Voyager en contribuant à l’économie locale

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
Au Québec, ce qui se rapproche le plus du tourisme durable est le réseau des circuits thématiques agrotouristiques ou patrimoniaux, tels que la Route des vins, le Circuit du paysan ou le Tour gourmand de la Gaspésie.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au Québec, ce qui se rapproche le plus du tourisme durable est le réseau des circuits thématiques agrotouristiques ou patrimoniaux, tels que la Route des vins, le Circuit du paysan ou le Tour gourmand de la Gaspésie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme

Les Nations unies ont proclamé 2017 « Année du tourisme durable pour le développement ». Or, tant pour l’industrie que pour les voyageurs, il reste encore bien du travail à faire pour prétendre pratiquer un tourisme durable, qui non seulement serait respectueux de l’environnement, mais qui tiendrait aussi compte de ses impacts sur les communautés et sur l’économie locale.

Tourisme durable, écotourisme, tourisme environnemental : ces termes prêtent à confusion pour les profanes, et même au sein de l’industrie touristique, qui confond ces modes de gestion avec des produits touristiques et leur marketing.

Le terme « écotourisme », plutôt galvaudé, a donné lieu à des abus de l’industrie, alors qu’on a apposé cette étiquette à des produits et des destinations sans tenir compte de l’aspect environnemental et des impacts de l’activité touristique sur les milieux naturels concernés.

« L’écotourisme devrait, en principe, être un mode de gestion soucieux de l’environnement, mais on se rend compte, finalement, que l’industrie en a fait un produit et que le prétendu écotourisme a davantage abusé des écosystèmes qu’il a permis d’en profiter. Il y a des écosystèmes, comme les îles Galápagos, qui subissent des dommages parce que les touristes ont un comportement nuisible et trop agressif envers la faune », explique Alain A. Grenier, professeur en tourisme de nature et développement durable et directeur du programme de maîtrise en développement du tourisme à l’ESG-UQAM.

Population locale et culture

Le tourisme dit environnemental est un mode de gestion qui tient compte de l’empreinte écologique des activités touristiques de façon à la réduire au maximum. Il ne doit pas être confondu avec le tourisme durable, qui, pour sa part, englobe aussi les grands principes du développement durable tels que définis dans le rapport Brundtland en 1987. En plus de l’environnement, le tourisme durable doit aussi tenir compte des populations locales et de leurs cultures.

« On reproche au tourisme traditionnel, dit “de masse”, d’avoir des impacts sur les cultures et les populations. Le tourisme devrait avoir des retombées économiques pour les communautés, mais trop souvent les modèles d’affaires font en sorte que les communautés d’accueil voient à peine les bénéfices auxquels elles seraient en droit de s’attendre. Dans le cas des tout-compris, notamment, ce sont souvent des entreprises de l’extérieur qui empochent le gros des profits. »

La définition de l’ONU du tourisme durable est « un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil ».

Pour Alain A. Grenier, cette définition est toutefois problématique parce qu’elle mentionne que l’on doit répondre aux besoins des visiteurs.

« Quand on satisfait les besoins des visiteurs, il n’y a pas de limites, dit-il. Les touristes veulent toujours aller plus loin, obtenir plus. Il faut qu’il y ait des limites. Ce qu’on espère, c’est qu’avec le tourisme durable, qui est basé sur des principes assez simples, les choses deviendront plus claires et que l’industrie en tiendra compte. Le fait que l’ONU en ait fait le thème de 2017 représente une occasion pour passer le message à l’industrie. Un tourisme qui se veut durable doit avoir des retombées pour l’économie locale, premièrement par l’emploi. Et il faut s’assurer que cette main-d’oeuvre ait des conditions de travail acceptables. Pour y arriver, il faudra que le visiteur accepte de payer plus pour ses voyages car, quand on a des forfaits à très bon prix, cela veut dire que quelqu’un d’autre, quelque part, en paie le prix. »

Les touristes veulent toujours aller plus loin, obtenir plus. Il faut qu'il y ait des limites.

 

Sortir des sentiers battus

Au Québec, ce qui se rapproche le plus du tourisme durable est le réseau des circuits thématiques agrotouristiques ou patrimoniaux, tels que la Route des vins, le Circuit du paysan ou le Tour gourmand de la Gaspésie.

« On fait du tourisme durable, au Québec, quand on sort un peu des sentiers battus, qu’on va dans les communautés, qu’on essaie les produits locaux. Il n’y a pas de géants de l’industrie qui sont impliqués, on visite plutôt des entreprises familiales qui embauchent des gens de la communauté et qui vendent des produits locaux. Les bénéfices économiques restent alors dans la région. Le tourisme de terroir, agricole, est excellent dans ce sens, pourtant, si vous demandez à ces gens s’ils font du tourisme durable, ils n’en sont pas nécessairement conscients. »

Toutefois, on n’a pas calculé l’empreinte écologique de ce genre d’activités, en tenant compte des types d’agriculture pratiqués ou des impacts du transport. « Il est possible, par exemple, que des pesticides soient utilisés à certains endroits pour un produit agricole. Si l’on se rendait vraiment jusqu’au bout du concept, on tiendrait aussi compte de cela. »

L’impact sur les communautés est aussi important que celui sur l’environnement.

« Le fait que l’ONU en ait fait le thème de 2017 représente une occasion pour passer le message à l’industrie. Un tourisme qui se veut durable doit avoir des retombées pour l’économie locale, premièrement par l’emploi. […] Pour y arriver, il faudra que le visiteur accepte de payer plus pour ses voyages car, quand on a des forfaits à très bon prix, cela veut dire que quelqu’un d’autre, quelque part, en paie le prix. »