L’esprit de Split

La ville de Split est un labyrinthe à échelle humaine, tantôt à ciel ouvert, tantôt fermé, agrémenté de nombreuses marches et de ruelles étroites.
Photo: Annabelle Caillou Le Devoir La ville de Split est un labyrinthe à échelle humaine, tantôt à ciel ouvert, tantôt fermé, agrémenté de nombreuses marches et de ruelles étroites.

Si les villes européennes ont pour habitude de multiplier les musées pour raconter leur histoire, Split ne compte que quelques petites galeries d’art, le musée archéologique et le musée ethnologique. L’histoire de cette ville croate est plutôt imprégnée dans son architecture et son organisation urbaine. Après tout, pourquoi se souvenir du passé dans un seul musée lorsqu’on peut y consacrer tout un quartier ?

Avec ses 6200 kilomètres de côtes et ses 1244 îles et îlots, la région de la Dalmatie gagne en popularité auprès des voyageurs depuis quelques années. Entourée par la mer Adriatique et accueillant les ruines romaines du palais Dioclétien inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO, Split est la destination préférée des touristes après Dubrovnik.

Son cadre idyllique n’est plus un secret pour personne : une mer bleue cristalline, une vue sur la chaîne de montagnes des Alpes dinariques, un climat méditerranéen avec des températures clémentes, de longues plages de galets blancs et une vie nocturne très animée. Mais Split représente surtout un bijou architectural et patrimonial attirant autant les mordus d’histoire que les visiteurs de passage.

En se baladant dans les rues de la vieille ville, croisant ici et là de grandes places animées, des églises de pierres blanches et de gigantesques colonnes de granit, les voyageurs se trouvent en réalité dans l’ancien palais de l’empereur Dioclétien. C’est l’un des plus importants vestiges romains à travers le monde, qui s’étend sur tout un quartier de Split complètement piétonnier.

Construit entre la fin du IIIe siècle et le début du IVe, le palais de 38 000 mètres carrés constituait la résidence principale de l’empereur. « Au nord, on retrouvait les entrepôts, les ateliers, les logements des soldats et des serviteurs. La partie sud était réservée aux appartements de l’empereur : salle à manger, bibliothèque, chambres et lieux de culte », explique Ivica Juric, guide touristique de Split depuis deux ans.

Photo: Annabelle Caillou Le Devoir Au fil des années, le palais Dioclétien a été transformé en habitations. 

Bien que le palais ait partiellement été détruit par les barbares au XIIe siècle, de nombreux éléments sont restés intacts. La vieille ville s’est même développée à partir de cette forteresse pour mélanger de façon harmonieuse vestiges du passé et modernité du XXIe siècle.

Les appartements du palais se sont ainsi transformés en habitations, le temple et le mausolée ont été convertis en église et en cathédrale, tandis que petits cafés, restaurants et boutiques ont envahi l’enceinte du palais. « Difficile de savoir si le palais se trouve dans la ville ou si la ville est dans le palais », lance Ivica Juric.

Pour y entrer, il faut d’abord trouver l’une des quatre grandes portes situées aux quatre points cardinaux. Une fois à l’intérieur commence une promenade dans un labyrinthe à échelle humaine, tantôt à ciel ouvert, tantôt fermé, agrémenté de nombreuses marches, de ruelles étroites cachant des cafés, des restaurants et des magasins.

Chaque jour, les pas des visiteurs glissent sur les pavés blancs ; il suffit de quelques heures pour faire le tour du palais et retrouver facilement son chemin.

Photo: Annabelle Caillou Le Devoir Construit entre la fin du IIIe et le début du IVe siècles, le palais de 38 000 mètres carrés constituait la résidence principale de l’empereur.

Certains se laissent emporter par les chants a cappella de voix d’hommes qui résonnent entre les murs. « C’est la Klapa, la musique traditionnelle de Croatie ; ça parle surtout d’amour, de la patrie et de la mer sur une touche de nostalgie », précise le guide touristique. La Klapa fait notamment partie du Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2012.

