La Corse grandeur nature

Dans le nord de l’île, coincé entre le cap Corse et la Balagne, le désert des Agriates s’étire dans sa splendeur rocailleuse sous le chaud soleil estival. Pour les amateurs de plein air, c’est l’occasion d’enfourcher un vélo tout-terrain et de le découvrir par les sentiers sablonneux tracés par les 4x4. Tout au bout du trajet, la plage est largement méritée.
Photo: Florence Sara G. Ferraris le devoir Dans le nord de l’île, coincé entre le cap Corse et la Balagne, le désert des Agriates s’étire dans sa splendeur rocailleuse sous le chaud soleil estival. Pour les amateurs de plein air, c’est l’occasion d’enfourcher un vélo tout-terrain et de le découvrir par les sentiers sablonneux tracés par les 4x4. Tout au bout du trajet, la plage est largement méritée.

La Corse ressemble à s’y méprendre à un joyau verdoyant déposé au coeur de la Méditerranée. Entre les dédales escarpés des canyons rocailleux, les randonnées vertigineuses, les balades à vélo sur fond désertique et les excursions marines, cette île française est un petit paradis pour les amateurs de plein air. Tour d’horizon.

On découvre d’abord la Corse par le nez. Les yeux fermés, le visage tendu, on hume l’air où se mêlent les effluves de miel et de romarin. Les deux pieds dans le maquis, ce couvert végétal caractéristique des régions méditerranéennes, on va à la rencontre de l’île de Beauté les sens aux aguets. Tout autour, la végétation luxuriante prend ses aises, rappelant aux voyageurs qu’en ces lieux, la nature fait encore la loi.

Ici, l’amoureux des grands espaces et des paysages à couper le souffle est servi. Au détour de ses routes sinueuses coincées entre terre et mer, la Corse s’offre à qui sait la prendre.

À Farinole, petite bourgade accrochée à flanc de montagne dans le nord de l’île, le voyageur la découvre au gré des vagues sous les rayons brûlants du soleil estival. Dans cette baie tranquille, les amateurs de sports nautiques peuvent louer kayak et planche de surf pour quelques sous. On longe ensuite le littoral escarpé, le regard perdu à l’horizon, entre deux coups de pagaie.

Plus au sud, à l’intérieur des terres, le massif de Bavella s’élance vers le ciel. Chaque année, ce sont plus de 700 000 personnes qui convergent vers les aiguilles rocheuses de cette imposante chaîne de montagnes dont la réputation n’est plus à faire. Randonneurs novices et chevronnés trouvent leur compte au gré des dizaines de sentiers qui sillonnent les alentours du massif.

À une centaine de kilomètres de là, au centre de l’île, se cachent les gorges de la Restonica, autre joyau chéri des amateurs de balades en montagne. Classée « grand site national » depuis 1985, cette vallée verdoyante — qui porte le nom de la rivière qui la traverse — promet aux voyageurs des heures de montées escarpées sur sentiers rocailleux en plein coeur du maquis corse.

Du désert à la mer

On dit que se trouvent en Corse les plus belles plages de France. Mouillées par la Méditerranée, au rythme des vagues qui viennent s’y échouer paresseusement, ces étendues de sable s’étirent tout le long des côtes. Et si certaines sont facilement accessibles en voiture, d’autres se laissent désirer. C’est le cas de Saleccia avec son kilomètre de beauté où le sable blanc se perd dans la vaste étendue d’eau turquoise. Ici, la mer et le ciel ne font plus qu’un, au grand bonheur des amateurs de plongée en apnée et autres explorateurs marins.

Cette plage, accessible par bateau depuis la baie de Saint-Florent, peut également être rejointe à vélo via les tracés rocailleux réservés aux véhicules tout-terrain. Le départ se fait à Casta, situé en hauteur à une douzaine de kilomètres de Saint-Florent. De là, il faut compter environ une heure de descentes abruptes (et de quelques remontées) au coeur des Agriates, un improbable désert coincé entre l’élancé cap Corse et la Balagne.

Au pied des voyageurs qui ont opté pour la balade à vélo, la petite région désertique s’étire, étouffante, sous le chaud soleil de juillet. Ici, rien ne laisse présager que tout au bout se cache l’une des plus belles plages du pays. À noter, tout de même, que le retour se fait en 4x4, ce qui devrait en rassurer quelques-uns.

