L’ensorceleuse Martinique

Le paysage depuis la plage de l’hôtel Bakoua, à la pointe du Bout, aux Trois-Îlets
Photo: Hélène Clément Le paysage depuis la plage de l’hôtel Bakoua, à la pointe du Bout, aux Trois-Îlets

J’adore la Martinique. Je suis tombée dans la potion en 1997 à l’occasion d’un voyage de presse. Depuis, j’ai eu la chance de visiter des dizaines d’autres îles sur le globe, aussi jolies, animées, fascinantes et authentiques que l’île aux fleurs, mais la Martinique demeure mon coup de coeur.

Le charme a opéré illico en descendant de l’avion. Était-ce la magie du soleil, les mornes à l’horizon, l’odeur de terre humide et de fleurs que charroient les alizés jusque sur le tarmac de l’aéroport Aimé-Césaire, l’heureuse indolence des douaniers ? Qu’importe, j’ai été ensorcelée.

Malgré la petite taille de l’île, je me plais à y revenir encore et encore, sans pour autant revivre deux fois la même expérience. J’ai connu les joyeux bals de village les jours de fête et les tristes veillées mortuaires. La pêche aux écrevisses de nuit et les conseils de commune.

Photo: Hélène Clément Un stand de poulet boucané en bord de route, à Sainte-Marie

J’aime cette île, où la relation avec l’autre semble plus importante que tout. On ne se contente pas ici de sourire pour affaires. Un sourire est un vrai sourire. Et si vous respectez le rythme de l’endroit, on vous invite facilement pour un ti-punch, un repas en famille, un zouk.

Je ne rêvais pas des Antilles il y a 20 ans. Ni d’aucune autre destination dite « soleil ». Je ne voyais que des hôtels. J’y allais donc avec la promesse de découvrir un côté différent de sa vocation balnéaire. Après tout, il y avait bien sûr cette île française une vie au-delà des plages.

J’ai été servie. En participant, en 1998, au premier grand raid de l’île, le « Tchimbe raid », qui d’ailleurs célébrera ses 20 ans les 5 et 6 mai prochains. La Fédération martiniquaise de la montagne souhaitait me faire découvrir cinq des grands sentiers de randonnée de l’île.

Une petite Suisse

Là où j’ai dormi ce soir-là, le ravissant village fleuri de Fonds-Saint-Denis, sur le flanc des pitons du Carbet, à 500 mètres, n’avait rien du turquoise des catalogues d’agences de voyages qui mettent l’accent sur les jolies plages, mais tout d’une petite Suisse martiniquaise.

Il n’y avait donc pas que des plages de sable blanc sur l’île aux fleurs, plutôt une histoire, un patrimoine, un peuple, une agriculture, des cascades, des rivières et un tourisme vert fabuleux.

J’aime la facilité de voyager sur l’île en toute quiétude, sans harcèlement aucun. Et pouvoir trouver dépaysement et exotisme dans la langue de Molière. Puis, on y mange bien. Et l’île invite à toutes les aventures. La voiture est le meilleur moyen de s’offrir un panorama complet des paysages maritimes, montagnards et exotiques sur fond de canne à sucre et de bananeraies.

Le jardin créole

J’aime travailler dans les champs avec les agriculteurs, qui se font un plaisir de vous initier au jardin créole. Et on peut tous le faire, en particulier si on opte pour la formule « Dormir chez l’habitant ». En Martinique, on va en vacances et on en revient avec des amis. Unique aussi !

J’adore le coucher du soleil dans la mer des Caraïbes. La trame sonore change d’un coup. Au chant des oiseaux se mêle le coassement des grenouilles, qui répandent inlassablement leur musique sur l’île entière. Sérénade ! C’est à présent l’heure du ti-punch, du zouk et de la biguine.

Il y aurait tant à dire encore… de Fort-de-France avec ses rues tracées au cordeau par les premiers colons ; de Saint-Pierre et sa rade à l’ombre de la montagne Pelée ; de Sainte-Marie et son tombolo ; de Basse-Pointe et ses vagues à faire damner les surfeurs ; de Sainte-Anne et ses baies rêveuses. Rhum agricole, poulet boucané, colombo d’agneau et glaces coco en sus !