En rejoignant le groupe de chanteurs, impossible de manquer la place publique principale : le Péristyle du palais Dioclétien. Il s’agit d’une cour à ciel ouvert de 35 mètres sur 13 offrant un spectacle architectural : des monuments et des bâtiments de plusieurs styles et d’époques bien différentes s’y côtoient.

La place est bordée de gigantesques colonnes de granit datant de l’Antiquité. Elles supportent des arcades ornées de fresques derrière lesquelles se trouve la cathédrale de Saint-Domnius, construite au Moyen Âge.

Du haut de son clocher, la vue sur la ville est incroyable. Parmi les colonnes se cache un sphinx égyptien vieux de 3500 ans, très bien conservé. Sur un autre côté du Péristyle s’érige le palais Grigono-Cipci, qui remonte quant à lui à la Renaissance.

Photo: Annabelle Caillou Le Devoir L’ancienne mairie a été transformée en un café, le Luxor, dont la terrasse n’est autre que les marches du Péristyle.

Mais cette place est bien plus qu’un trésor patrimonial. L’ancienne mairie qui borde l’un de ses côtés a été transformée, il y a une dizaine d’années, en un café, le Luxor. La terrasse ? Ce sont les marches du Péristyle, recouvertes d’un coussin pour s’asseoir confortablement et de planches de bois en guise de tables. On vient y prendre un café le matin pour profiter des rayons du soleil qui traversent les colonnes.

La nuit tombée, on y boit un verre en écoutant un artiste, différent chaque soir. Certains couples s’aventurent même à improviser des pas de danse au son de douces mélodies, tandis que d’autres poussent quelques notes pour accompagner le chanteur. Une façon de permettre aux Splitois et aux touristes de s’approprier le patrimoine antique de la ville.

Si on tend l’oreille, il est possible d’entendre l’animation venant du marché de fruits et légumes, le Pazar, à quelques pas du Péristyle, en sortant par la porte d’Argent à l’est du palais. Ouvert tous les jours jusqu’à 13 h, ce marché fait partie intégrante de la vie quotidienne des Splitois. Les marchands y vendent légumes, fruits, noix, charcuteries, huiles d’olive et fromages du pays.

Photo: Annabelle Caillou Le Devoir Au marché de fruits et légumes, le Pazar, on s’échange des recettes pour préparer épinards, choux- fleurs et blettes, légumes phares de la région.

Ce qu’on y déniche à petits prix est aussi fascinant que le spectacle qui se déroule sous nos yeux : des locaux marchandent longuement en croate, tandis que d’autres s’échangent des recettes pour préparer épinards, choux-fleurs et blettes, légumes phares de la région. C’est le lieu idéal pour se mêler aux habitants, bien qu’il soit difficile de communiquer avec eux sans parler le croate.

Oubliez la langue « universelle » de Shakespeare et tentez plutôt le langage des signes ; les marchands y sont habitués. À l’opposé, du côté ouest, il existe aussi un marché de poissons frais : picarels, sardines, maquereaux, loups de mer, homards, crustacés… Il y en a pour tous les goûts.

Du côté sud, la porte de Bronze ouvre sur la baie et mène directement sur la Riva, une grande avenue piétonne, noire de monde du matin au soir. Elle propose une balade qui longe le bord de mer semé de palmiers. Certains artisans s’y installent pour vendre leurs oeuvres, tandis que les cafés investissent ses terrasses.

Photo: Annabelle Caillou Le Devoir Depuis les hauteurs du parc Marjan, la vue sur la ville de Split est incroyable, et encore plus au coucher du soleil.

Au-delà des murailles, le charme ne s’estompe pas. Depuis les hauteurs du parc Marjan — qui se prononce Marianne —, la vue sur la ville est magnifique. Il est possible de distinguer parfaitement le palais Dioclétien, la Riva, le port, la cathédrale. Au loin, les montagnes d’un côté et la mer d’un bleu perçant de l’autre, sur laquelle arrivent et partent sans cesse les ferrys vers les îles.

