Les multiples visages de Saint-Martin

maison de la france
Photo: maison de la france

Cela ressemblait vaguement à une gentille arnaque. À quelques mètres de notre hôtel, une jeune femme, jolie sous le chaud soleil, nous a demandé d'arrêter l'auto. Elle nous a proposé illico de participer à un concours qui « ne vous obligera en rien ». Nous n'avions qu'à gratter ce qui ressemblait à un billet de loto. « Bravo, madame ! s'écria-t-elle avec un bel accent hexagonal. Vous avez trois 7. Vous gagnez le jack-pot. Bravo ! Ce sera 500 $US, une vidéocaméra dernier cri ou un séjour d'une semaine pour quatre personnes dans un tout nouvel hôtel d'Oyster Bay. » Évidemment, pour toucher le prix en question, il nous fallait accepter une visite guidée d'au moins 90 minutes dudit établissement spécialisé dans le time sharing (prononcé à la française... ), fournir notre pedigree et tout le tralala. Non, madame, merci !

Pour beaucoup de vacanciers, la petite île antillaise de Saint-Martin/Sint Maarten représente une forme de gros lot. Partagée entre la France et les Pays-Bas, assidûment fréquentée par des bateaux de croisière qui déversent chaque jour, en hiver, des milliers de passagers dans la longue rue commerçante de Philipsburg d'appartenance hollandaise, elle semble un éden où l'on peut acheter hors taxes jusqu'à plus soif et flamber son argent dans une vingtaine de casinos.

Tout en bénéficiant à sa façon de la manne touristique, le versant français se distingue par une absence de ces maisons de jeu, une américanisation moins poussée, une présence commerçante plus discrète. Sans compter les restaurants, à Grand-Case notamment, vers lesquels affluent les visiteurs. Réputation qui n'est pas surfaite, car on y mange fort bien — mais un peu cher — partout, même chez les lolos qui servent ribs et langoustes grillées en plein air, près de la marina à Marigot, ou dans des endroits bon enfant comme Les 13 Travaux d'Hercule à Cul-de-Sac, où nous avons goûté des lambis, un vivaneau et une crème au coco absolument délicieux.

C'est pourquoi, afin d'éviter mauvaises surprises ou dépenses inconsidérées, il est préférable, lors d'un premier séjour, d'opter pour un forfait et de louer sur place un véhicule. L'île n'est pas grande et les chemins, somme toute, peu nombreux... des deux côtés de la frontière. Attention : il y a beaucoup de virages, des côtes, parfois abruptes, des nids-de-poule — ce que connaissent les Montréalais... — et des embouteillages — ce qu'ils connaissent aussi.

Si l'on sait éviter les heures de pointe — eh oui ! —, la découverte de l'île constituera un agréable complément au bronzage recto verso. De toute façon, les plages ne manquent pas et, comme elles sont toutes publiques, personne ne vous en interdira l'accès. Aux noms évocateurs, tels Petites-Cayes, baie aux Prunes, plage des Amoureux, Maho Beach, Le Galion, îlet Pinel, elles étalent leur sable doux au pied de vagues déferlantes sur l'Atlantique ou paresseuses sur la mer des Caraïbes. En certains cas, les admirateurs de coraux et du monde sous-marin sont bien servis.

Quant à elle, la longue plage de la baie Orientale, encore déserte voici quelques années, est devenue, rien de moins, le « Saint-Tropez des Antilles ». Autrement dit un endroit renommé et recherché. Qu'elle soit prisée des naturistes y a contribué. Il faudrait être difficile pour ne pas apprécier son ample arc-de-cercle qui s'ouvre sur le levant, surtout le matin quand le soleil amorce sa course.

À vrai dire, cette île est étonnante. Non seulement est-elle à la fois française et néerlandaise mais ses habitants, qui sont plus de 70 000, ont l'anglais pour première langue, fruit d'un voisinage historique avec Anguilla, d'héritage britannique. Avouez qu'un tel phénomène, à Saint-Martin, qui appartient au département d'outre-mer de la Guadeloupe, n'est pas chose courante...

À quitter les plages quelques heures par jour, Saint-Martin se révèle peu à peu. La Ferme aux papillons en fournit un exemple : on y côtoie, dans un habitacle aménagé comme une volière, des papillons bleus du Brésil, des monarques aux ailes noires et des espèces indigènes à l'île. La nature ambiante prend alors un autre visage.

Impression identique au sommet du pic Paradis, non loin de Colombier, plus haut sommet de l'île qui culmine à 424 mètres. À l'aller ou au retour, faites un arrêt à la Lottery Farm. Vous y rencontrerez sûrement B. J., un Californien, ex-champion de surf, qui est tombé un jour en amour avec ce milieu. Résultat : il a loué à long terme cette vaste propriété où il essaie de vivre son « rêve », celui de « redonner sa place à la nature » et d'y développer l'écotourisme. Ce qu'il vous explique dans un français que d'aucuns envieraient...

