Beynac, Castelnaud ; 150-210 $ la nuit (100-140 €); Hôtel Edward 1er : à Monpazier, hôtel de charme trois étoiles au calme en bordure de la bastide, belle petite piscine et restaurant en terrasse, 120 à 320 $ (83 à 218 €); Auberge de jeunesse Cadouin, dans les parties communes de l’Abbaye,

Quoi faire Pôle international de la préhistoire (Les Eyzies) : centre d’accueil gratuit d’introduction aux sites préhistoriques avec animations vidéo sur les stades de l’évolution humaine, Néandertal et Cro-Magnon compris, et la géographie environnante,

Le cloître de l’abbaye de Cadouin, sur la route de Monpazier : parfaitement restauré, excellent guide audio, pour un moment de recueillement et de détente ; 10 $ (7 €)

Château de Biron : près de Monpazier, château en partie restauré avec excellent audioguide et restaurant ; jusqu’au 22 novembre, exposition d’art contemporain de la Fondation Maeght, dont plusieurs Riopelle (peintures et lithographies) ; 12,50 $ (8,30 €),

Survoler la Dordogne et ses châteaux en montgolfière, au départ de La Roque-Gageac, montgolfiere-du-perigord.com, à partir de 290 $ (195 €).

Écomusée de la noix du Périgord, près de Beynacm, 7,50 $ (5 €)

Assister à deux étapes du tour de France 2017 en Dordogne (10e étape le 10 juillet, Périgueux-Bergerac, 11e étape le 12 juillet, Eymet-Pau).

Château des Milandes, ravissant château d’agrément avec petits jardins à la française restaurés en 2016, où vécu Joséphine Baker et dont les robes sont exposées à l’intérieur du château, 15 $ (11 €)

Périgueux, chef-lieu du département, pour sa cathédrale Saint-Front, qui aurait inspiré le Sacré-Coeur, et son cloître, sa ville médiévale bien restaurée, sa voie verte cycliste (40 km) sur les berges de l’Isle, sa guinguette traditionnelle de Barnabé au bord de l’eau qui vient de rouvrir, flambant neuve et typique.

Visite d’un ancien moulin à noix hydraulique, gratuit,

Visite d’un élevage d’esturgeons à Neuvic et dégustation, 28 $ (19 €). Visite avec cours de maître pour déguster quatre caviars, 110 $ (75 €).
1 commentaire
  • Pierre Asselin - Abonné 10 juillet 2017 20 h 29

    Merveilleuse région !!!

    J'ai des amis dans cette région , les gens sont acceuillants etouverts ,la région est magnifique , les périgourdins ne demandent pas mieux que de faire connaitre leur région occitane