Le nouveau Cuba des longs séjours

Depuis un peu plus d'un an, le tourisme cubain a ouvert une nouvelle niche parmi sa panoplie de forfaits offerts sur l'île en forme de crocodile : le créneau des longs séjours. Il est aujourd'hui possible de rester six mois, hiver comme été, en bord de mer, avec La Havane comme point de mire culturel. Le but : attirer à Cuba, pendant plusieurs semaines, les personnes à la retraite qui déserteraient la Floride. De Miami à La Havane, c'est toutefois le dollar américain qui domine.

J'ai rencontré Castro devant sa villa, tranquillement installé sur une chaise. Il lorgnait du côté de la mer qui léchait comme chaque jour les onze kilomètres de sable fin qui s'offrent à lui. La mer, il l'entend tous les soirs, confortablement allongé dans sa chambre, au premier. Il parle à la lune, aux étoiles et à la mer pour mieux rêver, pour s'endormir dans les bras de l'univers.

Pendant notre rencontre, qui fut de courte durée, de nombreuses personnes sont venues le saluer. Le respect dû au patriarche. Castro vit quelque peu de ses souvenirs, mais pense surtout au présent et à l'avenir. Son avenir, ce sont les prochaines heures qui le feront aller au marché local pour y acheter du filet mignon, du cabri, des oeufs, des tomates, de la salade, des épices, des bananes, des oranges, des pamplemousses, des mangues et un poulet qu'il a commandé la semaine dernière.

Nous sommes à Cuba, à la villa Armonia Tarara, un village de villas datant des années 50, aujourd'hui reconverties en espaces d'accueil convivial pour les longs séjours. Et Castro ? C'est le nom de famille d'un Québécois d'origine hispano-pied-noir qui passe chaque année trois mois de sa vie dans cette villa. Il invite des amis et ses enfants à venir y passer quelques jours. J'ai compris qu'il a mené une carrière d'ingénieur au Québec, qu'il a eu un condo en Floride, puis un pied-à-terre au Venezuela, pour découvrir un jour Cuba et la villa Tarara.

Entre la culture de la plage et celle de La Havane, c'est ici, sur la Playa del Este. Et il ne jure que par les bienfaits de l'endroit, de ses nombreux services, de l'amabilité des femmes de ménage qui viennent chaque matin faire les lits et donner de l'époussetage, de son filet mignon hebdomadaire au marché rempli de fruits et légumes, de la bouillabaisse qu'il prépare, des expositions à La Havane, des services médicaux exceptionnels disponibles 24 heures sur 24 sans liste d'attente, des 30-minutes de massage gratuit aux 15 jours et de l'accès à Internet gratuit 15 minutes par jour, et par villa. Castro est intarissable : il connaît toutes les ficelles de l'endroit.

C'est vrai que le lieu est charmant. Une enfilade de villas aux couleurs pastel, un village en bord de plage, avec un magasin général qui regorge de produits de consommation courante, une cave à vins à grande tendance espagnole, des produits cosmétiques, une boutique pour développer les photos en une, deux, trois ou dix heures, un gym accompagné d'un centre de massothérapie, algo, physio, presso, etc. À l'entrée du village, la boulangerie Au Pain de Paris offre pâtisseries et pains de toutes sortes et la livraison à la villa.

On peut aller jusqu'à la marina pour faire une excursion en bateau sur la rivière Tarara ou se profiler un voyage de pêche sur l'océan. Une aire de pratique pour le golf, des vélos pour chaque villa ainsi que des kayaks et catamarans sont mis à disponibilité. Tout cela entouré de Cubains et de Cubaines qui deviennent très vite des amis ou des complices. Pour trouver de la langouste, pour ne pas acheter du poisson sur la plage (barracuda ou mérou), pour connaître le dernier livre primé à la Fête du livre... Étonnant, mais vrai. Castro avait raison.

Pour la petite histoire, Tarara a été construite dans les années 50 pour les riches Havanais en mal de villégiature balnéaire, c'est vous dire combien les villas sont impressionnantes (cuisines aménagées, télé satellite, grandes chambres, salons immenses, air conditionné). Reprises par la Révolution, elles ont servi il y a quelques années pour recevoir les enfants de Tchernobyl (20 000), les soigner et leur faire respirer de l'air iodé, c'est vous dire à quel point l'air est pur.

