Voyage en ski dans l’histoire (3/5) — La Malbaie, un patrimoine à préserver

Un exemple de préservation du patrimoine bâti dans le village voisin de La Malbaie, le magasin «Chez Urbain», à Baie-Saint-Paul
Photo: Nathalie Mongeau Un exemple de préservation du patrimoine bâti dans le village voisin de La Malbaie, le magasin «Chez Urbain», à Baie-Saint-Paul

C’est à partir de Gaspé, que Jacques Cartier a foulé lors de son premier voyage, que l’équipe de la Traversée de la Gaspésie a décidé, pour son 15e anniversaire et pour le 375e anniversaire de Montréal, de lancer son périple en ski à travers le Québec. Comme Cartier découvrant le Canada, les skieurs voyageront de Gaspé à Montréal. Troisième d’une série de cinq articles.

En 1608, Samuel de Champlain, en route vers Québec, donne son nom à la Malle-bay, ou mauvaise baie, cette baie de Charlevoix qui s’assèche à marée basse et où des navires s’échouent. Quatre siècles plus tard, la ville de la Malbaie a gardé son nom de mauvais augure.

En janvier 2016, le président de la Société d’histoire de Charlevoix. Serge Gauthier, écrivait un texte dans Le Devoir intitulé « La Malbaie, ville martyre ». Le patrimoine bâti de cette ville, qui a attiré l’attention de richissimes villégiateurs à travers les siècles, est compromis sous les grues des démolisseurs, écrivait-il. Pourtant, dans la ville voisine de Baie-Saint-Paul, de beaux projets ont vu le jour, comme la restauration du magasin général chez Urbain, désormais point d’attraction de la ville, dit-il en entrevue.

Au premier chef, Serge Gauthier s’indignait du projet de destruction de la forge Riverin, où des générations de forgerons se sont succédé. Le dernier du nom, Louis Riverin, a confectionné des oeuvres d’art qui ont été remises à nul autre que Jean-Paul II ou la reine Élizabeth II, grâce entre autres aux bons soins de la riche famille Desmarais, qui possède un domaine au village voisin de Sagard.

N’eût été la campagne de la Société d’histoire de Charlevoix, qui en assure désormais la gestion, la forge Riverin ne serait plus qu’un souvenir, puisque le maire de la municipalité, Michel Couturier, n’y voyait pas d’intérêt. Cet automne, l’hôtel Saint-Étienne est d’ailleurs passé sous les pics des démolisseurs. L’hôtel de ville de La Malbaie, qui datait de 1958, a disparu il y a un an. Quant au manoir seigneurial, il ne fait plus partie du paysage depuis les années 1960.

Il est pourtant intéressant de savoir qu’au pays d’Alexis le Trotteur et de Laure Conan, c’est un Écossais, qui avait d’ailleurs combattu aux côtés de Wolfe sur les plaines d’Abraham, qui a été seigneur. Cette seigneurie a d’ailleurs été préservée jusque dans les années 1960, selon M. Gauthier. « La fille du dernier seigneur en avait hérité, mais elle vivait en Colombie-Britannique. Elle venait encore l’été. […] Et il y avait d’ailleurs encore des gens qui payaient leur tribut au seigneur, par respect de la tradition », dit M. Gauthier.

De riches touristes américains

Mais Charlevoix, et plus particulièrement la ville de La Malbaie, s’est développé comme destination touristique au XIXe siècle, avec les croisières du Saguenay qui ramenait des visiteurs des villes américaines.

« À l’époque, c’était un peu ce que sont aujourd’hui les croisières en Alaska, raconte M. Gauthier. Les Américains arrivaient de villes polluées et où il faisait chaud. Ici, l’air était pur. »

De riches Américains se font alors construire de belles maisons à La Malbaie, sur le boulevard des Falaises. C’est le début d’une villégiature de luxe. Plus récemment, la famille Cabot, passionnée d’horticulture, a aménagé sur son terrain des jardins qui sont reconnus comme étant parmi les plus beaux en Amérique du Nord, et qui sont ouverts au public quelques jours par année… Quant aux Desmarais, on dit qu’ils ont accueilli dans leur domaine de Sagard les deux présidents Bush, l’ancien président Nicolas Sarkozy et même Donald Trump, avant son accession à la présidence.

Mais la population de La Malbaie ne peut pas dépendre uniquement de ces revenus saisonniers pour vivre. Dans le passé, La Malbaie a vécu d’agriculture, de la construction de bateaux et des pâtes et papiers.

Encore aujourd’hui, c’est sur le papier produit par l’usine voisine de Clermont que le New York Times est imprimé. Mais le papier, on le sait, est une industrie en déclin, et rien ne dit que le New York Times, ni aucun autre journal d’ailleurs, ne se lira pas un jour exclusivement en format numérique. Selon M. Gauthier, l’industrie papetière n’emploie plus que quelque 100 ou 150 personnes dans la région, alors que, dans les bonnes années, elle pouvait générer 500 ou 700 emplois.

Sur les hauteurs de Pointe-au-Pic, le célèbre Manoir Richelieu a été construit en 1899, avant d’être reconstruit à la suite d’un incendie en 1929. On se souvient que, durant les années 1980, l’homme d’affaires Raymond Malenfant avait acheté le Manoir au gouvernement du Québec, mais refusé de reconnaître le syndicat des employés en place depuis 10 ans. Le conflit a pris de l’ampleur et atteint son apogée lorsque le mari d’une gréviste est mort au cours d’un affrontement avec un policier de la Sûreté du Québec.

Depuis, l’hôtel profite des abords du Casino de Charlevoix et est géré conjointement par Loto-Québec, le Fonds de solidarité de la Fédération des travailleurs du Québec et le Canadien Pacifique.

Mais le manoir a perdu dans le conflit une partie de sa réputation. Selon plusieurs, il a aussi perdu de son lustre, et n’attire plus la clientèle d’élite d’autrefois.