Riches promenades valaisannes

La station touristique Crans-Montana propose, avec les villages voisins, une foule d’activités qui plairont tant aux sportifs qu’aux visiteurs épris de bonne chère, de vins et de traditions.
Photo: Hélène Clément La station touristique Crans-Montana propose, avec les villages voisins, une foule d’activités qui plairont tant aux sportifs qu’aux visiteurs épris de bonne chère, de vins et de traditions.

Perchée à 1500 mètres, sur un plateau au-dessus de la vallée du Rhône, face à un horizon ciselé par de beaux « 4000 » — Dent-Blanche, Cervin, Weisshorn, Zinalrothorn… —, la station touristique Crans-Montana propose, avec les villages voisins, une foule d’activités qui plairont tant aux sportifs qu’aux visiteurs épris de bonne chère, de vins et de traditions. Été comme hiver.

Douze minutes d’escalade à crémaillère, de la ville de Sierre, dans la plaine, jusqu’à la station touristique Crans-Montana, à 1500 mètres. Le funiculaire emprunte un parcours abrupt de quatre kilomètres au milieu de coteaux de vignes dominant la vallée du Rhône.

Un défi fou, que la réalisation de ce funiculaire en 1911. Comment, avec un seul câble, effectuer la traction de la cabine sur une longueur de 4,2 kilomètres et un dénivelé de 1000 mètres ? En deux tronçons, avec un transbordement de passagers à Saint-Maurice-de-Laques. Deux segments finalement réunis en 1997, faisant de cette installation celle la plus longue d’Europe.

En quelques minutes, nous en prenons plein la rétine. Des vignes plantées en coteaux. De petits châteaux çà et là. Ici, du fendant, de l’humagne, de l’amigne. Là, du cornalin. Des cépages qui sonnent aux oreilles des fous du vin comme une volée de cloches les jours de fête.

Il fallait toutefois une volonté de fer pour planter de la vigne sur les pentes du Valais. Et aucune mécanisation sur ces sols caillouteux, inclinés parfois jusqu’à 70 %, où « brille le soleil trois cents jours par an », dit la publicité. On surnomme d’ailleurs Sierre la « cité du soleil ».

À propos du cornalin, une légende raconte qu’il avait des vertus médicinales si puissantes que l’évêque de Sion en offrait une bouteille à chaque femme accouchée du pays. Mais le cépage renommé a bien failli avaler son acte de naissance dans la première moitié du XXe siècle. D’abord à cause de la crise du phylloxéra, puis à cause de l’arrivée de variétés plus productives. Par bonheur, on a cru en lui dans le Valais et il a repris sa place au soleil, au côté d’une quarantaine de variétés de vignes.

Pour ce qui est de l’histoire complète de ce cépage vieux d’au moins 700 ans (un acte qui date de 1313 stipule la vente d’une vigne, près de Granges, sur la route qui va à Lens), il est suggéré de visiter l’exposition sur deux étages qui lui est consacrée au château de Vaas/Maison des Cornalins, au lieu-dit de Flanthey, à Lens, village situé à environ 13 kilomètres de Crans-Montana.

On y vient pour son exposition évolutive sur les cornalins, pour tirer plaisir de la dégustation d’un fendant, d’un païen, d’un johannisberg ou d’un cornalin genre « Vitis Antiqua 1798 », à l’oenothèque, mais aussi pour admirer les magnifiques peintures murales extérieures qui racontent l’histoire de cette très belle demeure classée, en 1972, monument historique.

Crans-Montana

Gares de Muraz, Venthône, Darnona, Saint-Maurice-de-Laques, Bluche (où se trouve l’école internationale hôtelière Les Roches, l’un des établissements les plus cotés au monde), Marigny, puis Montana-Crans. Nous y voilà ! Dire que c’est ici qu’a eu lieu, le 7 janvier 1911, la première épreuve de descente en ski de toute l’histoire : l’Earl Roberts of Kandahar Challenge Cup.

Mais le début de Crans-Montana remonte à la fin du XIXe siècle. Le fameux plateau perché sur le versant sud des Alpes bernoises en séduit plus d’un. Un premier hôtel ouvre à Montana en 1893, et la première route carrossable de la station, en 1896. Douze ans plus tard, un parcours de golf de 18 trous, le plus haut au monde, est inauguré. Puis, le funiculaire ouvre en 1911.

