Taïwan, la terre de toutes les intrigues

Des touristes devant une église en forme de... soulier, à Chiayi City. La «bâtisse» fait 55 pieds de hauteur sur 36 de largeur. Le public peut voir l’extérieur jusqu’à ce qu’elle soit officiellement ouverte en février 2018, avant la Nouvelle Année lunaire.
Photo: Agence France-Presse Des touristes devant une église en forme de... soulier, à Chiayi City. La «bâtisse» fait 55 pieds de hauteur sur 36 de largeur. Le public peut voir l’extérieur jusqu’à ce qu’elle soit officiellement ouverte en février 2018, avant la Nouvelle Année lunaire.

Taïwan. Que sait-on de cette île ? Presque rien. On la croit chinoise, elle ne l’a pas toujours été. Les aborigènes de Taïwan étaient en fait tournés vers le Pacifique, et non vers la Chine. Ils parlaient la langue polynésienne la plus « nordique » du Pacifique. Leurs us et coutumes étaient liés à ceux des autochtones des Philippines et des autres îles du Pacifique Sud.

En 1895, l’impérialisme chinois est remplacé, jusqu’en 1945, par l’impérialisme japonais qui, étonnamment, a laissé un souvenir plutôt bon, de solides infrastructures et l’art de bien faire le sushi à Taïwan. Cette île est, en fait, tout au sud du très long archipel japonais.

Dans un monde de destinations bien connues, Taïwan représente un savoureux mystère. La découverte y demeure un grand plaisir. Pas vraiment chinoise à l’origine, une fraction de Taïwan est devenue plus chinoise que la Chine, par la préservation acharnée de la culture chinoise prérévolutionnaire pratiquée par les descendants des immigrants forcés de 1949 — ceux qui fuyaient les troupes de Mao Zedong.

Ces fidèles de Tchang Kaï-chek ont apporté nombre des plus grands trésors artistiques de l’Empire du Milieu, exposés au Musée national du palais à Taipei. En 1949, ils emmènent aussi à Taïwan une forte proportion des meilleurs chefs cuisiniers de plusieurs provinces de la Chine. Il en résulte aujourd’hui un concentré de grandes traditions culinaires dans une île fertile, semi-tropicale, qui a à peu près la taille du petit État du Maryland. Tout y pousse, s’élève ou se pêche.

Les Taïwanais sont donc dépositaires de la culture de l’Empire du Milieu tout en ayant des racines historiques cadrées hors de la Chine continentale. Hélas, l’identité actuelle de Taïwan se forge sur l’enclume de l’abandon et de la frustration. Depuis que le monde reconnaît la Chine communiste, Taïwan et sa population sont laissées à elles-mêmes, ballottées dans la peur, à la merci des négociations et des humeurs des Chinois et des Américains. Les politologues taïwanais jugent que l’ère Trump pourrait être positive pour eux, car les Chinois devront se montrer magnanimes pour ne pas défier le président américain dans ce théâtre politique délicat.

Les touristes qui visitent l’île sont récompensés par des expériences de voyage inattendues, dans les villes et surtout dans le sud du pays au littoral sauvage et accidenté. La fusion des cultures millénaires chinoise, japonaise et panpacifique crée des lieux magiques, tels ces cimetières en bord de mer accueillant des sépultures de plusieurs confessions.

Comme tant d’îles, Taïwan a été un pion souvent remué sur l’échiquier politique de puissances continentales. Sur le plan touristique, elle mérite de sortir de l’ombre et d’être reconnue à sa juste valeur par les globe-trotters pour son climat, sa nature, sa culture et sa gastronomie.