Sans réserves

Un jeune participant au pow-wow international de Wendake, en juin dernier.
Photo: Carolyne Parent Un jeune participant au pow-wow international de Wendake, en juin dernier.

On connaît bien l’intérêt qu’ont nos cousins français de passage au Québec pour le séjour sous le tipi et le steak de bison, mais nous, que savons-nous vraiment de la culture des Premières Nations ? Notre journaliste nous fait découvrir le meilleur de l’offre touristique de quelques communautés autochtones, le temps d’escapades pas — trop — loin de Montréal. Cette semaine, on la retrouve chez les Hurons-Wendat, le « peuple du commerce ». Premier de trois textes.

J’ai rencontré Sébastien Desnoyers Picard chez les « sauvages de banlieue ». Non, pas les voisins de votre beau-frère à Saint-Augustin-les-Avirons, mais plutôt les 2900 Hurons-Wendat habitant Wendake, cette réserve qui, au goût de certains, ne serait pas assez amérindienne du fait qu’elle est enclavée dans Loretteville, un quartier de Québec !

M. Desnoyers Picard, conseiller marketing au sein de Tourisme autochtone Québec et résidant de Wendake, rit de bon coeur de cette perception qu’on peut avoir de sa collectivité. Après tout, il en a entendu bien d’autres…

Comme quoi ? Comme… « Tu ne paies pas de taxes, tu ne paies pas d’impôts, tu vis à la mamelle du gouvernement ; on te donne des chars, des Ski-doo ; t’es pas capable de rien faire, pis t’apprends rien parce que t’es pas scolarisé… », raconte-t-il.

« La réalité, c’est que je n’ai jamais eu de Ski-doo gratis et que je paye mon char, poursuit-il. J’ai des avantages fiscaux si je travaille dans la réserve, mais si je travaille à Montréal, je vais payer les mêmes impôts que vous. Et, en passant, nous sommes souvent sous-payés parce qu’on tient pour acquis que nous ne payons pas d’impôts… » Et vlan dans les idées reçues !

Au nom de l’association qui a 25 ans cette année, le conseiller a pour rôle de répandre la bonne nouvelle touristique, mais il s’est aussi donné pour mandat de « combattre l’ignorance » au passage. La nôtre comme celle des siens.

Les coiffes des participants doivent comprendre au moins une plume d’aigle, car elle représente le messager du Grand Esprit. Aussi, on arrête tout sur le cercle de danse quand il en tombe une.

« Le tourisme est un secteur d’activité important pour les communautés autochtones, non seulement parce que ça fait travailler du monde, dit le jeune homme, mais aussi parce que ça lui donne une fierté. Et parce que des touristes s’intéressent à notre culture et à des traditions que nous avons peut-être délaissées, ça nous donne envie de les réapprendre et de les transmettre. Aux touristes, on va également parler de notre réalité, et cela devient alors une expérience inoubliable pour eux. »

Autochtone ou pas, le tourisme n’a que le mot « expérience » à la bouche par les temps qui courent. Si on est partant pour « vivre » la chose, encore faut-il que celle-ci soit vraie. Cela vaut pour la danse des cerisiers à Kyoto, l’art du sauna à Helsinki, les cérémonies vaudou en Haïti comme pour les coutumes de nos Premières Nations… D’où une réappropriation, ces dernières années, des produits touristiques autochtones par les principaux intéressés.

« Les allochtones [qui gèrent ces produits] ne font souvent pas la différence entre les cultures de l’Ouest et de l’Est », explique celui qui est également l’un des chefs familiaux au sein du cabinet du grand chef Konrad Sioui.