De grands événements se succèdent : le premier Open suisse de golf en 1923, prélude au futur European Masters, le parcours de golf Severiano Ballesteros en 1939, les Championnats du monde de ski alpin en 1987, immortalisés par quelque 1500 journalistes dans 35 pays…

Gina Lollobrigida, Alain Delon, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Michèle Morgan, Jackie Kennedy… tous ont fréquenté, entre 1960 et 1980, cette chic et photogénique « reine des neiges » valaisanne. Certains ont fini par y vivre à l’année, comme Roger Moore, l’agent 007.

Peut-être le croiserons-nous à l’hôtel Art de vivre en train de déguster, au restaurant Tout un art, des raviolis aux chanterelles et sérac de Corbyre. Ou à la chocolaterie David, l’Instant Chocolat, absorbé à choisir des enrobés d’amandes ou de cacahuètes sublimés de piment.

Bois, béton, chalets, immeubles griffés, hôtels, magasins, vitrines de luxe, bars et restaurants, mais aussi des forêts, des lacs, le glacier de la Plaine Morte, des alpages où broutent veaux, vaches, chèvres, moutons… Et des vignobles. Crans-Montana chevauche six communes.

Et à l’horizon, la couronne impériale — et ses cinq sommets à plus de 4000 mètres (les « 4000 » pour les intimes) : Bishorn, 4156 m, Weisshorn, 4505 m, Zinalrothorn, 4221 m, Obergabelhorn, 4063 m, Dent-Blanche, 4358 m — et l’emblématique Cervin, 4477 m, qui nous accompagnera tout au long de ce séjour en Valais. Vous savez, cette montagne en forme de pyramide parfaite qui est représentée sur l’emballage du Toblerone et autres tablettes de chocolat suisse ?

Mais pour une vue fulgurante, à 360 degrés sur les alpes valaisannes, les alpes bernoises, le mont Blanc en France et l’Italie, c’est au sommet de la Plaine Morte (2927 m) qu’il faut aller. On rejoint le lac glaciaire en téléphérique au départ de la Cabane des Violettes à Crans-Montana.

La force des traditions

Les secrets du Valais ne se percent pas du premier coup. Il s’en passe, des choses, sur ce territoire depuis l’âge de bronze. Par exemple, on a beau observer que les vaches sont de tous les prés en Suisse, qui connaît la race d’Hérens ? Plutôt noire, courte sur pattes, robuste, vive, belliqueuse, câline, elle grimpe facilement jusqu’à 3000 mètres avec une énorme cloche au cou.

Les vaches d’Hérens adorent lutter entre elles, cornes contre cornes. Elles s’affrontent de façon congénitale lors de la montée à l’alpage. Sans se blesser. La plus forte de toutes, « la reine », marchera pendant l’été en tête de troupeau. L’héroïne estivale de l’année. Ce naturel boutefeu a donné naissance aux « combats de reines », qui attirent une foule d’éleveurs et de spectateurs.

Et la cloche au cou ? « Il y a le loup là-haut », explique, tout en « décaillant » le lait cru qui servira à la fabrication de son fromage à raclette AOP, Samuel Berclaz, propriétaire de la ferme des Trontières, à Randogne. « Cloches et cornes sont pratiques pour se défendre contre la bête. »

C’est au petit matin, alors que la brume planait encore au-dessus des pâturages, que nous avons rencontré Samuel et son père, Jean-Claude. Pour découvrir les secrets de fabrication du fromage à raclette AOP de la ferme des Trontières. Leur savoir-faire a valu à la famille deux étoiles d’or de la Raclette du Valais pour leur AOP de Colombire et des Trontières.

« L’AOP [appellation d’origine protégée] est une garantie que le produit est entièrement élaboré dans sa région d’origine, de façon traditionnelle, depuis la production de sa matière première jusqu’à sa réalisation finale », explique Samuel Berclaz. Un ducroire de l’authenticité.

Samuel, sa femme Séverine et son père produisent quinze tonnes de fromage par année grâce à une trentaine de vaches laitières aux jolis noms de Groseille, Génépi, Écume, Éclipse, Hydromel… Des brunes suisses et des jerseys pour le lait, des Hérens par amour pour la race.

L’hiver, le bétail est nourri au foin, en étable. Au printemps, il est mis à l’herbe dans les prés de Randogne, avant de monter à l’alpage de Colombire, de juin à septembre, où les belles brunes brouteront à quelque 2000 mètres d’altitude. Le fromage n’en sera que plus corsé et floral.