Deux kilomètres plus loin, à Santa Maria del Mar, les appartements Las Terrazas sont dans une bâtisse assez robuste et offrent les mêmes services en bord de plage (un massage sur la place est offert à 15 $ US pour 45 minutes). Ici, également, l'ambiance est familiale.

Tout le monde se connaît très vite et il y a une sorte de fratrie balnéaire qui se forme autour de la piscine ou dans les bacs à sable. Les appartements sont un peu plus rigides et moins grands que les intérieurs de Tarara mais offrent des balcons avec vue sur la mer ou les jardins. Quelques animations le soir et de nombreuses excursions sont offertes du côté de La Havane ou de Pinar del Rio. C'est un peu l'ambiance d'une auberge, avec aussi de jolis échanges entre les touristes, les femmes de ménage, les préposés à la culture locale.

L'aventure du long séjour cubain peut se poursuivre à Varadero mais je ne comprends pas totalement l'intérêt de rester si longtemps dans ce village qui est devenu une véritable ville mégatouristique avec dauphins dans l'eau et dauphines en bord de criques. Les appartements Mar del Sul sont proposés à l'intérieur de bâtiments ouverts également à la clientèle du tout-inclus. C'est-à-dire qu'en arrivant, il faut commander ses assiettes, ses fourchettes, sa grillette. Alouette ! Bye bue la sérénité.

Il y a foule autour de la piscine et il faut se battre pour avoir une place à l'ombre. Entre les tout-inclus bruyants versés sur l'éthylisme de rigueur et l'initiation à la bossa nova, le personnel est neutre. On fait son boulot, un point c'est tout. Les animations nocturnes sont sans envergure et les petits-déjeuners offerts (café bizarre et jus plus que bizarres) ne sont pas là pour rehausser cet éden du très ordinaire.

Il faut revenir à La Havane. Ce soir, on donne Gisèle et une symphonie de Mozart. Gabriel Garcia Marquez va commencer un atelier d'écriture au Centre international du cinéma. La Foire du livre tire à sa fin. Tout cela à 30 minutes de Playa del Este.

Au petit marché près de Tarara, j'ai acheté quelques bananes, un ananas et des mangues... Chez le boucher, il y a du poulet. Et du filet mignon.

Castro avait raison...

En vrac

- Vols vers La Havane au départ de Montréal avec Cubana (quatre heures). Pour ceux qui croient encore aux Illiouchine, il faudrait peut-être essayer les Airbus de la compagnie cubaine qui ont le mérite de donner un espace confortable entre les sièges. Repas excellent en classe affaires et en classe touristes. Personnel souriant et un tantinet joueur : tirage est organisé entre les passagers avec une mise de 1 $. Bouteilles de rhum et cigares sont les lots convoités. (514) 871-1222, www.cubana.ca.

- Villa Armonia Tarara (chaîne Cubanacan). À partir de 60 $ US la villa par nuit. www.villatarara.com.

- Las Terrazas à Santa Maria del Mar : à partir de 50 $ US l'appartement de deux chambres à coucher. http://www.horizontes.cu/hotels/38.htm.

- Mar del Sul à Varadero : à partir de 84 $ US l'appartement de deux chambres à coucher. http://www.horizontes.cu/hotels/38.htm.

- Restos sympas à Las Terrazas : El Ranchon et Pizza Pepe

- Resto supersympa à Varadero, au coin de la 32e et de la 1re Avenue : El Idyllio.

- Pour de bons guides francophones à La Havane : Mercedes Molina Soto, (537) 260-9773, et Ludwig de la compagnie San Cristobal. Cette dernière gère également des hôtels de charme dans la vieille ville (Valencia, San Miguel, Beltran de Santa Cruz... ) et aussi des restaurants (Jardin del Eden, Don Ricardo, Bodegon Onda... ) et peut organiser des séjours à caractère culturel (architecture, littérature, cinéma) ainsi que des fêtes allant du très rural au grand tralala. (537) 861-9171, www.viajessancristobal.cu.

- Visas de 90 jours renouvelables sur place (25 $). (514) 843-8897, www.embacuba.ca.

- Office de tourisme de Cuba : (514) 875-8004. www.gocuba.ca.