L’Algarve: voyage au bout du bout de l’Europe

Une des magnifiques plages de la côte déchiquetée du Barlavento de l’Algarve, entre Albufeira et Cabo Sao Vincente. Des sites aux formations géologiques parmi les plus spectaculaires au monde.
Photo: Hélène Clément Le Devoir Une des magnifiques plages de la côte déchiquetée du Barlavento de l’Algarve, entre Albufeira et Cabo Sao Vincente. Des sites aux formations géologiques parmi les plus spectaculaires au monde.

Une capitale chargée d’histoire, une campagne parsemée de villages, des plages bordées de rochers sculptés par l’érosion, des grottes marines, des criques aux eaux turquoise, des pinèdes… Puis l’immense gentillesse des Portugais, le fado qui fait couler quelques larmes, les petits ports de pêche, les palourdes et la morue en cataplana, la marmite locale, et un climat sans égal. «Bem-vindo» en Algarve, cet ancien royaume maure tourné vers la mer.

Il y a l’Algarve de l’arrière-pays, loin des grands centres touristiques, où poussent, à l’ombre des serras et des villages blanchis à la chaux, figuiers, amandiers, orangers, oliviers, arbousiers, chênes-lièges…

Et il y a l’Algarve de bord de mer, la riviera, avec ses terrains de golf à profusion et ses stations balnéaires bâties autour de plages idylliques, entre falaises et rochers.

Une centaine de plages étalées sur quelque 200 kilomètres, dont plus d’une soixantaine bénéficient de la certification environnementale « Drapeau bleu », le label attribué aux plus belles et aux plus propres.

Aussi, des plages qui appartiennent au projet « Plages accessibles pour tous », dont le but est de fournir un accès facile aux personnes à mobilité réduite.

Dans ces deux Algarves, il y a tellement à voir que si on loge sur le littoral, on vous vante l’arrière-pays avec ses terres cultivées façon ancestrale — l’un des jardins les plus prospères du monde méditerranéen.

Et si on loge à la campagne, eh bien, on fait tout pour vous envoyer à la mer, naviguer face au spectacle saisissant des falaises, des grottes et des criques, entre Lagos et Albufeira. Ou randonner sur les hauteurs du cap Saint-Vincent, au sud-ouest du pays. Giro !

C’est d’ailleurs sur ce cap dénudé, entouré dans trois directions par l’Atlantique, que se termine l’Europe. À la merci du vent qui fouette les visages, du claquement des vagues, du cri des mouettes et du phare qui se dresse, isolé, sur une falaise de 80 mètres de haut. Étourdissant !

Un site qui prend aux tripes — à voir incontestablement au coucher du soleil, surtout si l’on appartient au genre romantique. Ce fameux cap, classé Réserve naturelle depuis 1988, a été vanté par bien des écrivains pour sa beauté tragique, dont le poète portugais Fernando Pessoa.

À six kilomètres se trouve la forteresse de Sagres avec sa rose des vents de 40 mètres de diamètre. C’est sa situation qui fait la force de ce bastion. Une balade de deux kilomètres, ponctuée de panneaux d’interprétation, expose l’histoire, la faune et la flore du site.

On raconte que c’est de la pointe de ce cap d’un kilomètre de long et de 300 mètres de large qu’Henri le Navigateur aurait dirigé l’organisation d’explorations outremer avec l’aide de géographes, d’astronomes, de cartographes… Ce prince portugais y aurait fondé l’école de Sagres.

Selon un mythe toujours entretenu, les navigateurs Cabral, Vasco de Gama et Magellan y auraient étudié avant de s’embarquer pour les côtes d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud. « Sagres était la dernière halte avant d’affronter le large, explique notre guide Ana. À l’écart des principales routes marchandes, coincé entre l’Espagne et l’Atlantique, le Portugal n’avait d’autres issues que la mer pour prendre de l’expansion. De l’autre côté, il y avait l’or et les épices. »

Écotourisme au sud du Sud

On en prend déjà plein la rétine au moment de la descente d’avion vers l’aéroport international de Faro. Lagunes, marais et îlots tiennent la vedette. Le dégradé de couleurs sur la mer varie du jade à l’émeraude. Des coloris qui préludent un écosystème d’une grande quintessence. Il s’agit sûrement de la Ria Formosa dont les guides touristiques font tous référence.

