Clin d'oeil - D'un carnaval à l'autre

Le mois de février est cette période de licence joyeuse où les règles de la vie normale sont temporairement arrêtées en période de carnaval. Les touristes qui y assistent et qui y participent sont sûrs de vivre une explosion des sens. Celles et ceux qui le fabriquent depuis des lustres sont sûrs de se faire exploser les sens. Entre les deux : la barrière du mystique, du tragique, du lyrique, du comique, du... cosmétique.

À Venise, on se souhaite chaque année quelques millimètres de neige pour que des centaines de Casanova sans âge et des milliers de marquises, fleuries, défraîchies ou rafraîchies puissent glisser sur une fine poudreuse. Dans l'humidité de la ville, à travers les ponts qui se succèdent, les ombres et les silhouettes dans la nuit sont autant de personnages animés du même souci. Y jouer son rôle jusqu'au bout.

De l'hôtel au Florian, des bals de la place Saint-Marc à une fête intime dans l'un des hôtels particuliers de la Sérénissime, chaque masque de carnaval a sa sensibilité, son histoire, sa névrose. On y déguise certains pitous, seuls les chats et les pigeons se retiennent pour ne pas rire... Mais c'est aussi, peut-être, un masque.

Cette année, le thème est l'Orient. Il y aura fêtes chinoises et japonaises, masques et ombres, et toujours une place réservée aux enfants.

Pour celles et ceux que la foule transcende : celui de Rio n'est plus à présenter. On se cale dans un fauteuil dans le sambodrome ou on essaie de trouver un appartement au balcon généreux dans les débuts de l'avenida Marquês de Sapucai, là où les écoles de samba défilent chaque année.

Pour encore plus de bruit avec des camions sonorisés et des formes musicales différentes : celui de Bahia.

Pour plus de sensibilités négroïdes : celui de Recife. Mais partout au Brésil, il faut être prêt. Prêt à courtiser l'allégresse et à flirter avec la folie des sens. Ici aussi, on y joue un rôle. Celui de disgracier l'espace de quelques jours, les disgrâces d'une vie ou d'une condition.

Autre folie momentanée, celle qui gagne La Nouvelle-Orléans et ses alentours pour des défilés où se concentrent des centaines de chars allégoriques qui lancent des colliers de perles par milliers, des macarons, des plumes et des bébelles que seuls les Américains savent apprécier. Dans le French Quarter, c'est une ambiance fin de siècle sur Bourbon Street. Pour des colliers et des pintes de bières, les féminités font montre de leur buste, quelquefois de leur callipyge, avec des dizaines de mâles à l'haleine fétide et aux gestes besogneux qui s'énervent tout autour.

Pour plus de candeur mais autant de colliers : les défilés de La Fayette, Bâton Rouge et Houma sont plus indiqués. En s'enfonçant dans la Louisiane profonde, on constate de plus en plus la présence négroïde. Un peu plus blues, mais avec autant de paillettes. L'ustensile à ne pas oublier est le sac poubelle...

Pour des géants qui racontent des histoires : celui de Binche, en Belgique.

Pour des courses de crêpes : celui d'Olney, en Angleterre.

Pour des enfants qui prennent le contrôle de la ville : celui de Saint-Vincent, dans la vallée d'Aoste, en Italie.

Pour le carnaval le plus long, c'est en Guyane que ça se passe.

Partout, des débordements sensitifs.

Comme une grande thérapie de groupe. Organisée.

- Carnaval de Venise : jusqu'au 24 février, http://www.carnevale.venezia.it/index_eng.html

- Carnavals de Rio, Recife, Salvador : jusqu'au 28 février, http://www2.topdobrasil.com.br/carnaval/carnaval3desf1.asp

- Carnaval de La Nouvelle-Orléans : jusqu'au 24 février, http://www.mardigras.com/

- Carnaval de Guyane : jusqu'au 5 mars, http://www.carnaval.gf/