L’autopartage de véhicules entre particuliers

«[Turo fait] le pari que, dans quelques années, il sera tout à fait naturel de partager sa voiture», avance son directeur au Canada, Cédric Mathieu.
Photo: iStock «[Turo fait] le pari que, dans quelques années, il sera tout à fait naturel de partager sa voiture», avance son directeur au Canada, Cédric Mathieu.

Né à San Francisco en 2009 et offert au pays depuis le printemps dernier, le service de partage d’autos entre particuliers Turo fait le pari qu’on préférerait gagner de l’argent plutôt que de laisser dormir sa Honda dans la rue. Et ça gaze, selon Cédric Mathieu, directeur de Turo Canada. Entrevue.

Comment est née l’idée de Turo ?

D’un constat sans appel. À l’heure actuelle, les voitures passent plus de 95 % de leur « vie » sur un parking ou dans un garage. Dans le monde, cela représente des centaines de milliards de dollars d’actifs, des actifs se dépréciant à une vitesse folle (une voiture perd déjà une bonne partie de sa valeur au moment où elle quitte le concessionnaire automobile) et occasionnant, malgré leur faible utilisation, beaucoup de frais à leurs propriétaires (assurances, entretien, etc.).

Turo résout ce problème en proposant aux gens de transformer leur voiture en machine à gagner de l’argent.

Ne faites-vous pas face à une certaine réticence de la part des propriétaires ? Après tout, partager sa voiture ne va pas de soi.

L’idée de laisser les clés de son auto à un inconnu est un concept encore relativement nouveau, et il est vrai qu’il y avait au début un certain frein « psychologique ». Mais il n’y a pas si longtemps, il paraissait encore saugrenu de laisser un inconnu dormir chez soi…

Au cours des cinq dernières années, la croissance de l’économie du partage a changé la donne et bouleversé les comportements des consommateurs. Turo s’inscrit dans cette tendance et nous faisons le pari que, dans quelques années, il sera tout à fait naturel de partager sa voiture.

À l'heure actuelle, les voitures passent plus de 95% de leur "vie" sur un parking ou dans un garage

 

Depuis notre lancement au pays [en avril dernier], plus de 100 000 Canadiens se sont inscrits sur Turo et des milliers d’entre eux y ont inscrit leur(s) voiture(s). Aujourd’hui, le Québec est la province la plus dynamique de toutes, et Montréal arrive en tête avec plusieurs centaines de voitures disponibles dans la ville et aux alentours.

Quel est le profil sociodémographique des utilisateurs du service ?

Cela va de l’aîné aux revenus limités qui voit en Turo un excellent moyen d’arrondir ses fins de mois au quadragénaire urbain plutôt aisé pour qui Turo est un passeport vers l’achat d’une voiture qui le fait rêver, en passant par l’étudiant qui utilise le service pour gagner de l’argent tout en se concentrant sur ses études.

Les gains moyens mensuels sont estimés à 500 $, mais combien en coûte-t-il pour annoncer sa voiture sur Turo et quel est le pourcentage de la commission ?

Il n’y a aucuns frais d’inscription. Nous prélevons une commission qui représente 25 % du prix [de location] affiché sur le site.

Le fait d’inscrire sa voiture sur Turo entraîne-t-il une hausse du coût de la prime d’assurance-automobile ?

Non, il n’y a aucune répercussion financière. Comme l’assurance est incluse dans chaque réservation, celle du propriétaire n’est jamais en cause et il n’y a donc aucune raison pour que sa prime personnelle augmente.

Nous avons négocié des ententes avec de nombreuses compagnies d’assurances au Canada et au Québec (Intact, Belairdirect, La Capitale, L’Unique, SSQauto, Industrielle Alliance) pour que leurs assurés puissent participer à Turo sans encombres.

Quels sont les avantages de louer un véhicule par l’entremise de Turo plutôt que par une agence de location automobile traditionnelle ?

Trois grands facteurs poussent les gens à louer une voiture sur Turo plutôt que dans une agence. Le premier est le prix. Comme nos propriétaires de voiture n’ont pas à assumer les coûts associés à une activité de location traditionnelle, ils peuvent proposer des prix en moyenne de 30 % moins élevés que les agences.

Le deuxième facteur est le choix de véhicules disponibles. Sur Turo, on est très loin de l’expérience proposée par les agences, qui cantonnent le consommateur à une « catégorie » de véhicule, sans aucune garantie de modèle ni de marque. Qui, aujourd’hui, arrive à s’identifier à la catégorie « compacte » ou « économie » d’une agence traditionnelle ? Qui ne s’est jamais demandé si la voiture qu’on nous a donnée au comptoir de location correspond effectivement à la catégorie demandée ?

Si vous achetez un article sur Amazon, il vous paraît évident que vous allez recevoir cet article précis, et non un article « similaire ». Pourquoi, alors, accepter l’expérience que proposent les agences de location traditionnelles ? Turo étant la seule solution de rechange, voilà pourquoi tant de personnes se mettent à l’utiliser : ils ont la garantie de conduire la voiture qu’ils souhaitent pour l’occasion, et au budget voulu.

Troisièmement, l’expérience Turo est plus personnelle. La voiture que vous louez d’un particulier a un caractère et une histoire, tout comme son propriétaire. Cela donne une dimension humaine à l’expérience. Je ne me souviens d’aucune des voitures que j’ai louées dans des agences traditionnelles, mais j’ai un souvenir très précis de toutes celles que j’ai louées sur Turo, et cela change tout.

Quels sont les types de véhicules les plus populaires?

De façon générale, les voitures difficiles à trouver ou qui sont chères dans les agences traditionnelles (minifourgonnettes, Smart, BMW, Mercedes, etc.) sont particulièrement réclamées.

C’est généralement le point d’entrée pour beaucoup de nos utilisateurs, qui utilisent ensuite Turo pour tous leurs besoins de location. Il est très difficile de revenir à la location traditionnelle lorsqu’on a utilisé Turo !