Photo: Tourisme Wendake Un plat à base de loup marin signé Martin Gagné, chef cuisinier au restaurant La Traite

« Ils croient que tout est pareil alors que les plumes, les totems et les capteurs de rêves appartiennent à l’ouest du pays ou au sud des États-Unis. Ici, on utilise la plume d’aigle entre autres dans les cérémonies de purification, mais les longues coiffes de plumes sont américaines. »

Une fois plongé dans l’expérience authentique, le touriste n’y cherchera pas moins sa zone de confort. « Il veut bien dormir sous le tipi, mais ne passera peut-être pas trois nuits dedans ! dit-il. Par contre, il veut chasser et pêcher avec son guide pour se nourrir, couper du bois pour se chauffer. Il s’intéresse à la culture, au mode de vie des ancêtres, à l’oppression qu’ils ont connue, à la spiritualité, à la gestion du territoire, à la langue, à l’artisanat… »

La réserve prospère

À Wendake, ce touriste est bien servi. Fondée en 1697, d’abord sous le nom de Roreke, la réserve prospère du « peuple du commerce » compte plusieurs cordes à son arc touristique. « Depuis 2008, la nation huronne-wendat a investi plus de 25 millions dans l’industrie du tourisme », souligne Colombe Bourque, directrice générale de Tourisme Wendake.

Inauguré en 2008, l’hôtel-musée Premières Nations, un hôtel-boutique 4-étoiles doté d’un espace muséal qui célèbre les savoirs ancestraux, est une belle réussite. S’y trouve également le restaurant La Traite, où le chef cuisinier d’origine algonquine, Martin Gagné, concocte des plats qui marient poisson, gibier, épices boréales, coulis de baies sauvages, produits de l’érable et autre sirop d’épinette.

Cela fera bientôt 500 ans qu’on vous accueille, en commençant par Jacques Cartier!

À côté de l’hôtel, derrière une haute palissade, une maison longue reçoit les visiteurs qui souhaitent entendre des contes et légendes huronnes-wendat. Ceux-ci peuvent même choisir d’y dormir, le « gardien des trois feux » veillant sur eux !

« En haute saison, l’hôtel, le musée et l’Office de tourisme de Wendake emploient plus de 125 personnes, presque à 100 % issues des Premières Nations, note Mme Bourque. Et depuis la création d’une industrie touristique, plusieurs artistes et artisans peuvent vivre de leur art et partager leur histoire, la vraie histoire des Hurons-Wendat. »

Photo: Carolyne Parent De riches parures pour cette jeune femme

À proximité de l’hôtel, la chapelle huronne de Lorette est un attrait majeur de Wendake. Érigée en 1730, elle abrite un sanctuaire à la mémoire de sainte Kateri Tekakwitha, apparentée aux Hurons-Wendat par son père mohawk. Il y a aussi la maison Tsawenhohi. Datant du début des années 1820, l’ancienne résidence du grand chef Nicolas Vincent Tsawenhohi est aujourd’hui un musée.

Les rues de la réserve abritent des commerces qui valorisent la culture locale, comme le restaurant Sagamité et ses fameuses « potences » (des viandes qu’on fait flamber à la table). Cette création culinaire du chef Steve Bissonnette rappelle l’importance du feu dans la vie quotidienne comme spirituelle des Hurons-Wendat.

Le pow-wow international de Wendake constitue, quant à lui, l’événement marquant de l’été huron-wendat. Traditionnellement un rassemblement festif qui se déroulait avant la montée vers les territoires de chasse, le pow-wow s’est ici transformé en une compétition où danseurs et joueurs de tambour rivalisent de talent. En juin dernier, elle accueillait jusqu’à des Hopis de l’Arizona, et le spectacle était franchement grandiose. Tuniques brodées de perles colorées, capes à longues franges, coiffes emplumées… Devant tous ces atours, on ne savait plus où donner de la tête !

À la lumière de son offre, il semble bien que Wendake ait son destin touristique bien en main. Pour Sébastien Desnoyers Picard, le contraire serait étonnant, et pour cause… « Cela fera bientôt 500 ans qu’on vous accueille, en commençant par Jacques Cartier ! » lance-t-il, sourire en coin.

La semaine prochaine: « Camping sauvage chez les Atikamekw »

820 000
C’est le nombre de visiteurs qu’accueillent annuellement les 11 nations autochtones (dont les Inuits) et 55 communautés que compte la province, selon Tourisme autochtone Québec. Ceux-ci proviennent à 70 % du Québec ; les autres sont français, belges, suisses, allemands, chinois, japonais et issus du reste du Canada. La belle visite!
Photo: Carolyne Parent Un jeune participant au pow-wow international de Wendake, en juin dernier