Cet univers protégé de labyrinthes, de canaux, d’îles et de marécages — un peu à l’image de la Camargue, en France —, qu’on peut parcourir en bateau traditionnel de pêcheur, attire quelque 30 000 oiseaux venus jouer à la cachette dans les dunes. Ornithologues… à vos lunettes d’approche !

« La Ria Formosa, protégée de l’Atlantique par cinq îles-barrières qui offrent de belles plages, s’inscrit dans un corridor de migration d’oiseaux, explique Ana. Dernière chance pour ces ovipares ailés en route vers le sud de se reposer, de nidifier ou d’hiverner en territoire européen. »

Avec un peu de suite dans les idées, on pourrait admirer la poule sultane, le fuligule milouin, le canard sifflard, le courlis cendré, la barge rouge, les flamants, bécasses, crécerelles…

Au coeur de la réserve niche une petite exploitation qui produit de façon artisanale du sel de mer de grande qualité et de la fleur de sel. « Nous avons des conditions climatiques parfaites avec un été long et sec, précise Ana. Ce qui favorise une grande production de sel marin blanc, gros, moyen ou fin, qui sera conditionné en sacs de 25 kilos et expédié vers les marchés européens. »

Le parc propose aussi la visite d’un élevage de chiens d’eau portugais, une race ancienne qui a bien failli disparaître lors du déclin de la pêche au pays. Ce chien aux pattes palmées, utilisé pour ramener les filets, surveiller les requins et distribuer les messages entre les caravelles au temps de l’âge d’or des Découvertes, serait apparu quelques siècles avant Jésus-Christ.

Une race vedette aussi depuis que les Obama ont adopté Bo comme animal domestique à la Maison-Blanche, pour ses qualités hypoallergènes, une de leurs filles étant allergique aux poils. Cela dit, 60 % de la production de coquillages à se mettre sous la dent au Portugal proviendrait aussi de cet espace protégé depuis 1978, devenu parc naturel en 1987. Faro, capitale de l’Algarve, se trouve en bordure de cette zone lagunaire de quelque 60 kilomètres de long où tentent de cohabiter activités économiques et écologiques, sous l’oeil soigneux du parc national.

Une journée à Faro

Les touristes s’arrêtent peu à Faro, trop pressés de prendre possession de leur véhicule de location dès l’aéroport pour rouler vers des destinations plus balnéaires. Dommage ! Car, si le séisme de novembre 1755 n’a finalement laissé que peu de vestiges — quelques ruines romaines au nord de la cité —, la capitale de l’Algarve mérite qu’on y consacre au moins une journée.

Pas besoin de voiture au centre de Faro : mieux vaut circuler à pied. Le Museo regional de Algarve, consacré aux arts et traditions populaires, est une initiation aux us et coutumes du pays. Un secteur du musée mène, via un parcours culturel, à travers les 13 communes de l’Algarve, l’autre expose objets domestiques, outils agricoles, céramiques, métiers à tisser…

À noter aussi dans ce musée : la collection de photos illustrant les techniques de travail dans les marais salants et la récolte du liège dans les années 1950, les reconstitutions d’intérieurs et les mannequins en costume qui donnent un aperçu des modes de vie en bordure de mer et dans l’arrière-pays, puis la spectaculaire maquette de la madrague qui permettait de capturer le thon.

La Cidade Velha, la vieille ville qui jouxte la marina, est charmante. On y déambule sur des pavés noirs, gris, roses, artistiquement disposés de part et d’autre de dessins géométriques. Et si les façades des maisons semblent souvent laissées pour compte, tout est d’une grande propreté.

Une partie de la ville est nichée dans un fort qui fait bloc avec la mer. Trois portes donnent accès à la Cidade Velha, dont l’arco da Vila, un exemple de l’architecture néoclassique du début XIXe siècle. On se fait l’oeil sur les maisons bourgeoises qui bordent la rua do Municipio menant au largo da Sé, la cathédrale à l’origine bâtie sur l’ancien forum romain. Reconstruite après le séisme, elle est à la fois gothique, renaissance et baroque. Les cigognes en apprécient les lieux.

