Au musée chez les Abénakis

La maquette du fort. En 2011, des excavations ont permis de localiser le fort d’Odanak, érigé pour repousser les offensives des Iroquois et des Britanniques.
Photo: Carolyne Parent La maquette du fort. En 2011, des excavations ont permis de localiser le fort d’Odanak, érigé pour repousser les offensives des Iroquois et des Britanniques.

On connaît bien l’intérêt qu’ont nos cousins français de passage au Québec pour le séjour sous le tipi et le steak de bison, mais nous, que savons-nous vraiment de la culture des Premières Nations ? Notre journaliste nous fait découvrir le meilleur de l’offre touristique de quelques communautés autochtones, le temps d’escapades pas — trop — loin de Montréal. Cette semaine, elle nous emmène chez les Abénakis, le « peuple du soleil levant », à Odanak. Dernier de trois textes.

Avec ses six kilomètres carrés comptant quelque 500 âmes, Odanak fait figure de réserve-boutique. S’égrenant le long de la rivière Saint-François, près de Pierreville, ses maisons sont pimpantes.

Ici, point de nains de jardin, plutôt des totems de parterre qui claironnent à leur façon « Bienvenue en terre abénakise ».

Si le village a été fondé en 1704, la présence du « peuple du soleil levant » dans les parages lui est bien antérieure. « Les Abénakis, ou Waban-akis, étaient un peuple semi-nomade qui se déplaçait sur un immense territoire : le sud du Québec, les Maritimes et la Nouvelle-Angleterre », raconte Mathieu O’Bomsawin-Gauthier, directeur général du Musée des Abénakis.

« La colonisation a fait en sorte qu’ils se sont dirigés vers le nord, et au XVIIIe siècle, au fil des alliances faites avec les Français, ils se sont installés ici, à Odanak, qui signifie “ notre village ”. »

Photo: Carolyne Parent Un panier de mariage d’Emilia M’Sadoques

Premier musée autochtone du Québec, cet établissement est l’oeuvre d’un missionnaire, l’abbé Rémi Dolan. « Il l’a fondé en 1965 pour que les gens de la communauté se réapproprient leur histoire », dit M. O’Bomsawin-Gauthier.

Des trésors

Le musée loge dans une ancienne école que dirigeaient les Soeurs grises, une structure vieillotte dans laquelle s’emboîte un bâtiment moderne.

L’ensemble ne laisse nullement présager les trésors qui nous y attendent…

La collection permanente présente le mode de vie ancestral abénakis, à laquelle un guide donne vie.

Les Abénakis, ou Waban-akis, étaient un peuple semi-nomade qui se déplaçait sur un immense territoire : le sud du Québec, les Maritimes et la Nouvelle-Angleterre. La colonisation a fait en sorte qu’ils se sont dirigés vers le nord, et au XVIIIe siècle, au fil des alliances faites avec les Français, ils se sont installés à Odanak, qui signifie “ notre village ”.

 

Au rayon de la gastronomie, on note que les Abénakis, comme plusieurs autres Premières Nations, se nourrissaient de banique (le pain plat traditionnel), des « trois soeurs » (le trio maïs-courge-haricot), de sagamité (une bouillie de maïs et de gibier) et d’esturgeon fumé.

« On mangeait aussi de l’outarde aux pommes et du rat musqué, ajoute le sympathique — et très jeune — directeur. Est-ce que le rat musqué faisait vraiment partie de nos pratiques ou est-ce qu’on en mangeait parce qu’on n’avait pas d’argent et qu’on allait trapper dans la forêt ? Difficile à dire… »

Photo: Musée des Abénakis Un masque de maïs

Une salle valorise les artefacts découverts lors des fouilles archéologiques menées sur le site pendant trois ans.

En 2011, ces excavations ont notamment permis de localiser le fort d’Odanak, érigé pour repousser les offensives des Iroquois et des Britanniques.

Pour plusieurs, la pièce maîtresse du musée pourrait bien être le Dictionnaire abnakis-françois, datant de 1715 et ayant survécu à un incendie survenu lors d’une attaque, en 1759, du fait qu’il était en train de se faire copier hors d’Odanak. Mais cette année, on y admire aussi un tout autre genre d’objets.

D’Odanak à Ogunquit

À l’occasion du cinquantenaire de la fondation du musée, 50 membres de la communauté ont été invités à choisir, dans la réserve, une pièce ayant une signification particulière pour eux et à s’exprimer sur cet objet. Et le résultat est fantastique parce que l’histoire de tout un chacun rejoint l’Histoire.

En contemplant un beau panache de plumes d’oie, on apprend par exemple qu’un certain « Théophile Panadis (1889-1966) aurait amené ce type de coiffe, dont les touristes sont friands ». Tiens donc !

On admire aussi des oeuvres de la cinéaste documentariste Alanis Obomsawin (Kanehsatake : 270 ans de résistance), ambassadrice de la communauté.

Mais plusieurs de nos « oh ! » admiratifs vont aux magnifiques pièces de vannerie réalisées avec du foin d’odeur et une base de frêne noir. Panier « ananas », panier « sacoche » en forme de poisson, panier de mariage… Quelle finesse !

« Au début, c’est-à-dire dès les années 1850, les paniers ont une vocation utilitaire, explique M. O’Bomsawin-Gauthier. Ici, à Odanak, dans les années 1930-1940, on faisait des articles de vannerie tout l’hiver ».

Il n’y a pas de mot pour art dans les langues des Premières Nations parce que quand on crée quelque chose, on le fait aussi beau que possible

 

« Au printemps ou à l’été, on les mettait dans d’autres paniers, énormes, puis on prenait la route de la côte nord-est américaine et des destinations à la mode, comme Ogunquit et Old Orchard, pour les vendre aux touristes. On rentrait ensuite au village avec un beau pécule. C’est d’ailleurs avec cet argent qu’ont été construites les plus belles maisons d’Odanak ! »

(En passant, les Abénakis de ce qui n’était pas encore le Maine disaient « Ogunquit » pour désigner ce « magnifique endroit au bord de la mer ».)

À Odanak, la vannerie atteint son apogée entre 1880 et 1930, puis décline dans les années 1980.

Aujourd’hui, c’est l’agrile du frêne qui menace la matière première des dernières vannières.

Un artisanat rare est en voie de disparition ; une langue aussi, faute d’un nombre suffisant de locuteurs. « Mon grand-père, qui a 84 ans, se souvient qu’au temps de sa jeunesse, notre langue était couramment parlée, mais lui-même ne l’avait pratiquement pas apprise », dit M. O’Bomsawin-Gauthier.

Heureusement, c’est le propre des musées d’avoir de la mémoire.

En vrac

L’exposition Déjà 50 ans est présentée jusqu’au 23 décembre prochain.

La petite soeur d’Odanak s’appelle Wôlinak. Elle est située près de Bécancour et compte… 750 mètres carrés. Ce sont les seules communautés abénakises au Québec. Un pow-wow s’y déroule ce week-end. « Autrefois, c’était un grand rassemblement de plusieurs nations qui servait à faire des échanges et à conclure des alliances, des mariages », explique Mathieu O’bomsawin-Gauthier. Aujourd’hui, tout le monde est invité à faire la fête !

Surnommé « cheveux de la Terre Mère », le foin d’odeur est également utilisé pour éloigner les mauvais esprits et purifier hommes, femmes et lieux.


À voir en vidéo