Cap maintenant vers le hameau de Colombire pour une visite de l’écomusée du remuage. L’exposition raconte de manière attractive (surtout si Eugénie, la dame qui enfant y menait le bétail, commente la visite) l’organisation en 1930 des déplacements saisonniers entre les villages et la vie des gardiens de troupeau dans les mayens, les cabanes en bois qu’ils occupaient en été.

Il ne reste plus qu’à yodeler devant tant de beauté et de savoir-faire. Grüezi !

L’auteure était l’invitée de Swiss International Air Lines et de Suisse Tourisme.

En vrac

S’y rendre. La compagnie Swiss offre un vol quotidien direct Montréal-Zurich. De là, on prend un train à destination de Sierre, puis le funiculaire Sierre–Crans-Montana (accès direct deux fois par heure). Les trains sont un bon choix pour se déplacer en Suisse. Ils sont nombreux et vont partout. Mieux vaut voyager léger, avec un sac à dos ou une valise à roulettes

Se procurer. La Swiss Pass pour sillonner le pays dans tous ses recoins et profiter de la gratuité pour plus de 480 musées et expositions. La passe donne droit aux itinéraires panoramiques, aux trajets urbains en tram et en autobus dans 75 villes et à une réduction de 50 % sur la plupart des chemins de fer de montagne et téléphériques. Du train au bateau, au funiculaire, aux remontées mécaniques, tout est possible.

Où dormir à Crans-Montana. À l’hôtel Art de vivre. Les chambres y sont spacieuses et la vue sur la vallée du Rhône et la couronne impériale est exceptionnelle. Surtout au coucher du soleil. Bonne cuisine et beau buffet le matin. Un hôtel calme et sans prétention

Où se repaître de raclette. Au Château de Villa, à Sierre. Une expérience gustative dont on se souvient. Un voyage gourmand (et un forfait) conçu comme une virée valaisanne en cinq étapes. On y déguste cinq fromages parmi une quinzaine sur la carte, comme le Bagnes 30, Bagne 1, Vissoie, Simplon Gomser 55… Puis, on revient sur le fromage de son choix jusqu’à satiété. La raclette est servie avec des pommes de terre grelots et sans charcuterie aucune. Il est recommandé de boire du fendant avec la raclette, une coutume là-bas. En finale, une Douce d’abricot. On se soigne dans le Valais avec ces eaux-de-vie. Il y a le schnaps maux de tête, le schnaps maux de ventre… La Fondation du Château de Villa a pour but de promouvoir la culture valaisanne sous toutes ses formes, et notamment le patrimoine gastronomique et viticole. Une belle introduction à la culture du Valais.

Où manger à Crans-Montana. Au restaurant Le Monument, à Lens. Laurent Morard cuisine le plat du jour avec art, tandis que Marie-Anne, sa femme québécoise, est à l’accueil. Tout est divin, de l’entrée au dessert, et relativement abordable. Au Relais de Colombire, au Hameau de Colombire, pour son menu concocté avec des produits valaisans, mais aussi pour son panorama grandiose.

Quelques événements d’envergure

1. L’OMEGA EUROPEAN MASTERS

Sur le magnifique golf Severiano Ballesteros, du 1er au 4 septembre 2016. L’Omega European Masters est l’une des plus prestigieuses compétitions de golf en sol européen.

2. FÊTES DANS LA RUE

Du 15 juillet au 26 août 2016, chaque vendredi avenue de la Gare et rue Louis. Produits locaux, artisanat, restauration et animations musicales.

3. FIESTA HELVETICA

Le week-end de la fête nationale, à Crans-Montana : spectacles aquatiques sur le lac Grenon les 30, 31 juillet et 1er août 2016. Un feu d’artifice sur le lac Grenon le 1er août.

4. LA DÉSALPE

La mythique descente de l’alpage au coeur de Crans-Montana aura lieu le 17 septembre 2016.

Préparer son voyage. Avec Swiss Tourisme; le comté du Valais; Crans-Montana; les vins du Valais. Un peu de général sur la Suisse, www.eda.admin.ch/aboutswitzerland et www.swissinfo.ch. Pour des idées d’activités sportives et culturelles accompagnées et gratuites sur réservation à Crans-Montana.