Au marché de Loulé

Le samedi, c’est jour de marché à Loulé, petite ville de l’arrière-pays, à 17 kilomètres au nord de Faro. Il y a le grand marché municipal installé dans un bâtiment d’inspiration mauresque, qui date de 1908 et où l’on pratique encore la vente du poisson à la criée. Et le marché fermier où s’installent, le samedi seulement, les agriculteurs venus des serras pour vendre légumes, fruits, fromages, miels, amandes, oranges, citrons, olives, haricots blancs…

En fait, animé par une tradition artisanale qui remonte aux Maures, ce mégamarché attire tous les commerçants de l’Algarve. On y trouve de tout : des gâteaux à la figue, des sardines en chocolat, des chapeaux et des sacs à main en liège, de la poterie, de la dentelle, des bijoux en maille en or filigrane… Et le titrage de l’or au Portugal est de 19,2 carats, le plus haut en Europe.

Et si vous ne l’avez pas encore fait, c’est-à-dire perdre votre temps à la portugaise, Loulé s’y prête bien. En butinant d’un artisan à l’autre, en s’asseyant sur un banc pour écouter un accordéoniste, en flemmardant à l’ombre d’un chêne, en regardant fleurir un bougainvillier ou en dégustant un bica — nom donné par les Portugais à leur café — ou un jus d’orange frais. Et sachez que, dans ce pays où le moindre signe d’impatience provoque un ralentissement exponentiel des événements et risque d’attirer les foudres, inutile d’aller plus vite que le violon. Paciência, donc !

En vrac

S’y rendre. Air Transat offrira du 24 janvier à la fin d’avril 2017 un vol direct Montréal-Faro, via Toronto à l’aller et direct Faro-Montréal au retour. Le transporteur offre aussi des combos vol-hôtel à Faro, à Albufeira, à Lagos et à Portimao. À cette époque de l’année, en Algarve, les amandiers sont en fleurs et les températures de jour oscillent entre 17 et 22 °C.

 

Où dormir. L’hôtellerie algarvienne ne se limite pas à ses grands complexes de bord de mer. Il y a aussi les hôtels de charme installés dans d’anciennes maisons de maître. Pour les Relais Châteaux, pensez à réserver car ils sont populaires. Une liste actualisée à visitportugal.com. Les pousadas historicas design de charme et les pousadas natureza, installées dans la nature. Les manoirs, gentilhommières, maisons rustiques, fermes au coeur d’exploitations agricoles : leurs propriétaires vous parleront avec passion de leur région. Il y a aussi les auberges de jeunesse et les stations thermales.

 

Puis le Club Med Da Balaia à Albufeira, un quatre-tridents situé sur des falaises qui surplombent l’Atlantique. Présent depuis 1985, ce village bénéficie depuis 2009 d’une montée en gamme. Ses programmes pour enfants dès l’âge de deux ans — et garderie à partir de quatre mois — attirent les familles. Et sa gastronomie somptueuse composée de produits locaux préparés à la portugaise charme les gourmets. Le village propose aussi une panoplie d’excursions en mer, dans l’arrière-pays, les parcs naturels, à Faro…

 

Il est également un bon point de chute pour les golfeurs, joueurs de tennis et randonneurs (tous les matins est organisée une randonnée de 1 à 17 kilomètres). Et il y a quelques semaines, un nouvel espace zen avec une piscine écologique à eau douce — la première du Club Med en Europe — y a été inauguré sur un terrain parsemé de pins maritimes. Pour adultes seulement.

 

Quelques bonnes adresses. Découvrir en bateau le parc national Ria Formosa. Pour une belle vue sur Faro, sa marina et la Ria Formosa, l’hôtel Faro. Pour un repas aux sardines, crustacés et poissons frais : chez Vivmar, situé à côté du quai de la Porto do Mar. Ce restaurant est aussi une association de pêcheurs de crustacés de la Ria Formosa. 351 916 145 586.

 

À lire pour préparer son voyage : Fabuleux Portugal, chez Ulysse, et le Guide bleu Portugal, chez Hachette.

 

Notre journaliste était l’invitée du Club Med.