Le tour du monde - Stéphan Tremblay : un député dans un siège de pilote

Il l'avoue lui-même : le député Stéphan Tremblay n'est pas un voyageur invétéré. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a de la graine d'aventurier chez ce pilote de brousse de formation. Survol d'une passion qui n'est pas sans rapprochements avec la politique.

Quand il était (plus) jeune, il a séjourné deux mois au Guatemala et trimardé dans les Amériques. Du temps où il était député bloquiste, il a posé le pied au Myanmar, au Chili, en Afrique du Sud, un peu partout en Europe et fort souvent dans le ROC (rest of Canada), il va sans dire. Mais aujourd'hui, il passe le plus clair de ses temps libres au Lac-Saint-Jean, à canoter, pêcher, faire du cerf-volant de traction ou... survoler le Québec dans son petit hydravion Beaver.

Ce n'est pas d'hier que Stéphan Tremblay affiche un penchant pour la navigation aérienne. « À la maison, on a toujours parlé aviation : mon père avait un avion et mon frère était pilote de ligne. » C'était donc écrit en traces blanches dans le ciel que l'autre fiston resterait dans le même sillage.

Avant même de suivre ses cours de conduite automobile, Stéphan Tremblay se faisait la main sur l'avion de son père. Après avoir eu son premier brevet de pilote à 16 ans, il est devenu capitaine d'un Beaver d'Expéditair — une entreprise fondée par son paternel — pour ensuite transporter des pêcheurs et des chasseurs dans le Nord québécois, alors qu'il n'avait que... 19 ans. « Quand ils me voyaient, je devais parfois mentir sur mon âge pour les rassurer ! », précise le plus jeune député québécois, qui a aujourd'hui 30 ans.

S'il rêvait jadis d'être pilote de ligne, il a finalement opté pour la forêt, les lacs et les rivières du Québec. « Je me suis dit que c'était la meilleure façon d'apprendre : les pilotes de brousse québécois et canadiens sont très bien formés car ils évoluent dans des conditions difficiles, et ce, durant les quatre saisons. Et puis, être pilote de ligne, ça veut surtout dire décoller et atterrir, mais entre les deux, c'est plate... »

À ce titre, ce que Stéphan Tremblay apprécie le plus n'est pas tant la Terre vue du ciel que l'adrénaline du décollage et de l'atterrissage. « C'est là que tu sens vraiment l'avion sur tes cuisses ! » Pas surprenant que cet amateur de corde raide irait volontiers en Irak et en Israël pour « voir les pays de la guerre et vivre le stress des conflits », et qu'il s'accommode bien des situations qui vous font claquer des genoux.

L'aventure, c'est l'aventure

« En brousse, tu voles à vue et tu ne peux donc pas naviguer dans l'obscurité. Un jour qu'il se faisait tard, j'avais le choix entre passer la nuit sur un lac ou rentrer à la maison, ce que j'ai fait. Quand vint le temps de me poser, il faisait un noir d'encre mais j'ai quand même décidé d'amerrir en ne me fiant qu'à l'altimètre et à la hauteur des lumières des maisons, le long d'une rivière. Inutile de dire que, lorsque j'ai fini par sentir l'eau sous les flotteurs, ce fut le soulagement... »

L'été dernier, la sortie d'échappement de son Beaver a craché des flammes pendant qu'il prenait de la vitesse pour décoller. « C'était la première fois en 1000 heures de vol que je sortais l'extincteur », raconte celui qui était alors accompagné d'une amie, devenue sa douce depuis. « J'ai vu qu'elle savait garder son sang-froid, alors j'ai compris que c'était une femme pour moi », badine-t-il.

C'est cependant à l'époque où il faisait la navette entre sa base et les pourvoiries qu'il a le plus souvent essuyé des sueurs froides. « Les pêcheurs et les chasseurs viennent souvent de loin et ils réservent leur place longtemps à l'avance. Alors, le jour du départ, ils veulent partir, beau temps, mauvais temps, ce qui donne régulièrement des situations de stress, surtout quand un lac est court et que tes flotteurs calent parce qu'en plus des passagers tu ramènes des carcasses de caribou. »

Ce fut le cas un de ces jours où les conditions météorologiques, quoique clémentes, ont failli jouer contre lui. « Il faisait très chaud et tout de suite après le décollage, j'ai dû composer avec un down draft [courant descendant] : l'avion ne levait plus et refusait de grimper. J'étais sûr de me planter ; pour absorber le choc et minimiser les dégâts, je m'étais préparé à atterrir sur la tête des arbres. Puis, à la dernière minute, j'ai vu une rivière et j'ai piqué du nez pour aller chercher de la vitesse et ensuite remonter.

«Pendant tout ce temps-là, j'ai continué de faire semblant que tout allait bien, pour que personne ne panique à bord. C'est d'ailleurs la grande différence entre un pilote de brousse et un pilote de ligne, avec qui les passagers n'ont pas de contact. Et puis, il y a aussi de bons parallèles à établir avec la politique : dans les deux cas, tu dois toujours rester calme et ne jamais te montrer inquiet, même quant tout va mal. »

Bref, si les voyages forment la jeunesse, il semble que le pilotage de brousse prépare quiconque aspire à faire carrière comme député. « Comme je l'ai souvent dit, je suis passé de la brousse à la jungle en entrant en politique. Et aujourd'hui, ce sont surtout des dossiers que je pilote. »

On pourrait ajouter que, dans un cas comme dans l'autre, il faut toujours savoir jusqu'où pousser la machine et connaître le point de non-retour ; quand le plafond est bas, mieux vaut faire du rase-mottes. Et en tout état de cause, on doit être capable de virer de bord et de naviguer à vue, au risque de s'écraser... Fort heureusement, le seul siège éjectable que Stéphan Tremblay ait jamais actionné est celui de son ex-comté fédéral.

Cela dit, le député péquiste n'a pas tout à fait enterré ses vieux rêves de pilote de ligne. Un jour, peut-être, si la chance lui est offerte, il préférerait cependant passer aux commandes d'un hélicoptère, idéalement pour la Sûreté du Québec... À moins qu'on ne lui propose de jouer les pompiers du ciel sur un CL-215, ou de faire de l'acrobatie aérienne, son ultime fantasme.

Tiens, ça aussi, ça peut s'apparenter à la politique...