Avis aux voyageurs : si les rares splendeurs de Saleccia justifient le détour pendant les premiers mois de la saison estivale, il vaut mieux les éviter lorsque la vraie saison touristique prend son envol. « Quand j’étais plus jeune, personne ne venait ici, lance Sabine, qui promène les touristes à travers le désert des Agriates à bord de son vieux véhicule tout-terrain. Il y avait bien quelques “locaux”, deux, trois vaches aussi, peut-être, mais c’est tout. Aujourd’hui, dès les dernières semaines de juillet, c’est noir de monde ! Les gens se marchent littéralement dessus. »

Mais, malgré la horde de touristes qui envahissent la Corse chaque année — on estime qu’ils sont plus de sept millions —, les autorités locales s’attellent tant bien que mal à préserver les vastes étendues naturelles qui font le charme de la région. Le cap Corse, par exemple, est protégé depuis cet été par un nouveau décret faisant de ce secteur la sixième réserve naturelle de l’île.

Rien n’empêche toutefois les visiteurs de sortir des sentiers battus ; il suffit de le faire avec respect et discernement. Et ces incartades valent souvent la peine : de belles surprises attendent les curieux au détour. Comme ces piscines naturelles cachées aux limites d’un sentier en bordure de route ou ces hameaux improbables accrochés à flanc de montagne, à quelques kilomètres des sommets.

Au coeur du canyon

Et pour ceux qu’attirent les balades hors sentiers et autres sensations fortes, il y a toujours l’option du canyoning, cette randonnée à contre-courant qui combine marche en forêt, escalade et baignade. Aux quatre coins de l’île, on retrouve des dizaines de canyons où se faufilent des rivières limpides, de quoi satisfaire tous les types d’aventuriers.

La balade s’amorce tout en douceur, par une légère ascension, pour rejoindre un point surélevé du cours d’eau. Suffit ensuite d’enfiler une combinaison étanche et de suivre le guide (et ses quelques instructions). S’enchaînent alors les bassins d’eau claire, les chutes cristallines et les toboggans naturels. Et pour les plus frileux que les hauteurs rebutent, il est toujours possible de contourner certains obstacles ou d’effectuer les rappels d’escalade assis plutôt que debout.

Corse plurielle

Il y a donc la Corse des plages qu’on connaît bien et qui orne les couvertures colorées des guides touristiques. Mais il y a aussi celle des montagnes, des forêts luxuriantes où se côtoient les figuiers gigantesques, les châtaigniers en fleur et les lauriers qui embaument l’air. Celle-là se vit à l’ombre des grands arbres, au son enveloppant des insectes bourdonnants, le dos légèrement voûté à force de monter.

Et il y a la Corse des villages et des marines perchées qui s’égrènent le long de la route zigzagante du cap Corse. À Centuri, par exemple, à l’extrême limite septentrionale de la région, elle se dévoile plutôt en douceur, à mesure que l’astre solaire s’enfonce dans l’eau claire. Au couchant, la Corse a un goût de sel et de vin. Elle se fait enivrante, se pose enfin.

Moins courue des touristes, cette région, qui loge dans l’extrême nord de l’île, pareille à un doigt d’honneur au reste du monde, gagnerait pourtant à être privilégiée l’été. Légèrement moins humide et surtout plus tranquille, loin du tumulte des centres urbains, elle offre aux voyageurs ce que la Corse leur a promis : un havre de paix naturel, un peu à l’abri du monde.

En vrac

S’y rendre. Il n’existe pas de vol direct vers la Corse depuis Montréal. De nombreux vols internes en partance de Paris et de Nice sont toutefois offerts quotidiennement pour ceux qui choisissent la voie des airs. Pour les autres, des dessertes maritimes effectuent plusieurs voyages chaque jour. Assurez-vous cependant d’avoir réservé votre place pour être certain de pouvoir embarquer à bord.

Se loger. En ville, on privilégie les chambres d’hôtes, souvent moins chères et plus sympathiques que les hôtels. Pour les amateurs de camping, de nombreux secteurs leur sont réservés, tant en milieu montagneux qu’aux abords des villes. Le camping sauvage est toutefois largement prohibé par souci de protection de la faune et de la flore locales.

Se déplacer. Pour profiter de la Corse dans tous ses détours, la voiture devient rapidement un incontournable. On trouve les grandes enseignes dans les plus grandes villes, mais il faut alors être prêt à allonger quelques billets. À noter qu’il est tout de même possible, bien que moins facile, de se déplacer en transport collectif sur l’île.

Mise en garde. Coincées entre falaise escarpée et montagne rocailleuse, les routes corses sont particulièrement étroites et sinueuses dans certains secteurs et les légers accrochages sont monnaie courante. Avant de prendre le volant, assurez-vous d’avoir une bonne assurance (la plupart des entreprises de location en proposent). Sur la route, on ralentit et on garde en tête que quelqu’un peut surgir droit devant à chaque tournant.

Liens pratiques. Plaisirs aquatiques à Farinole, balade à vélo en plein coeur du désert des Agriates, canyoning en rivière.