La balade sur la colline, longue de 3,5 kilomètres, large de 1,5 kilomètre et haute de 178 mètres, permet de souffler un peu et d’échapper aux bruits de la ville. Un moment de calme bienvenu pour profiter de la végétation variée, du chant des cigales et des oiseaux, et pour s’enivrer de l’odeur des pins et de la mer. Prenez donc un rafraîchissement au café Vidilica, en haut de la colline, qui offre un panorama unique sur Split au coucher du soleil.

Photo: Annabelle Caillou Le Devoir La chaîne de montagnes des Alpes dinariques ajoute du charme à la ville croate.

Victime de son succès ?

Depuis la fin des années 1990, la Croatie ne cesse d’attirer les voyageurs. Rappelons qu’il a fallu attendre l’éclatement de l’ex-Yougoslavie ainsi que la fin de la guerre civile qui a fortement touché cette partie de l’Europe pour que les touristes commencent à envisager de découvrir ce pays.

En 2016, la Croatie a accueilli pas moins de 13,8 millions de visiteurs étrangers, indique le site officiel du tourisme. Durant la haute saison, les voyageurs affluent surtout sur la côte Adriatique, propice à la baignade. À Split, les bateaux de croisière débarquent de nombreux touristes pour la journée. Un succès qui peut affecter le plaisir de la visite pour certains, et le quotidien pour d’autres. « L’été, c’est parfois difficile de faire traverser l’une des places par un petit groupe tellement il y a de monde, témoigne Ivica Juric. Le tourisme est la première source de richesse ici… malheureusement. »

L'île d'Hvar, coupée du monde

De passage à Split, impossible de ne pas réserver au moins une journée pour se rendre sur l’une des îles proches de la côte. Parmi les plus courues, BracHvar et Vis offrent de spectaculaires paysages montagneux et une atmosphère favorable à la détente et à la baignade.
 
Très (voire trop) populaire en plein été, l’île de Hvar nous a semblé la destination idéale pour un mois d’avril ensoleillé. À peine deux heures de traversier et vous voilà sur une île paradisiaque, coupée du monde.
 
En haut de la forteresse, la vue est digne d’une carte postale : des maisons en pierre aux toits rouges, des montagnes en arrière-plan, des champs d’oliviers et de vignes un peu plus loin, et la mer turquoise à perte de vue.

Promenade dans le parc national Krka

Bien que Split possède un grand parc, certains rechercheront davantage de nature et de grands espaces pendant leur séjour. À une heure de la ville se trouve le parc national Krka. Il s’étend autour de grandes cascades creusées par la rivière du même nom. Une balade d’une heure vous emmène dans la forêt entre cascades, marécages et ruisseaux. On y trouve pas moins de 800 variétés de plantes et 200 espèces d’oiseaux. Sans oublier les poissons et les batraciens que l’on croise en chemin. Pour finir la promenade, rien de mieux qu’un petit plongeon dans le bassin des chutes de Skradinski.

En vrac

Dormir. Chez l’habitant, ça reste la meilleure façon de découvrir Split. Il existe de nombreux logements situés dans le centre-ville et la vieille ville, disponibles sur Airbnb à des prix avantageux.
 
Manger. Le restaurant Buffet Fife, proche du port, au bas de la colline Marjan, est une adresse à ne pas manquer. On y propose des mets typiquement croates, c’est-à-dire une cuisine méditerranéenne avec une influence des Balkans. Le tout est très copieux et à un coût très abordable. À essayer : la salata od hobotnicea (salade de poulpe), les sarmas (choux farcis) ou encore les pržene lignje (calmars frits).
 
Transport. Pour ceux qui ne veulent pas s’encombrer d’une voiture, prendre le bus est un moyen fiable, efficace et vraiment pas cher pour se déplacer dans les environs. Des ferrys vous emmènent tous les jours sur les îles proches de la côte.