Il était une fois un baron, une belle histoire des Pays-d’en-Haut

Jean-Luc De La Bruère, chef exécutif à l’Estérel Resort
Photo: Boyer - Media Jean-Luc De La Bruère, chef exécutif à l’Estérel Resort

Il est venu, et il est tombé sous le charme de ce qu’il a vu. « Il », c’est le baron belge Louis Empain, fils d’une famille d’aristocrates et héritier d’une fortune colossale. En voyage d’affaires au Québec, monsieur le baron visite la région de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, non loin de Sainte-Adèle, et c’est le coup de foudre.

En juillet 1935, à l’âge de 27 ans, il y achète un vaste territoire pour aménager ce qui allait devenir le Domaine Estérel. Comme il a les moyens de ses ambitions, le natif de Bruxelles confie à l’architecte Antoine Courtens, lauréat du Prix de Rome, rien de moins, la réalisation du complexe récréotouristique de facture Art déco.

L’ambitieux projet comprend un hôtel de 40 chambres, l’hôtel de la Pointe Bleue, qui accueillera ses premiers clients en 1937 ; un centre communautaire doté d’une salle de bal, inaugurée en 1938 par un certain… Benny Goodman ; un centre sportif ; un ski lodge, des chalets en bois rond et jusqu’à un aéroport !

« C’est dans l’un de ces chalets que le grand écrivain belge George Simenon écrira trois romans, dont l’un de ses plus estimés, Trois chambres à Manhattan », précise Pierre Chartrand, membre de la Société d’histoire de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, dans un article publié sur le webzine Histoire et généalogie.

Photo: Estérel Resort Une suite Évolution du complexe hôtelier laurentidien

Appelé sous les drapeaux lors de la Seconde Guerre mondiale, le ressortissant belge sera fait prisonnier par les Allemands.

Et parce qu’on l’a soupçonné, à tort, de collaborer avec les nazis, « ses sociétés au Canada ont toutes été mises sous séquestre en vertu du Règlement relatif au commerce avec l’ennemi », explique Pierre Chartrand. Il liquidera alors tous ses actifs, et c’en sera fait de son rêve.

Héritage d’un visionnaire

Que reste-t-il de l’ancien domaine du baron, baptisé Estérel en l’honneur d’un massif de la Côte d’Azur reconnu pour sa beauté sylvestre ? L’hôtel de la Pointe Bleue a été démoli en 2012. Le centre communautaire fut classé immeuble patrimonial en 2014. Quant au fameux sporting club, il est devenu l’hôtel Estérel à la fin des années 1950.

Et voilà qu’il connaît une nouvelle et double vie depuis 2012. Double parce qu’il réunit, sous le nom d’Estérel Resort, 200 suites avec foyer et cuisinette en deux hôtels-boutiques : Émotion, destiné aux couples, et Évolution, conçu pour les familles, ses suites pouvant accueillir jusqu’à quatre personnes.

Bordé par trois lacs et une forêt, le site est en lui-même de toute beauté. Pour en profiter, un centre d’activités met à la disposition des hôtes kayaks, pontons, raquettes et autres équipements au fil des saisons.

On peut aussi choisir de contempler le lac Dupuis et la nature environnante tout en macérant dans l’un des bassins extérieurs du spa nordique, tout simplement.

Bien au fait qu’un des piliers de tout séjour de villégiature est la gastronomie, l’établissement propose des expériences culinaires diverses dans ses trois restaurants. Mais pour un repas de haut vol, cap sur le bistro à Champlain, où le menu dégustation est composé de six services, chacun servi avec le vin qui lui convient parfaitement.

Le contraire serait étonnant car cette bonne table, qui reprend le nom du restaurant mythique de Sainte-Marguerite, se veut un hommage à son ancien propriétaire, Champlain Charest, un collectionneur de grands crus.

Pour la petite histoire, c’est avec son ami le peintre Jean-Paul Riopelle qu’il avait sauvé de la démolition le magasin général du village — son futur bistro !

Toujours est-il que l’Estérel Resort a acheté un lot de plus de 5000 bouteilles de la collection de l’oenophile — le mot est faible — et aménagé une cave pour héberger les Châteaux d’Yquem et autres Romanée-Conti.

Après nous avoir décliné les plats au menu ce soir-là, notre serveur romantique attira notre attention sur le coucher du soleil sur le lac. Il évoqua la belle époque du sporting club et de ses nageurs, qui s’élançaient du haut d’un plongeoir baptisé « la girafe ».

Et il ne manqua pas d’ajouter avec fierté : « Et savez-vous que notre hôtel a enregistré un taux d’occupation de 100 % l’an dernier ? »

Effectivement, tout le mois d’août. Un rare exploit. Si le baron n’y est pour rien, il n’empêche qu’il avait vu juste quant au potentiel du site !

C’est dans l’un de ces chalets que le grand auteur belge George Simenon écrira trois romans, dont l’un de ses plus estimés, Trois chambres à Manhattan Selon Pierre Chartrand, de la Société d’histoire de Sainte-Marguerite-du-Lac- Masson, des chalets en bois rond faisaient partie du projet initial.