Patrimoine

L'île possède peu de monuments historiques. Mais trois lieux valent une halte :

- Construit en pierre volcanique et achevé en 1789, le fort Saint-Louis (% 05 90 29 22 84) domine la baie de Marigot. Ses canons se sont tus en 1820 et aujourd'hui, le fort est l'endroit le plus visité de l'île. Ça se comprend : la vue y est superbe.

- À Grand-Case se retrouve une concentration de maisons d'architecture créole que le temps n'a pas trop abîmées. Quelques-unes abritent des restaurants de belle venue.

- Pasanggrahan veut dire « auberge » en indonésien. Cette ancienne demeure du gouverneur de la partie néerlandaise est le plus vieil hôtel de Philipsburg et de toute l'île. Il offre, dans un décor authentique, le charme d'un passé révolu.

Circuits

- Présentée par une carte couleurs pliée en accordéon disponible gratuitement, la Route des peintres et des galeries (www.st-martin-artgalleries.com) parcourt l'île... sans égard, bien sûr, aux frontières. Une cinquantaine d'artistes et d'établissements y sont répertoriés.

- Sur le littoral, au fond des vallons ou encore sur les hauteurs, plus de 40 kilomètres d'itinéraires pédestres s'inscrivent dans la foulée des sentiers qu'ont jadis tracés les premiers occupants. Ils ont chacun leur nom : Grand-Fond, Anse Marcel, Pointe Arago, Puits de l'Éden, Ravine de Rambaud, Tintamarre, etc. À faire seul ou en randonnée guidée (Authentic French Tours, Olivier Borensztein, Dutch Hicking Club).

- Tous les dimanches, dès 10 h, l'agence Jabiru (% 05 90 29 15 95, jabiru@powerantilles.com) organise des excursions au coeur de l'île en des « lieux non touristiques » pour favoriser la découverte de l'« identité culturelle locale ». Au programme : gospels, combats de coqs, rencontres de peintres ou de musiciens.

Autres îles

Saba, Anguilla, St.Eustatius sont autant d'îles voisines à découvrir depuis Saint-Martin. Plusieurs fois par jour, des services de navette aérienne ou maritime les relient. Saint-Barthélémy, dite Saint-Barth, peuplée de descendants de pêcheurs bretons, s'est transformée en lieu de rendez-vous du jet set.

Forfaits

Le grossiste Vacances Air Transat propose plusieurs forfaits. L'un d'eux à Saint-Martin (à partir de 2260$ par semaine pour deux personnes en occupation double sur le côté mer jusqu'à la mi-mars — les prix baissent ensuite jusqu'à la fin d'avril), inclut l'hébergement et la restauration à l'hôtel Mont Vernon (réparti en pavillons et coté trois étoiles) sur la baie Orientale, les transferts, la location d'une voiture pendant jours et quatre repas dans des restaurants de Grand-Case et de Marigot. Il constitue un heureux compromis entre le tout-compris et l'autonomie de la découverte individuelle.

En vrac

- Le climat est tropical et les températures, qui atteignent facilement 30 ºC, peuvent être ardues à supporter à l'intérieur de l'île, à l'abri de la brise de mer. Un lainage peut être utile le soir.

- Si le courant est de 110 volts du côté hollandais, il est de 220 à Saint-Martin. Prévoyez un adaptateur.

- L'euro et le florin antillais sont les monnaies officielles mais le dollar américain est accepté partout, parfois en parité avec l'euro.

- Dessalinisée, l'eau est partout potable. Et précieuse. Nombreuses sont les affiches qui incitent tout un chacun à en faire un usage modéré.

- Comme les taxis, le téléphone est prohibitif, même à l'intérieur de l'île. Mieux vaut utiliser les services de Canada Direct pour appeler chez vous. Avant de monter dans un taxi, assurez-vous du prix avec le chauffeur. Mieux vaut prendre les autobus locaux, moins chers, ou encore louer une voiture.

- Vous ne vous sentez pas bien ? Communiquez avec la réception de votre hôtel qui vous mettra en relation avec un médecin ou l'un des deux hôpitaux de l'île. Tous les médecins parlent anglais et plusieurs se débrouillent en français. N'oubliez pas d'avoir un reçu si vous voulez être remboursé au retour.

- Les pourboires sont à votre discrétion.

- Saint-Martin appartient au même fuseau horaire que les provinces de l'Atlantique. Le décalage est donc d'une heure.

Renseignements

-n Office de tourisme de Saint-Martin, route de Sandy Ground, Marigot, Saint-Martin, % (590) 5 90 87 57 21/87 56 43, www.st-martin.org, info@st-martin.org.

- La Ferme aux Papillons, Quartier d'Orléans, % 05 90 87 31 21/05 99 544-3 562 F, info@thebutterflyfarm.com.

- Lottery Farm, % 05 90 87 86 16.

- 13 Travaux d'Hercule, Cul-de-Sac, % 05 90 87 43 32.